A Paris, la Maison Rouge, fondation créée par le collectionneur Antoine de Galbert, a fermé ses portes ce dimanche après 14 ans d'expositions. Avant lui, de nombreux lieux d'art ont baissé le rideau ces dernières années. Et l'argent n'est pas toujours le (seul) argument.

La Maison Rouge est le premier musée au monde à avoir consacré une expo au néon dans l'art contemporain, en 2012
La Maison Rouge est le premier musée au monde à avoir consacré une expo au néon dans l'art contemporain, en 2012 © Maxppp / Matthieu de Martignac / PhotoPQR / Le Parisien

Dernier envol pour la Maison Rouge. Ce dimanche jusqu'à 21h, les visiteurs ont pu aller admirer L'Envol, une exposition au nom évocateur, pour cette fondation reconnue d'utilité publique, fondée par Antoine de Galbert en 2004 entre la place de la Bastille et les quais de Seine, à Paris. A 21h, la Maison Rouge a définitivement fermé.  

Mais pourquoi ce lieu d'art contemporain, pourtant salué régulièrement par la critique et par le public, ferme-t-il ses portes pour de bon, comme bien d'autres avant lui ? Nous avons passé en revue – et comparé – plusieurs de ces fermetures, et leurs raisons.  

Pour se lancer dans de nouvelles aventures : l'exemple de la Maison Rouge 

Antoine de Galbert a pris ses précautions : c’est dès janvier 2017 qu’il a annoncé la fermeture prochaine du lieu. Dans un entretien au Monde, juste après cette annonce, il assure : “Je ne suis ni malade, ni ruiné. C’est évidemment ce qui se dira, mais non : ni ma santé physique ni ma santé financière ne sont menacées. Tout va bien”.  

En d’autres termes, le collectionneur prend la liberté de fermer son lieu “au plus haut de la vague”, dit-il en reconnaissant “manquer de modestie”, “plutôt que courir le risque de moins bien finir”. Et il ne lâche pas le monde de l’art pour autant : si la Maison Rouge disparaît, la fondation qui porte son nom subsiste, et devrait s’orienter vers le mécénat. Un luxe, donc, que de fermer un lieu alors qu’il est en bonne santé.  

Le manque de fréquentation : l'exemple de la Pinacothèque 

L’exemple de la Pinacothèque de Paris est l’exact inverse de celui de la Maison Rouge : le 12 février 2016, le musée privé annonce qu’il fermera ses portes... trois jours plus tard. Ouvert en 2003, le lieu avait pourtant accueilli des expositions de noms très prestigieux, de Picasso à Van Gogh en passant par Giacometti. 

Mais en deux ans (2013-2015), le musée a perdu près d’un quart de sa fréquentation, définitivement plombée fin 2015 par les attentats du 13 novembre. Avec un loyer de 300 000 euros par mois pour un emplacement place de la Madeleine, le lieu n’a pas tenu le choc. Dans un entretien là aussi au Monde, le fondateur de la Pinacothèque, Marc Restellini, déplorait la concurrence déloyale des musées publics, “qui ne paient pas 10 % de TVA sur la billetterie, ni de loyer, ni d’assurances pour les œuvres garanties par l’Etat”. 

Les décisions politiques : l'exemple du Quartier, à Quimper 

A Quimper, Le Quartier était un centre d’art contemporain ouvert en 1990, géré de façon associative et financé par des fonds publics, répartis entre la ville de Quimper, la Drac (Direction régionale des affaires culturelles), la région et le département. Mais à partir du changement de bord politique de la ville en 2014, les subventions municipales ont baissé, jusqu’à être supprimées en 2016

Le maire LR Ludovic Jolivet a rejeté la faute sur la baisse des dotations de l’Etat. Mais pour les gestionnaires du site, qui avancent le fait que la mairie a refusé une proposition d’aide du ministère de la Culture, il s’agissait d’une volonté politique de la mairie de baisser ses aides à l’art contemporain. Le lieu a finalement arrêté ses expositions en juin 2016, avant de fermer définitivement à la fin de cette même année. 

Quand la concurrence est mortelle : l'exemple du Grand musée du parfum 

En décembre 2016, un nouveau musée ouvre à Paris : le Grand Musée du Parfum. Avec une inauguration largement couverte dans les médias, et soutenu par le Syndicat national de la parfumerie, il propose une expérience nouvelle et sensorielle aux visiteurs, avec de nombreuses installations interactives (et olfactives, évidemment), à mi-chemin entre l’art et la science.  

Problème : il y a déjà un musée du parfum à Paris, à quelques rues du premier, juste à côté de l’Opéra Garnier. Et ce musée-là présente deux grands atouts : il porte le nom de l’un des plus anciens et plus prestigieux parfumeurs français, Fragonard, et surtout, son entrée est gratuite pour une collection de nombreux objets d’époque liés au parfum. Même si les deux établissements n’étaient pas exactement sur la même corde, l’un des deux n’a pas survécu à cette concurrence. En juillet dernier, le Grand musée du parfum a déposé le bilan.  

Faute de locaux : l'exemple du musée de Radio France 

Eh oui ! Souvenez-vous, il y avait, jusqu’à il y a quelques années, un musée à Radio France. En 1966, quelques années à peine après son ouverture, la Maison de l’ORTF, à Paris, accueillait son propre musée, exposant du matériel ayant servi, à travers les âges, à fabriquer ou à écouter la radio.  

Au début des années 2000, la Maison de la Radio s’apprête à faire peau neuve et à engager d’immenses travaux de réhabilitation. Ainsi, en 2007, le musée ferme ses portes au public. Pour l’heure, même si certaines de ses pièces sont exposées dans les espaces de la maison de la radio, sa réouverture n’est pas prévue. En revanche, ses collections sont régulièrement prêtées pour des opérations extérieures ou des expositions... ou pour les besoins de la production radio.  

Pour sauver leur peau : l'exemple du musée de la poupée 

Être un musée à Paris coûte cher, et la première ligne de dépenses est souvent le loyer mirobolant que doivent payer les organismes pour leurs espaces d’exposition. C’était le cas du Musée de la Poupée, petit musée privé installé depuis 1994 dans le Marais. 

Si le musée en tant que structure existe toujours, il n’a plus de lieu d’exposition. En effet, l’hôtel particulier qu’occupait le musée était vétuste, et les travaux de rénovation auraient coûté trop cher et menacé la santé financière du musée. Dans un communiqué publié en juin 2017, les gérants du musée expliquent que c’est “précisément pour faire perdurer notre structure que nous avons pris la décision de ne plus louer nos locaux”.  

Pour se décentraliser : l'exemple du musée des Arts et Traditions populaires 

Fondé en 1937, et installé à partir de 1972 dans un important bâtiment situé au bord du Jardin d’acclimatiation de Paris, ce grand musée national présentait des collections d’éthnologie portant essentiellement sur la France rurale du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Accueillant en son sein de nombreux chercheurs, il est à la fois un lieu d’exposition et de recherche.  

Si son bâtiment parisien a fermé en 2015, le musée n’a pas rééllement disparu : il s’est transformé. En 2005, il change de nom et devient le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerrannée : le MuCEM. Huit ans plus tard, en 2013, il rouvre dans de nouveaux locaux à Marseille. Laissé à l’abandon (mais parfois occupé par des artistes comme Pierre Huyghe, qui y a tourné un film expérimental), le bâtiment a été démantelé il y a quelques mois.  

En 2020, il laissera la place à une cité des métiers d’art du groupe Louis Vuitton – dont la désormais célèbre Fondation se trouve à quelques dizaines de mètres de là. Le nouveau bâtiment, reprenant les lignes de l’ancien, est conçu par l’architecte Frank Gehry.  

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