Il est l'un des premiers artistes à remonter sur scène à Paris : à partir de ce mercredi, Pierre Palmade joue "Assume, bordel", une série de disputes dans un couple homo, en duo avec Benjamin Gauthier au Théâtre du Marais. Avec cette pièce, écrite pendant le confinement, l'artiste fait le pari du retour de la création.

Pierre Palmade, en 2008 au Théâtre Fontaine, à Paris
Pierre Palmade, en 2008 au Théâtre Fontaine, à Paris © Getty / Serge Benhamou / Gamma-Rapho

Il n'en "pouvait plus de ne pas jouer" depuis le début du confinement, mi-mars. À partir de ce mercredi, Pierre Palmade est de retour sur scène. Avec un double pari : celui de revenir au théâtre dans un été marqué par la crise sanitaire et, en plus, de le faire avec une création. Avec Benjamin Gauthier, il interprète "Assume, bordel", une pièce écrite pendant le confinement, série de 12 saynètes de dispute dans un couple homosexuel. Quelques heures avant sa première, il a confié au micro de France Inter sa hâte de faire à nouveau face au public du café-théâtre.

FRANCE INTER : Vous commencez une pièce de théâtre, le 5 août, à Paris, en pleine période de coronavirus... Vous n'êtes pas un peu fou ?

PIERRE PALMADE : "Une fois qu'on a vérifié que toutes les consignes de sécurité sont respectées, c'est la folie de l'artiste qui n'en peut plus de ne pas jouer ! Depuis mars, on est privé de scène. Moi j'ai des fourmis dans les jambes. Ce petit café-théâtre respecte les distances de sécurité, il y a un spectateur sur deux assis, ils vont être masqués. Et moi, je vais pouvoir essayer de les faire rire. Ça me manque.

Le risque que je prends, c'est celui de ne pas gagner beaucoup d'argent ! On ne peut faire rentrer que la moitié des spectateurs, et donc on ne va pas faire beaucoup de bénéfices. C'est pour l'amour de l'art, et pour le désir de jouer qu'on y va, parce qu'on joue devant une demi-salle."

Comment s'est passée la mise en place de ce spectacle, et les répétitions, avec Benjamin Gauthier, avec qui vous partagez la scène ? 

"Pendant le confinement j'ai écrit cette pièce, qui est constituée de 12 petites scènes de deux homos qui essaient de sauver leur couple. Et puis j'ai cherché des cafés-théâtres. J'avais entendu parler du Théâtre du Marais, dont on m'avait dit du bien. Je les ai appelés. Ils n'avaient rien en août, ne savaient pas s'ils ouvraient ou pas. Et ils ont pris la pièce. 

J'étais fou de joie, je n'en pouvais plus de ne pas jouer depuis mars. J'ai des amis acteurs, comédiens, comédiennes, qui sont au bord de la dépression, quand on leur dit qu'on ne sait même pas ce qu'il en sera en septembre, en octobre... Certains théâtres ont commencé à rouvrir et les réservations sont très faiblardes, parce que les gens ont encore un peu peur. Le théâtre est réellement un milieu sinistré par le Covid, pour les artistes comme les spectateurs."

L'écriture de cette pièce a-t-elle été un moment d'introspection ?

"Pas tellement, parce que je me connais bien, je n'ai rien découvert sur moi. Mais je me moque un peu de moi dans cette pièce. J'ai eu des difficultés à bien vivre mon homosexualité, j'en ai souvent parlé ; aujourd'hui je suis en paix avec ça, mais je me moque de cette époque où c'était compliqué de bien la vivre. Et c'est face à un compagnon qui lui, le vit très bien, et aimerait que je l'assume."

Quand vous vous êtes lancé dans l'écriture de cette pièce, il n'y avait pas réellement de débouché prévu, à la base...

"Ce qui fait que ça a été long à écrire. Avec beaucoup d'amis auteurs, on pensait qu'on allait beaucoup écrire, et puis finalement, ça ne venait pas si facilement. On ne savait pas quand ça allait être joué, on n'avait pas d'enjeu dans le temps. D'habitude, on écrit parce qu'on sait qu'à telle date, ça va être joué ; là, on était dans une forme de no-man's land." 

Vous allez partir en tournée, des dates sont déjà prévues. Vous allez de l'avant, vous vous dites que ce qu'il faut, c'est donner l'impulsion pour repartir ?

"Oui ! Nous, on continue notre métier jusqu'à ce qu'on nous l'interdise pour raisons sanitaires. Et je ne sais pas pourquoi, mais j'ai beaucoup d'espoir dans la médecine, j'attends le traitement ou le vaccin avec impatience. J'ai l'impression que quelque chose de miraculeux va arriver – c'est aussi parce que je suis quelqu'un d'assez positif."

Vous allez faire face à des spectateurs masqués, c'est un challenge de plus ?

"Le masque n'étouffe pas les rires ! Ce qui va faire bizarre, c'est plutôt qu'ils soient disséminés dans la salle, qu'il y ait un espace entre chaque groupe de spectateurs. On se dit qu'on aimerait faire rire une salle comble plutôt qu'une moitié de salle. Il faut que je garde en tête que les rires seront forcément moins forts que d'habitude. Mais je suis surexcité de remonter sur scène, des amis me disent que j'ai beaucoup de chance.

C'est vraiment un challenge... On ne peut même pas dire que c'est un acte de résistance, parce que ce ne sont pas des personnes physiques qui nous embêtent, c'est un virus. Mais dès qu'on a le droit, on y va. Et je crois que les gens en ont marre d'être devant Netflix, il y a un plaisir, une émotion, de se retrouver physiquement les uns les autres, après ne s'être parlé qu'à travers des écrans, des textos, des Instagram. La chaleur humaine fait du bien."

Vous n'avez pas, justement, envisagé de diffuser la pièce en direct sur les réseaux sociaux ?

"Pourquoi pas, dans un deuxième temps. Pour l'instant, j'ai fait ce que je sais faire, c'est-à-dire appeler un théâtre, demander s'ils acceptent de m'engager. Et j'avais vraiment envie de me déplacer physiquement, d'aller dans un théâtre, de jouer trois fois par semaine. Après, on verra, s'il est question de le jouer autrement. Mais pour l'instant, ma première, c'est ce soir et j'en suis fou de joie."

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