Ce fut une journée bien remplie ! Elle commença le matin à 8h30 avec la présentation en compétition du film de Jean-Pierre et Luc Dardenne (j’écris volontairement « Jean-Pierre et Luc » car leur prénom n’est pas « Les frères »… !). « Le Silence de Lorna », tel est le titre du nouvel opus du tandem belge doublement palmé. Lorna, c’est une jeune Albanaise qui vit en Belgique et s’est mariée avec Claudy uniquement pour acquérir la nationalité belge. Point de départ banalement résumé d’une histoire aux multiples ramifications. On songe à Loach à cause de cette jeune femme volontaire, à cause aussi d’un contexte social peut-être encore plus marqué, plus politique et surtout plus identifié qu’à l’habitude et puis, au film du film, les Dardenne imposent un nouveau style, plus ample, avec une image en 35 mm, une première chez eux habitués au 16 mm. Du coup, le cadre prend du large et la caméra n’est plus à l’épaule. D’habitude, le personnage principal était mû par une énergie croissante, une volonté permanente et immuable. Ici Lorna imposera son tempo et ce dernier change du tout au tout quand elle va décider que les autres ne décideront plus pour elle. Basculement radical qui prend naissance au moment où, dans une scène absolument stupéfiante de beauté intense, Lorna se met à nu au propre comme au figuré. Bref, ce matin Jean-Pierre et Luc Dardenne ont frappé très fort parce qu’ils ont désamorcé d’entrée de jeu les accusations de psittacisme (c’est la maladie dite du perroquet qui consiste pour les cinéastes à refaire toujours le même film…). Et puis, il y a Arta Dobroshi-Lorna dont c’est le premier rôle à l’écran et que l’on n’est pas près d’oublier. Tel était mon état d’esprit en sortant de la projection. Mais dans la file d’attente du film suivant, j’ai entendu cette réflexion d’un festivalier, au fort accent toulousain, à son compagnon et qui sortaient eux aussi de la projection du « Silence de Lorna » : « Je suis un peu déçu. Ils auraient pu la flinguer ou la mettre dans un bordel. » Il est des moments où une bonne paire de boule Quiès vous manque cruellement.

Arta Dobroshi
Arta Dobroshi © Radio France

Du film suivant, je ne vous parlerai pas. Parce qu’il ne sert à rien de dire pour une énième fois que décidément les talents d’actrice de Monica Bellucci valent ceux de Sharon Stone. Parce qu’il ne sert à rien de dézinguer un gros film historique italien qui devrait être un opéra baroque et n’est rien d’autre qu’un roman-photos dérisoire. Sachez simplement que « Sanguepazzo » (c’est son titre) se passe dans les milieux du cinéma italien sous Mussollini. Au bout des dix premières minutes, l’un des protagonistes prononce le plus sérieusement du monde cette idiotie : « Toi, tu fais du cinéma, tu sais distinguer le vrai du faux ». Ou comment faire rire une salle entière au moment même où elle devrait vibrer d’émotion. Pas facile d’écrire un dialogue qui se tient, coco. En fin de soirée, Joaquin Phoenix explosait littéralement dans le nouveau film de James Gray, « Two lovers ». Mais ce sera une autre histoire…Pendant ce temps, les Ch’tis voguent vers le Titanic. A moins qu’ils ne l’aient déjà dépassé…

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