Pour répondre à la question de l'auditeur sur le manteau de poils choisi par Louise Bourgeois pour la séance photo de Robert Mapplethorpe, voici ce qu'elle répondait en 1993 :

Nigel Finch : Que ressentiez-vous lorsque vous êtes allée vous faire photographier par R Mapplethorpe?Louise Bourgeois : Je pensais que ça allait tourner à la catastrophe et je m'y étais préparée. J'avais donc pris une de mes pièces parce que mon oeuvre est davantage moi que ma personne... Je l'avais prise comme on se prémunit contre une catastrophe... Je n'ai pas l'habitude qu'on me convoque. Alors, d'être ainsi convoquée, même si Robert était un photographe célèbre, ça me mettait mal à l'aise... Lorsque nous sommes arrivés, il était totalement silencieux... Il donnait très peu de prise au début. C'était donc à moi d'agir. J'avais un manteau en singe. J'aime la fourrure de singe. C'est une sorte fourrure au poil long et rayé, avec un peu de blanc ici et là. J'aime ce manteau et j'aime la sculpture avec laquelle j'étais venue... Je comptais sur ce que j'avais apporté. C'est à dire sur le manteau et le phallus.NF: Pourquoi avoir choisi ce grand phallus?LB : Ce n'est pas un phallus. C'est ce que les gens disent, mais c'est quelque chose de complètement différent... La pièce s'intitule "Fillette" (1968). Fillette, c'est une petite fille. Si on voulait se laisser aller à l'interprétation, on pourrait dire que j'avais apporté une petite Louise... Cela me sécurisait.NF : Vous avez un sourire bien malicieux sur la photo...LB : Oui, bien sûr, parce que je ne savais pas comment les gens allaient réagir."Entretien filmé mais non utilisé pour le documentaire réalisé sur Louise Bourgeois par Nigel Finch pour Arena Films/BBC, Londres, 1993.Vous le trouvez dans l'excellent livre "Louise Bourgeois, destruction du père, reconstruction du père,,écrits et entretiens 1923-2000", Daniel Lelong éditeur, 27 euros (indispensable!)

R Mapplethorpe
R Mapplethorpe © Radio France
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