Comment continuer à pratiquer l'art dans l'espace public, quand on n'est pas censé être dans la rue ? Pendant le confinement, le street artiste RNST a décidé de laisser tomber les murs pour se concentrer sur les poubelles... et rendre hommage aux travailleurs de l'ombre.

Sur les poubelles de ses voisins, le street artiste RNST fait le lien entre la rue et l'intérieur
Sur les poubelles de ses voisins, le street artiste RNST fait le lien entre la rue et l'intérieur © RNST

Graffeur, sérigraphiste à la quarantaine insoumise, RNST réussit à faire sortir l’art dans la rue, même en pleine période de confinement, avec des messages forts. Dans les rues de la banlieue dijonnaise, réduites au silence, ce sont désormais les poubelles qui prennent la parole...

Sur les poubelles de ses voisins, RNST signe ainsi des pochoirs au graphisme très expressif, des personnages qui semblent tirés de comics de super-héros américains, version rebelle : des visages de jeunes femmes masquées et en colère, dont certaines tirent la langue aux piétons…

Un jeune garçon qui lève un poing rageur...

Plus effrayant, des travailleurs sur leurs ordinateurs avec des masques à gaz qui semblent tout droit sortis d'un film de guerre…

Le tout dans une esthétique de la révolte en noir et blanc, avec des masques rouges et le A cerclé de l’anarchie…

Rendre hommage aux "derniers de cordée"

Pour cet ancien tailleur de pierre, la poubelle est un support artistique intéressant car c’est un objet symboliquement fort de notre société de consommation. "La rue n’était pas accessible, vu que l’on est confiné, et la poubelle c’est un support urbain par excellence. C’est intéressant de la ramener sur le devant de la scène, un peu de la même manière que dans la société dans laquelle on vit, les gens de 'bas étage', les 'derniers de cordée' n’avaient pas leur place... Et puis d’un seul coup, on s’aperçoit que ces gens-là ont une importance énorme !"

Cette intervention dans l’espace public, c’est aussi un message qu'il leur adresse. RNST revendique la liberté artistique dans l’espace public et à travers ces poubelles, objets qui font le lien entre l’espace privé et l’espace public, il injecte aux rues révolte et poésie. Autant de messages adressés aux anonymes, aux transparents, aux derniers de cordées aujourd’hui en première ligne.

Cette série, qu'il a nommée "Poubelle la vie", c’est un soutien indirect aux gens de l’ombre, comme les éboueurs : ces poubelles, ils les voient sûrement et ça doit leur parler. "Sur un post Facebook, il y a un éboueur qui m’a laissé un message pour me dire que c’était chouette, que c’était cool", raconte RNST. Et sur sa propre page Facebook, nombreux sont les internautes qui demandent à RNST d’intervenir sur leurs poubelles, pour les rendre belles et rebelles.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.