PNL sort son quatrième album "Deux frères", ce vendredi. Deux fans décryptent le succès du duo. "Cela me touche de fou, c'est devenu une drogue. Depuis que je suis tombé dedans, je n'arrive plus à écouter autre chose", nous dit Tanguy.

PNL, lors du festival des Eurockéennes à Belfort, en juillet 2017.
PNL, lors du festival des Eurockéennes à Belfort, en juillet 2017. © Maxppp / HUGO MARIE

Après presque trois ans d'absence, le retour de PNL était très attendu par ses fans. Ce groupe de rap, composé de deux frères, Tarik et Nabil Andrieu, sort un quatrième album "Deux frères", ce vendredi. Deux premiers morceaux ont été dévoilés cet été puis un troisième le 22 mars, dont le clip, tourné à la tour Eiffel, a engendré déjà plus de 37 millions de vues sur Youtube. Le duo de trentenaires, qui a grandi dans la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonne, sait susciter l'attente. Deux jours avant la sortie officielle, leur album a fuité sur internet : certains y ont vu un coup de communication plutôt qu'un piratage. Comment expliquer ce succès ? Réponse avec deux fans parisiens que France Inter a rencontrés.

"Comme une drogue"

Tanguy a 27 ans et écoute PNL depuis quatre ans. La première fois, il a trouvé cela "atroce". "Je me suis dit : qu'est ce que c'est que ce truc ? En 2015, ils arrivent avec l’auto-tune, un outil qui permet de faire des notes justes et ils s'en servent comme un instrument. Nos oreilles n'étaient pas du tout prêtes", retrace ce Parisien qui travaille dans la publicité.  "La première écoute est dure. Au premier abord, on est complètement perdu", complète son cousin Quentin, 29 ans. Il a fallu qu'ils commencent à "ressentir la musique", aller au-delà des paroles crues et des insultes pour y voir toutes les références présentes dans les textes de PNL. "Il y a des références à des films, des séries des années 90, comme Dragon Ball Z dans la culture nippone. Il y a des références à des films de bandit : Le Parrain avec Al Pacino, ou encore à la Gomorra, la mafia à Naples", expliquent Tanguy et Quentin.

Quentin et Tanguy, deux cousins parisiens, fans de PNL depuis plusieurs années.
Quentin et Tanguy, deux cousins parisiens, fans de PNL depuis plusieurs années. © Radio France

Cela me touche de fou, c'est devenu une drogue. Depuis que je suis tombé dedans, je n'arrive plus à écouter autre chose. 

Depuis quatre ans, Tanguy ne passe pas trois jours sans écouter PNL : "c'est devenu une drogue", dit-il. La musique des deux frères Andrieu, alias Ademo et N.O.S, le met "dans un état second". "Ce qui me touche, c'est qu'il y a beaucoup de mélancolie et cela n'a jamais été fait dans le rap. À la base ce sont de dealers, ils en parlent beaucoup, mais il n'en parlent pas en disant qu'ils sont des boss mais plutôt en se disant qu'ils n'ont pas d'alternative : il faut remplir le frigo, c'est leur seule issue. Ils prennent la musique comme une autre issue possible, c'est honnête comme démarche et musicalement, c'est incroyable", détaille Tanguy.

Une stratégie marketing rodée

Le succès de PNL s'explique aussi par une communication réduite au minimum. Les deux frères communiquent très rarement via leur comptes Twitter ou Instagram. Pour annoncer la sortie de leur quatrième album, ils ont publié un premier message laconique le 7 mars : "Ça arrive". 

Puis le 18 mars, un autre message : "Cette semaine". Il n'en faut pas plus pour susciter l'excitation des fans, qui attendent cet album depuis plus de deux ans et demi. "Ils rendent fous tout le monde", sourit Tanguy. Et de compléter : "Dans leurs messages ils sont toujours très énigmatiques, ils mettent des petites graines et cela nous donne à manger pour six mois, c'est fort".

Dès qu'il y a une prise de parole, je perds complètement les pédales. C'est tellement rare que dès qu'ils prennent la parole : il se passe quelque chose de fou.

Publicité pour la sortie de l'album de PNL dans les rues de Paris.
Publicité pour la sortie de l'album de PNL dans les rues de Paris. © Radio France

Ademo et NOS ne donnent aucune interview, même au moment de la sortie d'albums. En 2015, PNL a même posé un lapin à Skyrock et à l'émission Planète Rap, où le groupe était invité. Les deux frères ont envoyé un singe à la place. "Ils utilisent tous les codes de la nouvelle génération via les réseaux sociaux. C'est uniquement via leurs réseaux qu'ils communiquent : ils inondent tous les médias sans avoir besoin de passer un coup de fil", analyse Tanguy. 

Faut-il voir un coup de communication dans la fuite de l'album, deux jours avant sa sortie officielle ? Pour certains, ce qui ressemble à première vue à un piratage a en fait été calculé par deux génies de la communication.

Des clips hors-normes

"Tout l'univers me plaît, leur façon de communiquer, leur talent dans la production de clip aussi aérien, perché et bien monté à tous niveaux", souligne Quentin, 29 ans, qui travaille dans la communication. Dans le clip de "Au DD", sorti le 22 mars, les deux frères apparaissent au sommet de la Tour Eiffel, les pieds dans le vide : du jamais-vu. Selon certains sites spécialisés, le coût total de l'opération s'élèverait à 400 000 euros, soit un budget hors-norme pour un clip.

Des thèmes qui "touchent tout le monde"

Le public de PNL est très mélangé, loin des clichés selon lesquels le groupe plaît surtout au collégiens. Quentin l'a bien remarqué lors d'un concert récemment : "il y avait des gens de 50 ans, des CSP +, des personnes qui venaient de banlieues, c'était une grande communion. lls avaient un discours très apaisé : on est tous ensemble, toutes les communautés. C'était un message de paix qui est difficile à retrouver parfois chez certains rappeurs". "Ce n'est pas que les gens de banlieue ou de quartiers difficiles qui écoutent PNL", insiste Tanguy. 

Quentin et Tanguy le reconnaissent, les paroles de PNL restent parfois misogynes, à l'image de certains rappeurs. Mais de plus en plus de femmes écoutent ce groupe, notamment parce que le champ lexical évolue au fil des albums. "Au début, c'était très drogue et mafia, et là, ils vont sur des choses plus apaisées comme l'amour ou la fraternité", souligne Quentin. "C'est pour ça qu'ils touchent tout le monde", complète Tanguy.

La fraternité, c'est une thématique très forte pour PNL. Leur logo, c'est QLF : Que La Famille.

Tanguy juge le dernier album "incroyable", après autant d'années d'absence. "C'est un album d'introspection : ils parlent de leurs origines, de leur jeunesse", détaille ce fan, qui s'est fait tatouer à différents endroits du corps des textes liés à PNL. Ce Parisien de 27 ans en est persuadé : PNL "déchaîne les passions". "C'est compliqué d'être dans un entre-deux : soit on adore, on est très fan, soit on ne peut pas écouter la moindre seconde et on rejette très vite", justifie son cousin, Quentin. Le talent du groupe est presque incontestable aujourd'hui : c'est désormais une question de goût. "Maintenant, on peut dire qu'on n'aime pas PNL. Mais on ne peut plus dire : PNL, c'est nul", sourit Tanguy.

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