Comment expliquer à une enfant ces monochromes qu'on voit dans les musées d'art ? Vaste entreprise à laquelle s'attelle Françoise Barbe-Gall. Voici donc un abrégé d'histoire de l'art, avec au programme : Yves Klein, Kasimir Malevitch, Pierre Soulages et Ad Reinhardt...

Un des monochromes bleus d'Yves Klein exposé dans un musée
Un des monochromes bleus d'Yves Klein exposé dans un musée © Maxppp / Frank May/EPA

Louise s'interroge : "à quoi ça sert de faire des tableaux d’une seule couleur ?" Elle a déposé sa question sur notre répondeur des "P'tits Bateaux", où les enfants (et les grands !) peuvent poser toutes les questions possibles et imaginables. Noëlle Bréham, qui anime l'émission, a demandé à l'historienne de l'art Françoise Barbe-Gall d'apporter une réponse à cette question...

Se reposer dans une profusion d'images

Pourquoi peindre des tableaux d'une seule couleur ? Françoise Barbe-Gall évoque le repos des yeux, face à une profusion constante d'images. On pourrait rajouter également : d'écrans. Car qu'est-ce qu'il y a de plus angoissant que l'écran noir de son portable (il refuse de s'allumer, il est cassé...) ? Pourtant, un tableau entièrement noir peut être un chef d'œuvre. 

L'image détaillée, avec une surabondance de couleurs, a envahi nos vies, avec l'arrivée de la publicité, qu'on trouve dans les panneaux publicitaires des rues ou du métro jusque dans nos mains (téléphones, tablettes)... Pour Françoise Barbe-Gall, ces monochromes représente un "silence en couleurs".

Une manière de commencer une histoire

Le caractère monochrome d'un tableau pourrait également être un avant-propos, une introduction à une histoire qui va commencer. C'est quelque chose qui va commencer, qui se met en branle. 

Mais on se dit que pour commencer cette histoire véritablement, il faudrait une deuxième couleur. Mais pour Yves Klein, deux couleurs sur un même tableau étaient déjà un drame, car l'une des couleurs était forcément plus douce que l'autre ou alors plus violente. Et de cette manière, c'est une interprétation purement subjective qui oriente la vision du spectateur. 

Une seule couleur - mais laquelle ? 

La couleur est également importante notamment pour l'histoire qu'elle va raconter. Les monochromes auxquels on pense sont souvent blancs, noirs ou bleus. Car nous pensons immédiatement à Kasimir Malévitch Carré blanc sur fond blanc (ceci dit, peut-on discuter le caractère monochrome de ce tableau ? Le fond blanc est légèrement différent de la couleur du carré blanc...)? 

Et comment oublier Yves Klein dit "Yves le Monochrome" qui n'a eu de cesse de jouer avec les couleurs, notamment avec le IKB 3, Monochrome bleu sans titre réalisé en 1960.  

Nous pensons également à Pierre Soulages et à son utilisation du noir, dont il nous parle dans cette interview réalisée par l'émission Cinéastes de notre temps, le 16 mars 1968.  

On peut également penser à Ad Reinhardt et à ses carrés noirs, dits Ultimate Painting, qui font partie de sa dernière série d’œuvres définie comme « une peinture pure, abstraite, non objective, atemporelle, sans espace, sans changement, sans référence à autre chose, désintéressée, un objet conscient de lui-même (rien d’inconscient), idéal, transcendant, oublieux de tout ce qui n’est pas l’art ».

Le monochrome n'a bien sûr pas été accepté tout de suite par le monde de l'art. Ainsi Yves Klein raconte dans L'Aventure monochromatique, qu'en 1955, de retour du Japon, il choisit d'exposer un monochrome orange signé au Salon des réalités nouvelles (LE Salon de l'abstraction qui a lieu tous les ans à Paris, depuis 1946). Le jury lui demande, pour accepter sa participation, d’ajouter une forme, un trait ou un simple point sur ce fond orangé en disant :

Une seule couleur unie, non, non, non vraiment, ce n’est pas assez, c’est impossible. 

Par pure rébellion artistique, Yves Klein retirera sa signature de ses monochromes.

Mur noir
Mur noir © Getty / Pinghung Chen / EyeEm

Aller plus loin

  • Rendez-vous chaque dimanche à 19h30 avec Noëlle Bréham dans Les P'tits Bateaux : jeunes (et moins jeunes !) peuvent poser toutes les questions possibles et imaginables au 01 56 40 43 57… Des spécialistes passionnés et passionnants y répondent.
  • Retrouvez le site de l’association CO-RE-TA (COmment REgarder un TAbleau) créée par Françoise Barbe-Gall
  • Le Monochrome étudié par les ressources du Centre Pompidou
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