C’est la question posée par Lola, 10 ans, dans l’émission "Les P’tits bateaux". La petite fille, qui possède tous les albums des deux Gaulois, a noté des différences entre les aventures du début et les plus récentes. Elle se demande à quoi cela est dû. Voici la réponse de Jessica Kohn, chercheuse en histoire du dessin.

Le dessinateur Albert Uderzo à sa table à dessin avec les figurines d'Astérix et Obélix en 1977
Le dessinateur Albert Uderzo à sa table à dessin avec les figurines d'Astérix et Obélix en 1977 © Getty / ullstein bild Dtl.

Dans la bande dessinée, ce sont souvent les dessinateurs qui s’occupent des couleurs, mais parfois, faute de temps, ce n'est pas eux.

Pour Astérix, on n’a pas eu envie de confier la colorisation des albums à son dessinateur : Albert Uderzo est daltonien ! 

Il pensait même qu’Obélix avait les cheveux verts. Si on l’avait laissé colorier, on aurait eu du pop-art… 

C’est donc Claude Poppé, une des petites mains du journal Pilote dans lequel les aventures des deux Gaulois étaient publiées qui s’en occupait. Elle colorisait un peu rapidement : il fallait aller vite, Pilote était un hebdomadaire. Comme c’était du dessin d’humour et pas du dessin réaliste, on ne prêtait pas une grande attention à la qualité des couleurs. 

Quand on a commencé à les publier en série cartonnée, Georges Dargaud, le directeur de la publication, n’était pas certain que cela fonctionne. Il investit alors peu dans la qualité de l’impression. Il conserve les couleurs de Pilote, celle d’origines réalisées un peu rapidement. 

À partir d'"Astérix et Cléopâtre" : changement de stratégie

Au bout de cinq albums d’Astérix et Obélix et vu de leur succès, les directeurs changent de stratégie et de coloriste. A partir du sixième album, Astérix et Cléopâtre (1965), c’est le frère d’Albert Uderzo, Marcel Uderzo, qui colorise. Il s’est ainsi occupé d’une vingtaine d’albums. 

Marcel Uderzo a été remplacé pour un album par une femme, Evelyne Tranlé : elle a colorié Le Bouclier Arverne (1968). Mais elle a vite abandonné : dessiner les braies, les pantalons bleus et blancs de tous les Gaulois, était trop fastidieux. Il faut dire qu’avant l’invention de l’ordinateur, tout se faisait à la main. 

On utilisait à l’époque, un bleu d’imprimerie, c'est-à-dire que la BD n’était dessinée en une seule couleur, le bleu. Pourquoi le bleu ? Les émulsions chimiques de l’imprimerie ne réagissaient pas au bleu, cela permettait de « fixer » les autres couleurs. On dessinait dessus. Dans une seule teinte, sans faire de dégradés. On ne pouvait faire que des aplats de couleurs. 

Aujourd’hui 

Avec le numérique : on a des équipes entières qui s’occupent de la couleur d’un album. On peut à l’inverse demander au dessinateur de dessiner, de scanner sa planche et de la traiter du trait jusqu’à la couleur, c’est plus cohérent. 

Et Hergé ? 

Il y avait derrière le succès de Tintin la mise en place par Hergé d’un studio : les studios Hergé, le premier de l’espace de la BD franco-belge. Le dessinateur s’occupait du crayonné et ses assistants encraient les personnages, faisaient les décors, et la couleur.

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