Tir à l'arc
Tir à l'arc © corbis

Xavier Mauduit croise une femme sublime, un doigt impudique et un bouquet provincial pour parler d’un sport qui trouve ses origines dans les tréfonds dans l’humanité : le tir à l’arc.

Un bout de bois pour les branches, des fibres végétales pour les cordes : les premiers arcs n’avaient aucune chance de traverser les âges. Les archéologues découvrent l’existence des arcs quand ils découvrent des flèches en silex qui, elles, ne sont pas périssables. Les plus anciennes ont 50 000 ans. Ötzi, l'homme des glaces retrouvé dans les Alpes avait 14 flèches dans son carquois. Les armées mésopotamiennes, égyptiennes et romaines comptaient des archers hors pairs.

Mais c’est durant la guerre de Cent ans que l’utilisation de l’arc a une résonnance toute particulière avec le monde actuel.

L’armée du roi de France était composée de valeureux chevaliers engoncés dans leurs armures. De leur côté, les Anglais avaient des troupes d’archers à l’efficacité redoutable. Les Français avaient pris l’habitude quand ils capturaient un Anglais de lui couper le doigt - comme ça il ne pouvait plus tirer à l’arc. En réponse, juste avant les batailles, les Anglais, pour provoquer les Français, avaient pris l’habitude de leur tendre un doigt, le majeur… L’histoire est belle on peut y croire ; de là à y voir l’origine du doigt d’honneur… Il faut tout de même nuancer. Dès la Rome antique, un doigt tendu bien haut était déjà signe d’insulte. Comment dire ? Le majeur tendu, on comprend la destination, globalement… Les Romains parlaient de doigt impudique : une explication claire évidente et pénétrante.

Saint Sebastian par Andrea Mantegna
Saint Sebastian par Andrea Mantegna © The Gallery Collection/Corbis

C’est au XVIe siècle qu’apparaît une codification du noble jeu de tir à l’arc. Des compagnies se créent, souvent dédiées à Saint-Sébastien, patron des archers. Martyr du IIIe siècle, il avait été criblé de flèches. Mais dans l’archerie, comme dans bien d'autres domaines, la Révolution change la donne : les compagnies sont dissoutes et les archers placés dans la garde nationale.

Après la Révolution, les compagnies se reforment cette fois dans une démarche purement sportive et festive - terminé, l’aspect militaire. C’est notamment la réinvention d‘une tradition médiévale : une fête qu’on appelle le bouquet provincial . Une compagnie défie une autre compagnie, réception des archers en grande pompe, cortège, bénédiction et en signe d’amitié on échange une gerbe de fleurs : le bouquet. Et d’ailleurs, ces bouquets provinciaux existent toujours, on peut y aller chaque année.

C’est ça aussi le tir à l’arc. Un sport qui titille notre imagination et qui fait rêver. Il mobilise dans notre monde intérieur Robin des bois, les Apaches, Diane chasseresse et même Cupidon . Ainsi comme l’écrivain Romain Roland dans son voyage intérieur“La vie est l’arc et la corde est le rêve” .

Illustration des acolytes de Robin des bois par Lucy Fitch Perkins
Illustration des acolytes de Robin des bois par Lucy Fitch Perkins © Blue Lantern Studio/Corbis

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