Drôle d'histoire que celle du vert. Chimiquement instable, le vert a symboliquement été associé à tout ce qui était instable : l'enfance, l'amour, la chance, le jeu, le hasard, l'argent. Ce n'est qu'à l'époque romantique qu'il est définitivement devenu la couleur de la nature.

Le vert n'a pas toujours été la couleur de la nature
Le vert n'a pas toujours été la couleur de la nature © Getty / Anne Audigier

Historien, spécialiste de la symbolique des couleurs, Michel Pastoureau est aussi un passionné de nature. Vert + nature, il était donc normal de retrouver Michel Pastoureau dans CO2 mon amour, aux côtés de Denis Cheissoux pour évoquer cette couleur au drôle de parcours puisqu'elle est passée de la couleur du Malin à la couleur de l'écologie.

Le vert a souvent eu mauvaise réputation.

... explique Michel Pastoureau. On savait fabriquer cette couleur, mais on avait du mal à la stabiliser, surtout en teinturerie. Elle était changeante, d'où l'idée de traîtrise. À la fin du Moyen-Âge, les diables, les démons, les sorcières, les crapauds ou les serpents sont souvent représentés en vert. C'est une couleur à laquelle on ne peut pas se fier. Elle passe, se délave… comme la jeunesse, la vigueur, l'amour.

Les choses changent au XVIIIe siècle avec les Romantiques.

Jean-Jacques Rousseau, l'un des meilleurs ambassadeurs du vert

Rousseau n'a certes pas inventé le concept de la Nature, mais a porté haut l'amour de cette nature et la détestation de la ville. 

Vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne.

Le mouvement romantique a porté un regard différent sur la nature et a commencé à assimiler totalement l'idée de nature à la végétation, ce qui n'était pas complètement le cas auparavant.  

Depuis l'antiquité, la nature se définissait par les quatre éléments : eau, air, terre, feu. Elle avait donc quatre couleurs. Puis la nature progressivement est "devenue végétale". Cela s'intensifie à l'époque romantique ou la nature devient verte.

Il a donc fallu attendre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle pour que ce vert devienne une couleur beaucoup plus positive.

C'est l'époque aussi où les savants font du vert le "contraire" du rouge à cause de la théorie des couleurs primaires et complémentaires. Si le rouge est la couleur de l'interdiction, le vert devient la couleur de la liberté.

Révolutionnaire, le vert ?

S'il faut attendre le milieu du XXe siècle pour que le vert entre en politique, il a bien failli être la couleur de la Révolution.

Deux jours avant la prise de la Bastille, Camille Desmoulins harangue la foule dans les jardins du Palais Royal dans un discours resté célèbre. Il invite les partisans du mouvement des libertés à choisir la couleur qu'il porteront en signe de reconnaissance. La foule choisit "le vert de l'espérance". Desmoulins cueille alors une feuille de tilleul, il l'accroche à son chapeau et dit :

Faisons du tilleul et de la couleur verte les emblèmes de notre mouvement.

Dès le lendemain, les cocardes vertes commencent à fleurir, jusqu'à ce que quelqu'un fasse remarquer que le vert est la couleur de la livrée du comte d'Artois, c'est à dire le frère de Louis XVI, le futur Charles X, l'homme le plus réactionnaire de France. 

Le vert est donc abandonné au profit du rouge et du bleu.

Quand l'écologie devient verte

Depuis l'apparition des premiers mouvements dans les années 1970, le vert, couleur de la nature, est très naturellement devenue la couleur des partis écologistes jusqu'à devenir le nom même d'un parti, et dans l'acception courante le terme qui désigne aujourd'hui les écologistes de manière générale.

Dans l'arc-en-ciel politique que nous dessine Michel Pastoureau :

  • le rouge et le rose sont depuis longtemps les couleurs des partis dits progressistes. 
  • Peu à peu, le bleu est devenu la couleur des partis conservateurs. 
  • Le noir, est la couleur des anarchistes, des nihilistes. 
  • Le blanc, celle des monarchistes. 
  • L'orangé est plus récent en politique, c'est la couleur souvent des partis centristes. 
  • Le violet, est la couleur des mouvements féministes, depuis le début de XXe siècle. 
  • Et donc le vert, aujourd'hui, est la couleur des défenseurs de la planète, de l'environnement, du monde naturel et sauvage.

Michel Pastoureau conclut :

Il y avait une place à prendre dans la gamme chromatique dans la palette politique.

Elle est solidement prise aujourd'hui.

Aller + loin

(RÉ)ÉCOUTER | CO² mon amour de Denis Cheissoux avec Michel Pastoureau

LIRE | Vert, Histoire d'une couleur de Michel Pastoureau (un extrait est disponible sur le site de l'éditeur)... Ce nouvel ouvrage sera disponible le 18 mai prochain en format poche

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