Le musée du Luxembourg consacre en cette fin d'année une grande exposition à Vivian Maier. La photographe dont le travail a été mis au jour quasi accidentellement juste après sa mort était française par sa mère et a grandi dans un village des Alpes de Haute-Provence.

Autoportrait, 1955 © Estate of Vivian Maier,
Autoportrait, 1955 © Estate of Vivian Maier, © Courtesy of Maloof Collection, Howard Greenberg Gallery

Une histoire extraordinaire

Fin 2007 : John Maloof est à la recherche de photographies pour illustrer un livre qu'il vient de co-écrire sur un quartier de Chicago : Portage Park. Lors d'une vente aux enchères, il se rend acquéreur d'une partie des biens d'une inconnue qui sont vendus parce que la location du box où ils étaient entreposés n’était plus payée. Dans le lot, il y a une malle en fer remplie de photographies, de négatifs et de films non développés. Le jeune agent immobilier ne le sait pas encore, mais il vient de mettre la main sur un trésor.

Avril 2009 : en inspectant le contenu des cartons qu'il a acquis avec la malle, il trouve une enveloppe sur lequel figure un nom. Après quelques recherches sur le net, il découvre un avis d’obsèques, celui d’une femme du même nom décédée quelques jours plus tôt.

Ainsi commence la deuxième vie de Vivian Maier : depuis ce jour, John Maloof n'a eu de cesse de mettre la photographe dans la lumière. Deux ans durant, il rencontre les gens qui l'ont connue et reconstitue sa vie. Il trie, classe et numérise le travail photographique qu’il a découvert. En janvier 2011, il organise une première exposition au Chicago Cultural Center. Succès immédiat. En 2013, il coproduit un documentaire, Finding Vivian Maier.

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A partir de cette date, les plus grandes galeries, les plus grands musées organisent des expositions et rétrospectives Vivian Maier.

Entre New York et la vallée du Champsaur

Comme des millions d’Européens, les grands-parents de Vivian Maier ont émigré aux États-Unis au début du XXe siècle. Si la famille paternelle ne joue pas un grand rôle dans sa vie, sa famille maternelle aura une grande influence sur elle, à commencer par sa grand-mère, Eugénie Jaussaud. 

Fille mère en 1897 dans une région des Hautes-Alpes, éloignée de tout et attachée à des valeurs catholiques strictes, Eugénie choisit la terre promise et débarque à New York, seule, au printemps 1901. Elle travaille auprès de grandes familles américaines qui disposent d’un personnel nombreux. Sa fille Marie, qu'elle a laissée à ses parents, la rejoint quelques semaines avant la déclaration de la Guerre de 1914.

Après la guerre, Marie épouse Charles Maier, technicien en climatisation, avec qui les choses se gâtent assez vite. Ils ont tout de même deux enfants : Carl, puis Vivian qui nait à New York le 1er février 1926. Les années qui suivent sont instables. Marie et Vivian déménagent fréquemment.

La grande dépression qui va traverser les Etats-Unis au début des années 1930 incite Marie à rentrer en France. Elle s'installe avec Vivian à Beauregard chez sa tante Maria Florentine (la sœur d'Eugénie). Après une petite enfance tumultueuse, Vivian est enfin libre de jouer en plein air avec ses cousins et amis, et, grâce à sa forte personnalité, elle tient rapidement le rôle de meneuse. Cette parenthèse enchantée dure six ans. 

En août 1938, la Seconde Guerre mondiale se profilant à l'horizon, Marie retourne à New York avec sa fille. Âgée de 12 ans, Vivian quitte sa vie dans les Alpes pour retrouver une ville et une langue dont elle a presque tout oublié.

Chicago, Mai 57 | Chicago 1960 © Estate of Vivian Maier
Chicago, Mai 57 | Chicago 1960 © Estate of Vivian Maier / Courtesy of Maloof Collection, Howard Greenberg Gallery, NY

Les Alpes pour modèle

En 1950, Vivian Maier revient en France. Sa tante Maria Florentine a fait d'elle son héritière. Elle vend la maison de Beauregard et peut ainsi s’offrir un appareil photo et se mettre sérieusement à la pratique de la photographie.

Ses premiers clichés sont des paysages alpins, qu’elle photographie à de multiples reprises pour travailler méthodiquement la composition et maîtriser la lumière. Elle varie le premier plan et l’arrière-plan pour modifier le caractère de l’image, son intention étant de lancer une entreprise de cartes postales.

Outre les montagnes, son autre sujet de prédilection, c'est la classe laborieuse de la région. Elle fait poser les gens avec leurs accessoires personnels ou leurs outils de travail. Elle prend ses photos en gros plan et en utilise certaines pour ses cartes postales.

Pour Vivian, l’année qu’elle passe dans les Alpes marque un tournant décisif. La propriété de Beauregard, vendue aux enchères, lui laisse un pécule qui correspondrait aujourd’hui à 50 000 dollars, ce qui lui permet d'envisager de se lancer dans une carrière de photographe.

Rentrée à New York au printemps 1951, Vivian, à l’aise avec les enfants, trouve un emploi stable de nourrice, une activité souple qui lui assure un toit et lui permet de passer du temps dehors et d'immortaliser les gens de la rue.

Six mois autour du monde

En 1956, elle s'installe définitivement à Chicago et entre au service de la famille Gensburg avec qui elle restera 11 ans, s'occupant des trois garçons.

En 1959, les Gensburg acceptent qu'elle prenne un congé de six mois pour parcourir le monde à bord d’un cargo mixte. Elle se rend au Canada, en Egypte, au Yemen, en Thaïlande et en Italie. Au cours de ce voyage, elle prend plus de 5000 clichés.

Un voyage qui passe aussi par la France, les Hautes-Alpes, bien sur, mais aussi Paris. Ce sera sa dernière visite en France.

Digne, août 59 | Notre Dame de Paris, septembre 59 © Estate of Vivian Maier
Digne, août 59 | Notre Dame de Paris, septembre 59 © Estate of Vivian Maier / Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery

Vivian Maier n'est pas devenue photographe professionnelle. Jusqu'au milieu des années 1990 elle s'est occupée d'enfants et de personnes âgées. Elle n'a jamais cessé de prendre des photos, de filmer aussi avec une caméra super-8, mais a rarement montré son travail. La plupart de ses employeurs ne savaient même pas qu'elle avait un appareil photo.

A la fin des années 1990, les enfants Gensburg la retrouvent alors qu'elle est tombée dans la misère. Ils vont veiller sur elle et l'aider financièrement jusqu'à sa mort le 21 avril 2009.

Quelques jours plus tard, John Maloof les contacte. La légende de Vivian Maier peut commencer.

Aller plus loin

  • VOIR | L'exposition Vivian Maier au musée du Luxembourg jusqu'au 22 janvier 2022
  • VOIR | A la recherche de Vivian Maier, au cinéma Les 3 Luxembourg, jeudi 30 septembre à 19h35