Les fauteuils, comme les tentures des salles de spectacle sont souvent rouges. Pourquoi ? s’interroge Jeanne, 9 ans, dans Les P’tits Bateaux, l’émission dominicale de Noëlle Bréham. Réponse avec Agathe Sanjuan, conservatrice-archiviste de la Comédie Française, et auteure d’un livre sur le Français paru au Seuil.

Les sièges et les teintures sont rouges pour donner une teinte historique aux salles de spectacle et pour mieux mettre en valeur la scène.
Les sièges et les teintures sont rouges pour donner une teinte historique aux salles de spectacle et pour mieux mettre en valeur la scène. © Getty / Chatchai Pumpruk / EyeEm

Les sièges n’ont pas toujours été rouges

Avant la Révolution française les couleurs des salles de spectacle étaient le bleu, le vert, le blanc et l’or. Le vert n’était pas encore une couleur maudite au théâtre. Il n’a été abandonné qu’au XIXe siècle. Auparavant, la teinture verte difficile à obtenir, non seulement ne tenait pas, mais était souvent toxique. Le vert utilisé était le vert-de-gris, qui s'obtenait par l'oxydation de lamelles de cuivre avec du vinaigre, du citron ou de l’urine. Ce pigment instable et corrosif contaminait les couleurs voisines et empoisonnait au sens propre ceux qui portaient des costumes de cette couleur.

Dans les salles, qui étaient souvent des théâtres officiels, on trouvait du bleu, parce qu’on devait voir la couleur du roi. La couleur azur avait été adoptée comme couleur officielle de la royauté française au XIIe sous les Capétiens. On disait également que le bleu mettait en valeur les toilettes et la peau des femmes qui reposaient leurs bras sur les accoudoirs. La couleur mettait un coup de projecteur sur le public plutôt que la scène à une époque où on allait au théâtre surtout pour être vu. 

Après la Révolution française, le rouge s’installe progressivement dans les salles de spectacle 

En 1798, on rénove le théâtre de Richelieu (qui allait devenir La comédie française un an après). Pour la première fois, les sièges et la décoration sont dominés par le rouge et l’or. Ce changement est très critiqué à l’époque. Comme la Terreur est encore proche, les spectateurs s’interrogent : « Comment un théâtre peut-il avoir la couleur du sang versé par les Français pendant cette triste période ? » Le théâtre change immédiatement sa décoration et repasse au bleu, blanc et or. 

La couleur rouge revient au XIXe siècle dans les années 1820 / 1830 une fois le souvenir des massacres estompés. Cela coïncide avec les débuts du romantisme, où les décors de théâtre vont devenir plus importants encore. On veut alors leur donner une teinte « historique ». Le rouge va mettre en valeur la scène. 

Il faut savoir que jusqu’à la fin du XIXe siècle, la salle est allumée pendant le spectacle (on ne l’éteint qu'à la fin du XIXe siècle). On voit aussi bien les spectateurs que les acteurs. Cette couleur rouge va permettre de mieux contraster, de mettre plus en valeur la salle de théâtre. 

🎧 Les P'tits bateaux sur la couleur rouge dans les salles de spectacle

🎧  Sur la couleur rouge écoutez l'historien des couleurs Michel Pastoureau dans L'Heure bleue 

📖  Sur le tabou du vert au théâtre, lire ici

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