Trois jours après la présentation des propositions du ministre de la Culture sur le statut des auteurs, la déception prime. Ce plan inspiré du Rapport Racine ne parvient pas à convaincre. Les explications de Benoît Peeters, écrivain et scénariste de BD qui a participé aux Etats généraux de la BD.

Manifestation des auteurs de BD sur la scéne du Palmarès du Festival d'Angoulême 2020
Manifestation des auteurs de BD sur la scéne du Palmarès du Festival d'Angoulême 2020 © AFP / Yohan BONNET

« Grand rapport, petite conclusion »

BENOIT PEETERS : "Ce n'est pas une petite mais une grosse déception. A un grand rapport succède une petite conclusion. C’est une gueule de bois ! Et pour utiliser un cliché bien connu : la montagne du rapport Racine a accouché de la souris des propositions de Franck Riester. 

Le Rapport Racine avait une cohérence. Il avait été élaboré après de nombreuses auditions d’auteurs, de juristes, d’économistes… Il n'était pas seulement une addition de mesures ponctuelles. 

On avait craint qu’il soit altéré avant publication, ou ne soit jamais publié. Le rapport est sorti, mais c’est après que l'action des lobbies s'est exercée et l’a vidé de l'essentiel de sa substance. Concrètement, face aux souffrances réelles des artistes-auteurs, il n'y a rien qui puisse apaiser. 

Les propositions de Franck Riester donnent l’impression qu’il y a des intentions, mais pas de volonté. 

Une absence d’idée forte

BP : "Je crois qu'il faudrait une idée forte. Ici, il n'y en a pas. Et quand un projet n'est pas porté par une grande intention, on sent que le travail de grignotage continuera. Quand on regarde une à une les mesures, on voit par exemple que dans la question du partage de la valeur, l'Etat se place désormais comme un observateur et non plus comme un potentiel régulateur.

L'idée de permettre la tenue d'élections professionnelles pour les auteurs afin qu’ils soient véritablement représentés, qu'ils aient la possibilité de défendre leurs intérêts et de les faire entendre est restée une sorte d'intention vague, reportée, d'ailleurs, à fin 2021, on ne sait pas trop pourquoi. Et ce qui permettait dans le rapport Racine de financer ces organisations n'existe plus. On sent que différents lobbies ont obtenu qu'on ne touche pas à leur enveloppe financière et qu'ils n'aient pas à intervenir. 

Au fond, tout ce qui se traduirait en termes concrets, financiers ou par de vraies décisions, a quasiment disparu et est resté à l’état de bonnes paroles. 

Les lobbies en action

BP : 'On voit qu’il y a eu des actions diverses sur une mesure, sur une autre, sur une troisième et que peu à peu, la force qu'il y avait dans le rapport Racine a disparu. Ce sont maintenant des mesurettes, des nobles intentions, et de belles citations de Steinbeck et de Paul Valéry. Mais rien de concret."

L’AGESSA

BP : "L'exemple très simple, mais très parlant de l’AGESSA : on sait que la Sécurité sociale des auteurs n'a pas fait son travail depuis des années. Tous les auteurs qui, depuis de nombreuses années, croyaient cotiser pour la retraite et ne cotisaient en fait pas. Que lit-on dans les intentions du ministre ? "Il faudra que l’AGESSA collecte individuellement les réclamations des auteurs et y réponde". Mais ce sont des dizaines de milliers d'auteurs pénalisés. Il ne s'agit donc pas du tout d'un problème de cas par cas. On attend une volonté politique capable de réparer une injustice."

Relations éditeurs-auteurs

BP : "Un contrat d'édition n'est pas du tout un contrat d'emploi, mais de partenariat. Mais un bon contrat est un contrat dont personne ne sort perdant. Il y a une situation qui se dégrade dans la nouvelle économie de la bande dessinée depuis un certain nombre d'années. Les plus honnêtes le savent et le disent en privé. Ce n’est pas à l’Etat de fixer les taux, mais c'est à lui de dire que cette négociation est indispensable et qu’elle doit se faire. Les auteurs ne peuvent pas se faire payer en monnaie de singe.

Quand le ministre dit : « Il faut que tous les acteurs fassent preuve de bonne volonté ». C’est un vœu pieux : dans le rapport de force complètement asymétrique où se trouvent les auteurs par rapport aux grands éditeurs, la bonne volonté ne suffira pas. Dans le contrat de commande évoqué par le ministre, il s’agissait de reconnaître qu'il y avait une valeur travail à côté de la valeur succès, on en a parlé cinquante fois… Ça a disparu."

Et puis, parmi les mesures annoncées, il y a l’idée effrayante qu'il faudrait de nouvelles études sur les artistes-auteurs. Mais ils en ont marre ! A chaque fois, les chiffres confirment que la situation qui était grave il y a vingt ans, l'est encore plus aujourd'hui. Le rapport Racine contenait vraiment des choses importantes. Mais aujourd'hui, on a le sentiment qu'on se fait promener et que finalement, les plus impatients, qui voulaient aller jusqu'au boycott des festivals ou de l'année de la BD avaient peut-être raison et que nous avons été naïfs. "

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