Le chef-d'œuvre de Katsuhiro Ōtomo ressort ce mercredi en salles en France, dans une version remastérisée. Ce bijou d'animation, en avance sur son temps, n'a pas pris une ride. Et s'il a fait l'effet d'une bombe à sa sortie en 1991, ses retombées ont imprégné tout un pan de notre culture actuelle.

En 1988 (1991 en France), "Akira" était une véritable claque dans le monde de l'animation
En 1988 (1991 en France), "Akira" était une véritable claque dans le monde de l'animation © Capture d'écran du film

C'est un de ces films que de grands réalisateurs citent parmi leurs œuvres cultes. Récemment, c'est Steven Spielberg qui confiait au héros de "Ready Player One" la moto rouge emblématique de Kaneda, l'un des deux héros du manga puis du film "Akira". Et c'est toute une génération (voire plusieurs) de cinéastes, de créateurs de jeux vidéo, de musiciens, et surtout de dessinateurs, au Japon ou ailleurs, qui ont été influencés par le travail de son auteur, Katsuhiro Ōtomo. Voici quatre raisons pour lesquelles, en 2020, il est toujours urgent de découvrir ou redécouvrir "Akira".

Parce que c'est une véritable leçon, encore aujourd'hui

Pourtant, à l'origine, on raconte que le jeune trentenaire japonais avait rechigné à adapter son manga, déjà culte, en film d'animation. Se permettant même un caprice : demander et obtenir un contrôle total et absolu sur le projet. Risqué pour les producteurs, qui investissent tout de même plus d'un milliard de yens (un peu moins de 10 millions d'euros) dans ce projet pharaonique, un record à l'époque. Il en rapportera cinq fois plus, rien que dans son pays d'origine.

Car aujourd'hui encore, "Akira" est une véritable leçon d'animation. Chaque mouvement du film est d'une fluidité incroyable, encore plus impressionnante quand on sait que presque tout a été réalisé "à l'ancienne", sur plus de 150.000 celluloïds pour près de 800 scènes. Les expressions des visages, les détails sur les vêtements, le contraste entre ombre et lumière dans les décors, l'animation méticuleuse de la fumée, des liquides, des flammes, des morceaux de verre, voire des grains de poussière : "Akira" est toujours un véritable feu d'artifice pour les rétines. À l'image de sa scène d'ouverture, à couper le souffle.

Parce qu'il aborde des problématiques cruellement actuelles

Ōtomo a toujours été un pessimiste et un révolutionnaire revendiqué. "Mon œuvre est antisystème", expliquait-il à France Inter en 2016. "Je ne suis par exemple pas d’accord avec la politique nucléaire du gouvernement, ou sur la préparation des Jeux  olympiques à Tokyo. Cette opposition est à la source de la noirceur de mes œuvres. Ma vision du monde n’a pas changé. J'ai une angoisse vis-à-vis du monde, la même qu'à l'époque de la création d'Akira."

À son image, "Akira" est resté un pamphlet cinglant contre l'autorité. Ses jeunes héros sont tous en rébellion, désabusés, face à un système qui ne les comprend pas et qui les rejette autant qu'ils le méprisent. Et en 2020, il est toujours réjouissant (et inquiétant) de voir Katsuhiro Ōtomo tirer à boulets rouges sur tout ce qui l'inquiétait déjà dans la société des années 80 : l'échec du système scolaire, la tentation de la répression et l'inévitable escalade dans la violence, les dérives d'une science privée de respect pour l'humain...

"Dans Akira, il y a de tout", résumait le journaliste Matthieu Pinon en 2019 dans "Blockbusters". "C'est impressionnant, le nombre de couches d'analyse mélangées qui sont là."

Parce qu'il a profondément marqué la culture manga française

En France, le film a été une pierre importante dans l'histoire très particulière du pays avec le manga. Au milieu des productions plutôt destinées aux enfants et aux adolescents, on découvrait soudain qu'un film d'animation pouvait aborder des thématiques adultes, le tout dans une mise en scène sans concession, sans "happy end" possible. Bref, les spectateurs français étaient sonnés en sortant de la salle.

Par la suite, le film comme le manga ont accompagné cet amour grandissant de l'Hexagone pour les productions japonaises, ouvrant la voie à des sorties en salles pour d'autres œuvres, parfois avec beaucoup de retard (mais mieux vaut tard que jamais) : "Ghost in the Shell", "Perfect Blue", des films du studio Ghibli restés inédits jusqu'alors. Quasi inimaginable avant "Akira", qui a prouvé aux diffuseurs qu'il y avait là tout un pan de cinéma à prendre au sérieux.

Parce que ça vous donnera sûrement envie d'en voir plus

Katsuhiro Ōtomo n'est pas que l'homme d'un film, même si "Akira" est son chef-d'œuvre et il éclipse forcément tout le reste. On ne peut que vous recommander de voir son autre film d'animation majeur, "Steamboy", moins révolutionnaire mais assez fascinant.

Plus confidentiel, il faut aussi à tout prix voir les court-métrages qu'il a scénarisés pour le triptyque "Memories" : "Stink Bomb", notamment, est une course-poursuite complètement folle sur les traces d'un pauvre type devenu, bien malgré lui, une redoutable arme bactériologique.

Parmi les classiques de l'animation qui doivent beaucoup au succès d'"Akira", il y a évidemment les deux long-métrages "Ghost in the Shell" de Mamoru Oshii, autre réalisateur culte contemporain d'Ōtomo.

Enfin, on ne peut évoquer Katsuhiro Ōtomo sans citer son élève et l'un de ses héritiers les plus brillants, le regretté Satoshi Kon, qui a lui aussi repoussé les limites de l'animation japonaise. Et pour se remettre du pessimisme désabusé du créateur d'"Akira", le mieux c'est de regarder "Tokyo Godfathers", formidable fable sur les traces de trois sans-abris à la recherche de la mère d'un bébé abandonné en plein Tokyo.

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