L'actualité, avec son flot de mauvaises nouvelles, de sang versé, de populations abandonnées, se prête-t-elle à la poésie ? Thomas Deslogis ne s'est pas posé la question, il en a fait un défi. Régulièrement il diffuse ses poèmes d'une minute sur la chaîne de télé LCP et les réseaux sociaux de l'audiovisuel public.

Thomas Deslogis fait des poèmes d'actu pour la chaîne de télé LCP
Thomas Deslogis fait des poèmes d'actu pour la chaîne de télé LCP © . DR

Les poèmes de Thomas Deslogis portent sur des sujets aussi divers que le festival de Cannes ou le président Boutlefika. Avec ses "Poèmes d'actu", il a accepté la contrainte de se voir dicter ses sujets par l'actualité et par une équipe de production audiovisuelle. Ces vers sont mis en images par la dessinatrice Anaïs Caura. Le mariage de leurs mots et de leurs dessins donne un regard nouveau sur les infos, et créé la surprise auprès du spectateur de LCP qui s'attendent plutôt à entendre les dernières déclarations de Gérard Larcher, Samia Ghali, François Patriat ou Esther Benbassa.

Avec le Poème d'actu, on est donc bien loin du cliché du poète, nez en l'air, à la recherche d'une inspiration tapie au fond de son cœur. Thomas Deslogis prend le parti de proposer la poésie là où on ne l'attend pas, et d'en vivre.

"Le format court du poème est tout à fait adapté à l’époque, et repenser l’époque, ça ne nous ferait pas de mal"

Thomas Deslogis a décidé de sortir la poésie des salons et des librairies qui lui sont dédiés et de son image ennuyeuse : "Je pensais qu’en la diffusant ailleurs et en la forçant à parler d’autre chose, ce serait un moyen de ramener un plus large public vers elle et de l’obliger elle-même à changer et à évoluer", explique le poète d'actualité.

Cette double ambition oblige Thomas Deslogis à "se faire violence" et sortir de ses réflexes habituels. 

Pour lui, "l’absence de restriction empêche d’innover" et finalement il retire de cet exercice "un sentiment de liberté. J'aimerais beaucoup faire des poèmes sur le football par exemple". 

En libérant les mots, on a de nouvelles vues sur les choses

Deslogis nous dit donc des choses comme "Imagine une relique appelée Bouteflika, Qui confond République et pontificat",  propose de "goûter la pulpe sans la fiction" (référence au film de Tarentino", ou encore (après l'annonce du Grand débat national en pleine crise des "gilets jaunes")

"Un poing levé dans une manif,   à jaune espoir de re-débattre du tarif   Du droit de vivre."

Y aurait-il potentiellement autant d'amateurs de ces poèmes que de spectateurs dans un stade ? C'est une utopie, et notre poète d'actu la poursuit en comptant sur la place publique "virtuelle" et les réseaux sociaux comme Facebook, où peuvent se rassembler plus de lecteurs que dans une librairie. 

Ce qui m'intéresse , ce n'est pas de demander aux gens de venir voir de la poésie mais que les gens se trouvent tout à coup face à la poésie. Aux non-lecteurs, je dirais qu’il faut se laisser emporter surtout quand la poésie surgit de façon inattendue. 

"Financièrement, je suis le plus poète des poètes en France"

Si les éditeurs de poésie sont nombreux, 500 environ, le public de la poésie est un public confidentiel. La poésie se lit dans des livres tirés à quelques centaines d'exemplaires dans les meilleurs des cas. Elle a son public fidèle, son célèbre Marché de la poésie, dont la 37e édition aura bientôt lieu. En général les poètes ne vivent pas de leur création, ils ont d'autres activité pour "gagner leur vie".

Même si je ne suis pas d’accord, en France, on considère que n’est pas poète celui qui n'a pas publié sur papier, ce que je moi je n’ai pas fait. Donc je ne suis pas absolument pas considéré comme poète. C’est absurde, car moi je vis de la poésie, c’est mon travail. 

C'est là l'exploit de Thomas Deslogis. Pour l'instant ça marche. 

Financièrement, je suis le plus poète des poètes en France. Pour moi c’est une fierté. C’est un exploit. 

Posée à brûle-pour-point, la question "que faites-vous dans la vie?", le laisse cependant hésitant. "Je réponds que je suis journaliste; .Je n’aime pas dire que je suis poète, même si je le suis avant tout."

Ne peut-on imaginer une société dans laquelle on pourrait se vanter d'être poète, et se sentir aussi valeureux que Kylian Mbappé ? 

"Oui c'est bizarre, je vais y réfléchir", répond Thomas Deslogis. "Je me sens plus poète que je n’ai envie de le réclamer, j’ai pas besoin d’avoir de l’attribution. Peut-être qu'avec le temps, ça changera"

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.