Exposé au Centre Pompidou jusqu'au 11 septembre, le philosophe et artiste franco-québécois Hervé Fischer propose de contribuer à l'avènement de notre conscience augmentée.

Tableau d'Hervé Fischer, "Terrosrisme Daesh" 2017
Tableau d'Hervé Fischer, "Terrosrisme Daesh" 2017 © Hervé Fischer

Artiste, sociologue, Hervé Fischer a fondé le concept d'art sociologique les années 1970, et questionne aujourd’hui les technologies numériques. Dans une vaste opération de Twitt art, il invite à répondre à la question : "Quelle société voulons-nous?" "La conscience augmentée est bien plus importante que la réalité augmentée. Elle nous permet une conscience planétaire en temps réel. Des quatre coins de la planète nous viennent des informations souvent catastrophiques qui provoquent chez nous une prise de conscience de la vie d’autres communautés ; cela provoque des envies de solidarité, des réactions de compassion ou de rejet", explique Hervé Fischer. C'est en partant de ce constat de l'existence de cette conscience augmentée qu'il développe le mythe d'éthique planétaire.

Il semble que vous développiez une utopie, et que vous croyiez en un monde meilleur ?

Hervé Fischer : Je suis quelqu'un qui ne craint pas de développer une utopie ou un mythe. Celui de l’éthique planétaire, est un mythe porteur d’espoir, et non un mythe toxique comme celui de la race supérieure par exemple. La technologie crée cette révolution qui laisse espérer non pas la réalisation de ce mythe, car cette conscience planétaire est un fait ; ce qui est utopique c’est qu’elle favorise un progrès pour l’homme.

Peut-on mesurer l’expansion de cette éthique planétaire, comme certains sont arrivés à matérialiser sur une carte l'expansion des fakes news ?

On ne peut pas démontrer l'existence du progrès, comme on ne peut pas démontrer son inexistence. On n'y croit ou pas.

Nous retrouverions-nous tous à l'église du progrès si l'on vous suit ?

Je suis un enfant du siècle des Lumières, et en tant que Québecois, mon idéologie c’est de croire au progrès, et au bonheur. C'est dans la Constitution. Quand j’étais en France, j’étais immergé dans l’idéologie intellectuelle et parisienne où croire au progrès c’était idiot. J'ai un temps prôné cette idée. Mais la croyance au progrès donne le sens de la vie. Je crois que l'imaginaire, l’art et la philosophie peuvent changer le monde et on a besoin de changer le monde. Je ne peux pas accepter de vivre dans le monde actuel soumis au cynisme et à l’exploitation ; je ne peux pas accepter ce constat.

Pensez-vous que les technologies numériques offrent cette chance de pouvoir considérer un changement rapide des idées humaines ?

Il n'y a pas beaucoup de différences entre Cro-magnon et Georges Bush, en ce qui concerne la sagesse humaine. En revanche, les progrès technologiques vont mille fois plus vite. Et l'écart va se creuser entre notre sagesse humaine et le développement quasi-magique des technologies. Va-t-on frapper le mur de cet écart, ou bien faut-il espérer une mutation de notre cerveau, de notre maturité pour maîtriser ce pouvoir qui nous dépasse ?

Vous ne croyez-donc pas à la post-modernité, ni à la fin de l'espèce humaine ?

Je ne crois pas à la post-modernité comme concept durable ou souhaitable ; elle a été une sorte de lucidité dans l’abus des croyances dans le progrès à un moment donné. Mais par-delà les malheurs du XXe siècle, il faut croire au progrès, sinon l'autre option c’est de devenir cynique, et jouir de la décadence et bricoler sa vie au milieu du désastre.

On ne peut pas se passer dans notre action humaine collective il faut donner un sens à notre évolution.

Darwin nous a enfermé dans l'évolution naturelle et la loi du plus fort. Or nous avons inventé l'éthique, c'est à dire l'attention à l'autre. Si nous avons été capable de cela, alors on peut aller jusqu'à la notion d’une éthique planétaire basée sur le respect des droits humains. Si on ne croit pas en l’homme il n y’ a pas de solutions.

Internet est envahi d'idioties, de lol, de chatons, au mieux, et ,au pire, de propagande raciste, n'est-ce pas le contraire même du développement d'une éthique planétaire ?

Les gens cherchent à séduire de nouveaux abonnés avec des photos attendrissantes ou insolites. Twitter est devenu un jeu-concours de société où le but est de gagner des points - des abonnés - donc de l’importance sociale. Cette dérive est minable. Elle a succédé au début insignifiant où les gens twittaient sans avoir rien à dire, mais déjà pour exister. C’est ce que j’analyse dans La pensée magique du net, (ed François Bourin, 2014). Compensation à la solitude des masses urbaines, lien ombilical à la mère-société dans le clapotis de l’océan amniotique.

Comme je suis un gars optimiste par volonté - je vous l’ai dit - je ne me désespère pas de cette nullité et tente d’utiliser Twitter autrement, pour exprimer mes questionnements artistiques et philosophiques. J’ai quand même quelques abonnés. L’art change le monde, ce n’est pas une idée très répandue, elle est même considérée comme une bêtise, mais je trouve que c’est plus intelligent que de se résigner à la médiocrité de l’évolution humaine.

Exposition au Centre Pompidou

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