Ce jeudi soir à la Seine Musicale de Boulogne-Billancourt, Michel Sardou donne l'ultime concert de sa carrière de chanteur. Il met un terme à cinquante ans de chansons qui en ont fait un incontournable de la variété française, au-delà des polémiques qui ont jalonné sa carrière.

Michel Sardou lors d'un concert à Vienne, en juillet dernier
Michel Sardou lors d'un concert à Vienne, en juillet dernier © Maxppp / Jean-François SOUCHET / PhotoPQR / Le Dauphiné Libéré

"Salut, Salut, je suis venu vous dire Salut" : ce jeudi soir, Michel Sardou montera sur la scène de la Seine Musicale, à Boulogne-Billancourt, pour y donner l'ultime concert de sa carrière de chanteur. Après une tournée de "remerciements" intitulée "La Dernière danse" et lancée en juillet dernier, Michel Sardou a promis qu'il arrêterait la chanson pour se consacrer pleinement à sa passion, le théâtre.  

Une fin de carrière musicale qui sera certainement une libération pour les détracteurs de l'un des artistes les plus clivants de la chanson française. Fort des polémiques provoquées par bon nombre de ses chansons (Le temps des Colonies, Je suis Pour, pour n'en citer que deux), Michel Sardou véhicule une image, qu'il a bien cherchée (et parfois méritée), de chanteur réactionnaire

Mais malgré cela, avec la fin de sa carrière, il faut l'avouer : Michel Sardou nous manquera. A l'aube de sa retraite, l'auteur de ce papier - qui sera à la Seine Musicale ce jeudi soir - se lance dans une opération de réhabilitation.  

Un article placé sous l'oeil, toujours bienveillant, de Michel lui-même (ici en concert le 3 janvier dernier à la Seine Musicale).
Un article placé sous l'oeil, toujours bienveillant, de Michel lui-même (ici en concert le 3 janvier dernier à la Seine Musicale). © Radio France / Julien Baldacchino

Une usine à tubes 

Il suffit de jeter un œil à une compilation de titres de Michel Sardou pour s'en rendre compte : la carrière du chanteur est émaillée de grands succès passés dans l'inconscient collectif. Des Bals Populaires, son premier grand succès, à Musulmanes qui lui a valu la Victoire de la musique de la chanson originale de l'année en 1987, en passant par La Maladie d'amour, un titre inspiré du Canon de Pachelbel qu'il qualifie lui-même de "bombe atomique", dont le 45 tours s'est vendu à un million d'exemplaires.  

Sans oublier ces chansons qui ont eu une deuxième vie parce que reprises des années plus tard, faisant découvrir les chansons de Sardou à ceux qui pourraient être ses petits-enfants : d'abord Je viens du Sud repris par Chimène Badi en 2005, Je Vole par Louane en 2015 ou, plus récemment, En chantant par les idoles des plus jeunes, les Kids United (et leurs copains).  

Des chansons savantes

Si Michel Sardou défend bec et ongles la chanson populaire (il s'en est ouvert à plusieurs reprises, dans des titres comme L'anatole, dédié à Charles Trenet), les textes de ses chansons n'en sont pas moins exigeants, pour qui va au-delà des grands tubes sus-nommés. Accompagné d'auteurs comme Pierre Delanoë ou l'Académicien Jean-Loup Dabadie, il a régulièrement fait référence à la littérature, à l'Histoire et au cinéma dans des textes parfois pointus. Un texte comme celui de La pluie de Jules-César, complexe et métaphasique, mérite plusieurs écoutes (lectures ?) pour en saisir le sens profond.  

Tour à tour inspirées d'ouvrages de Montaigne (Parce que c'était lui, parce que c'était moi), de La Fontaine (Selon que vous serez puissant ou misérable) ou du médiéviste Georges Duby (L'an mil), ces chansons, ultra-référencées, font aussi souvent référence à des épisodes historiques, comme La marche en avant, épisode de bataille napoléonienne mis en musique.  

Et dans Le Figurant, son dernier titre mis en avant, il retrace un demi-siècle de cinéma, de "Paris Brûle-t-il" dans lequel il a joué en tant que figurant, à "Il faut sauver le soldat Ryan".  

Un style musical à lui seul 

S'il fallait définir le style musical de Michel Sardou, ce serait : du Sardou. Un style hybride, difficile à définir, qui doit beaucoup au compositeur Jacques Revaux et à l'arrangeur Roger Loubet. Une variété française teintée d'envolées lyriques, d'arrangements magistraux (parfois à la limite de la grandiloquence), de longs passages instrumentaux, qui font de ses chansons de petites pièces musicales particulièrement intéressantes. 

Dans les années 70, il produit de vraies perles, des mini "opéras pour une voix" qui racontent des petites histoires. Des titres restés enfouis au cœur de leurs albums, comme W454 au sujet d'un extra-terrestre, ou X-Ray, histoire d'une tour de contrôle d'aéroport en panique.  

… mais des incursions dans tous les styles 

Si le style ampoulé, ce n'est pas votre genre, notez qu'outre ses nombreuses ballades et chansons d'amour, Michel Sardou a su naviguer entre les styles musicaux au fil des années. Ses chansons du début des années 90, truffées de synthés, en font des albums au son caractéristique de leur époque. Il a même poussé jusqu'au slam, dans un OVNI paru en 2006, L'évangile selon Robert (apocryphe).  

Un chanteur qu'on adore détester 

Si vraiment, malgré tous ces arguments, vous n'arrivez pas à plus apprécier les chansons de Michel Sardou ; si rien en vous ne parvient à éclipser le côté réac de Ils ont le pétrole et si vraiment rien, dans ses adieux, ne vous émeut, dites-vous alors que le paysage humoristique français perd l'un de ses plus grands pourvoyeurs de blagues et de parodies. En témoigne un personnage récurrent du Groland, et l'un des plus cultes, le très réac et plutôt beauf Michel Sardouille :  

À France Inter aussi, Michel Sardou donne du grain à moudre aux humoristes maison. On a tour à tour vu, il y a quelques semaines, Guillaume Meurice à la rencontre de ses fans, et Alex Vizorek prendre (presque) sa défense à l'antenne.  

"A 1,6g/L, on connait tous beaucoup plus de chansons de Michel Sardou".  

"On sait tout le prix du silence" 

Toujours pas convaincu ? Alors pensez à ces quelques vers : "TERRE. BRÛLÉE. AU VENT. DES LANDES DE PIERRE. AUTOUR. DES LACS. C'EST POUR LES VIVANTS. UN PEU. D'ENFER. LE CONNEMARA". Et tentez-donc d'affirmer, dur comme fer, que vous n'avez jamais, jamais, dansé ni chanté sur Les Lacs du Connemara, en ronde et à tue-tête, au détour d'un mariage ou d'une fête étudiante. 

Hymne quasi-officiel des étudiants en école de commerce (qui lui a valu une place de choix dans La Crème de la Crème de Kim Chapiron), joué dans d'immenses festivals de musique électro, cette chanson de plus de six minutes qui évoque un mariage en Irlande, née à cause d'un clavier dysfonctionnant qui faisait un son de cornemuse, a valu à Michel Sardou, qui n'avait alors jamais mis les pieds dans cette région, de se voir remettre les Clés du Connemara des mains de l'ambassadeur d'Irlande en France, en 2011. 

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