Le mythique Cirque Pinder a annoncé dimanche l'annulation de tous ses spectacles, après son placement en liquidation judiciaire la semaine dernière. Après les déboires judiciaires du clan Bouglione, cette annonce marque-t-elle la fin d'un genre et l'arrivée d'un cirque "différent" ?

Le cirque Pinder est placé en liquidation judiciaire depuis le 2 mai
Le cirque Pinder est placé en liquidation judiciaire depuis le 2 mai © AFP / Bertrand Guay

C'était l'un des cirques les plus mythiques des routes de France : depuis le 2 mai dernier, le cirque Pinder est en liquidation judiciaire. Dimanche, Gilbert Edelstein, patron de la société Car Promogil qui exploite le cirque, a annoncé que tous les spectacles à venir sont annulés "pour le moment". "On va certainement repartir en juillet et en août, mais ce n'est pas encore sûr", explique-t-il. 

On a été obligé de faire cela (…), le mois de mars et le mois d'avril ont été catastrophiques, avec une baisse du chiffre d'affaires de plus de 60%. Quand vous gagnez moins, c'est faire preuve de bonne gestion de dire qu'on n'y arrive plus et qu'il faut arrêter. 

Le patron du célèbre cirque explique qu'en trois ans, le spectacle est passé de 450 000 spectateurs scolaires en un an à moins de 100 000, et que malgré une demande auprès du ministère de la Culture, aucune aide financière n'a été attribuée. Une chute vertigineuse qu'il impute à la peur des attentats, mais aussi aux critiques contre la présence d'animaux dans les cirques et à la réforme des rythmes scolaires.  

Finis les cirques avec animaux ? 

Dans le même temps, un autre cirque mythique, Bouglione, est en prise à des conflits judiciaires familiaux : le clan est désormais scindé entre André-Joseph Bouglione, directeur du cirque itinérant Joseph Bouglione, qui a annoncé son choix de ne plus faire appel à des animaux dans ses spectacles, et ses cousins, gestionnaires du fameux Cirque d'Hiver Bouglione, qui entendent l'empêcher d'utiliser ce patronyme.  

Autre compagnie star, le cirque Gruss qui, s'il n'a pas totalement renoncé aux animaux, semble avoir réduit leur participation aux spectacles : sur les quinze numéros, trois seulement font appel aux animaux (fauves, éléphants, chevaux). Et au contraire, des numéros d'un genre nouveau, à base de drones ou de costumes lumineux, sont particulièrement mis en avant. 

Mais Gilbert Edelstein assure que les cirques Gruss, Bouglione et Medrano ont adressé un courrier à Emmanuel Macron pour tenter d'obtenir une aide. Sur le site du cirque Medrano se trouve une pétition, lancée par Stéphanie de Monaco en faveur des cirques avec animaux

Des questions de politiques publiques  

Pour ces cirques traditionnels, l'enjeu est aussi de faire face au risque d'une interdiction, partielle ou intégrale, des animaux dans les cirques. Dans l'Union européenne, la France fait figure d'exception, elle est l'un des rares pays à ne pas avoir réglementé sur cette question. L'Italie, la Belgique, le Portugal ou l'Irlande notamment, ont interdit les animaux sauvages : par exemple au Portugal en 2009, un décret a interdit aux cirques d'acquérir de nouveaux animaux ou de faire se reproduire les leurs. Aux États-Unis, le cirque Barnum a dû fermer face aux critiques. Et en France, selon l'association Code animal, 100 communes françaises, dont 24 de plus de 20 000 habitants, ont annoncé ne plus recevoir de cirques avec animaux.

Mais ces décisions, qui ont la forme d'arrêtés municipaux, peuvent être facilement cassées par les tribunaux administratifs : il n'y aucune base légale pour justifier une telle interdiction.

Du chapiteau au théâtre ? 

Et si le cirque était en train de changer radicalement d'allure, et de modèle ? Car face au cirque traditionnel, on trouve désormais ce qu'on appelle parfois le "nouveau cirque", ou le "cirque contemporain". Celui-ci a quitté les petits chapiteaux pour se poser soit sous des structures géantes stationnées plusieurs semaines dans chaque ville, soit dans des théâtres.

Si l'exemple le plus monumental est le québécois Cirque du Soleil, dont chaque halte en France est un petit événement, l'un des représentants historiques de ce genre est le Cirque Plume, où musiciens, acrobates, comédiens et danseurs – sans oublier les clowns - créent un spectacle festif et inventif, sans animaux.

En 2020, celui-ci cessera de fonctionner. France Inter avait rencontré les artistes du cirque dans l'émission Interception, en juin dernier. 

Les 7 doigts de la main, Archaos... Les compagnies de cirque contemporain sont de plus en plus nombreuses, et bénéficient de nombreuses structures d'aide, via une commission nationale pour les arts du cirque ou des Pôles nationaux des arts du cirque, créés en 2010.

Plan d'aide

En 2016, le ministère de la Culture a par ailleurs lancé un plan de soutien aux arts du cirque. Mais celui-ci semblait laisser de côté les cirques traditionnels et itinérants et s'attacher aux compagnies sans animaux, avec un risque : la fin des cirques itinérants de petit format, au profit de spectacles dans des théâtres donc dans des plus grandes villes. 

Ainsi, en mars dernier, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a annoncé, dans le cadre de son plan "Culture près de chez vous", un plan de soutien "_de 500 000 euros aux cirques traditionnels, trop souvent déconsidérés_, longtemps laissés de côté par le ministère (…), qui investissent pourtant des territoires où d'autres ne passent jamais, et c'est déjà un premiers pas".  

Entre enjeux financiers, différenciation des styles et question du bien-être animal, la question des cirques semble loin d'être réglée. Pour faciliter le dialogue entre les circassiens et les maires, Matignon a créé fin 2017 une Commission nationale des professions foraines et circassiennes pour "étudier les questions relatives à ces professions et de formuler des propositions visant à garantir la bonne prise en compte de la spécificité"

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