Pourquoi donc cette femme écrivain, née Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil en 1804, mariée à Casimir Dudevant en 1822, a-t-elle choisi de s'appeler George Sand dès 1830 ?

Statue de George Sand par François-Léon Sicard dans les Jardins du Luxembourg
Statue de George Sand par François-Léon Sicard dans les Jardins du Luxembourg © AFP / Patrick Escudero

Combien sommes-nous à savoir que George Sand, première femme au XIXe siècle à vivre de ses écrits, contemporaine de Victor Hugo, Alexandre Dumas et Honoré de Balzac, avait un nom de plume sous lequel se cachait un nom très aristocratique, Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil… mais peut-on vraiment écrire avec tous ces prénoms et cette particule, lorsqu'on se sent femme indépendante et que l'on cherche à raconter la quête de la liberté absolue ?

Un nom de baptême interminable

George Sand… ce nom d'auteur lui va si bien qu'on oublie toujours que cette femme de lettres reçut, à sa naissance, le nom de famille de son père qui s'appelait Maurice François Élisabeth Dupin de Francueil, arrière-petit-fils de Frédéric-Auguste de Saxe, roi de Pologne sous le nom d'Auguste II.

Sa grand-mère, Marie-Aurore de Saxe, était la fille naturelle du Maréchal de Saxe ; une femme importante dans la biographie de George Sand puisque c'est elle qui achètera la maison de Nohant en 1793, où elle élèvera sa petite-fille dès que celle-ci aura quatre ans, lorsque Maurice décédera d'un accident de cheval en 1808 et que sa mère, Sophie Victoire Antoinette Delaborde, retournera vivre à Paris.

George Sand disait d'elle-même :

Le sang des rois se trouva mêlé dans mes veines au sang des pauvres et des petits.

Sa défense des humbles sera sa vraie signature, elle sera toujours du côté des pauvres, des exclus et des femmes.

Un pseudonyme provisoire

En 1830, alors qu'elle est déjà mariée, Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, baronne Dudevant demande à séjourner à Paris, obtient un peu d'argent et rencontre chez des amis, un écrivain, Jules Sandeau, de sept ans son cadet.

Amoureux l'un de l'autre, ils décident d'écrire ensemble pour vivre de leur plume.

En 1831, un premier roman à quatre mains voit le jour, une histoire exprimant la douleur morale de la jeune génération, Rose et Blanche, ou la Comédienne et la religieuse, un ouvrage signé : J.Sand.

J. pour Jules et Sand qui est en fait une simple contraction du patronyme Sandeau.

George Sand, dans Histoire de ma Vie (1855)

Le nom est tout pour la vente et le petit pseudonyme s'étant bien écoulé, on tenait essentiellement à le conserver.

Si la jeune baronne s'efface devant son amant et souhaite garder l'anonymat pour préserver le nom de la famille de son mari, elle est tout à fait consciente que signer un livre imprimé est un acte d'importance.

Un prénom mixte

Lorsque l'éditeur parisien B.Renault réclame un second livre, la jeune baronne, qui n'a pas encore d'existence en tant qu'écrivain, sentant que sa relation avec Jules Sandeau s'effiloche, va prendre les devants…

George Sand, dans Histoire de ma Vie (1855)

Je pris vite et sans chercher celui de George qui me paraissait synonyme de «berrichon».

Ce choix du prénom par l'écrivain ne semble pas très clair pour les historiens, mais en tout cas, l'étymologie grecque de George renvoie à « celui qui travaille à la terre » et il est certain que l'auteur, dans le choix de son prénom, désirait ardemment être reliée à la campagne de son cher Berry.

Peu le savent, mais en français, le prénom «George» est la forme féminine et peu usitée du prénom masculin qui prend, lui, un S en fin de mot.

Celle qui porte encore le nom d'Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, baronne Dudevant, a déjà beaucoup écrit, et propose donc à l'éditeur son roman, Indiana, intrigue amoureuse mais aussi étude sociale, qui paraîtra en 1832.

La même année, et désormais toujours sous le nom de George Sand, vont être publiés le romantique mais toujours féministe Valentine, puis La Marquise, roman que Balzac considérera comme une perle. Bien d'autres suivront, jusqu'au dernier souffle de l'écrivain, en 1876.

Un nom de plume pour écrire la liberté

Si George Sand est surtout connue pour ses romans au parfum de terroir, les spécialistes ont également cantonné trop souvent cet auteur remarquable dans le registre de la littérature enfantine.

George Sand, extrait de Correspondance, le 31 mai 1931 :

Pour moi, ma chère maman, la liberté de penser et d'agir est le premier des biens.

Pourtant, c'est avec générosité et sensibilité qu'elle livre à la postérité une œuvre importante, très diversifiée, marquée par la naissance du féminisme, l'affirmation des différences, l'exhortation à la tolérance et la réalité du lien qui nous unit à la Nature.

Entre 1830 et 1876, la romancière Georges Sand écrit aussi des contes et des nouvelles, des pièces de théâtre, des articles critiques et politiques, des textes autobiographiques, et rien moins que vingt-six volumes de correspondance.

George Sand, la liberté d'aimer

Ce dimanche 1er octobre 2017, entre 21h et 22h, l'émission Autant en emporte l'Histoire est consacrée à George Sand et raconte la vie de l'auteur alors qu'elle reste très attachée à Frédéric Chopin, l'un des grands amours de sa vie, dont nous savourerons l'évocation en ellipses sonores.

La fiction George Sand, la liberté d’aimer, écrite par Christine Spianti, est réalisée par Cédric Aussir ; Stéphanie Duncan reçoit l'historienne Michelle Perrot, militante féministe et défricheuse d'archives.

Voici en avant-première de la fiction de dimanche soir, un petit avant-goût sonore de George Sand, la liberté d'aimer, où la voix de George Sand est incarnée par la comédienne Marie Payen. et celle de Frédéric Chopin par l'acteur Thibault Vinçon.

L'émission Autant en emporte l'Histoire a aussi sa page facebook sur laquelle vous êtes invités à intervenir. L'émission est réécoutable ou podcastable sur franceinter.fr .

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