blogcs indépendance et déscendance
blogcs indépendance et déscendance © Radio France / C Siméone

Le musée Guggenheim de New York montre les oeuvres de John Chamberlain du 24 février au 13 mai 2012.

Où il sera question de John Chamberlain, César, Arman et Bertrand Lavier et de voitures, en morceaux et en formes. Dans l'histoire de l'art la prime à la casse a fait de jolies fleurs.

Que faire d'une voiture, si ce n'est un voyage, un rallye, le cadre d'un rendez-vous amoureux, ou d'une dispute? Une oeuvre d'art.

Commençons par John Chamberlain. Cet artiste américain, mort en 2011, a développé un travail sur les voitures dès 1957. Chamberlain assemblait des débris de véhicules, intitulés Shortstop, s’inscrivant comme un continuateur des cubistes . Avec ses grandes tôles peintes, il faisait référence à l’activité industrielle, à un objet omni-présent dans la vie des Américains. Chamberlain a été montré lors de l’exposition « Art of Assemblage » au Moma de New York en 1961. Cette exposition a montré des œuvres de Picasso, Schwitters, et entre autres quelques œuvres des Nouveaux Réalistes français.

Des voitures de Chamberlain, j'arrive assez vite à celles de César et d'Arman.

Après Chamberlain, César comprimait les voitures dans les années 60 . Quelques années plus tard, Arman, qui travaillait déjà avec la technique de la Colère et qui faisait éclater les objets plutôt que de les compresser, a fait explosé une MG en 1963. C 'est White Orchid , où la prime à la casse, en l'occurence, c'est de s'offrir une fleur, et de faire joli, avec de la dynamite.

Arman, white orchid, 1963
Arman, white orchid, 1963 © Vert et Plume / Christine Siméone

Par la suite, et comme les allers-retours sont fréquents dans les oeuvres d'Arman et de César, César utilisera dans les années 70, des petites voitures, pour les éclater et les installer sur panneau de bois peint sous plexiglas (le plexiglas étant un matériau utilisé par Arman en permanence)

Chez Bertrand Lavier, retenons Giulietta

Bertrand Lavier
Bertrand Lavier © Christine Siméone / Christine Siméone
Bertrand Lavier dont on verra une rétrospective de l’œuvre cet automne au Centre Pompidou, se réclame entre autres, des influences du Nouveau Réalisme, de César, et d’Arman, au moins pour l’une de ses œuvres, Giuletta. Il s'agit d'une Alfa Roméo accidentée, qui présente quelque air de famille avec la White Orchid d’Arman. **Voici à ce sujet "L’interview automatique… ou pas !" de Bertrand Lavier dont** **on connaît le réfrigérateur peint, et toutes sortes d’objets usuels recouverts de peinture, les répliques de personnages de Disney, ou encore le travail avec les tubes de néon** **.** **Bertrand Lavier, de qui êtes-vous l’enfant ?** **Bertrand Lavier :** On me parle régulièrement de Marcel Duchamps. Psychologiquement j’aime beaucoup une sorte de paternité que pourrait avoir Picabia. La liberté qu’avait cet artiste avec son ecclectisme. Ce sont les très grands pères. Mais je pourrais remonter à Manet.Tout le monde pensait que je pourrais prendre Van Gogh. Après je dirais Wahrol, Lichtenstein, et en France Raymon Hains, et les nouveaux réalistes qui sont des gens qui m’on beaucoup apporté. **Arman vous l’avez rencontré ?** **B ertrand Lavier :** Arman c’était en 76, il était très accueillant, il accueillait un certain nombre d’artistes et je l’ai rencontré à ce moment là. Il m’a fait rencontrer des gens grâce à des dîners. On a eu des grandes discussions qui étaient nourries par le grand critique Pierre Restany qui nous a permis de faire de nombreux allers-retours entre Paris et New York. **L’aller-retour Paris/New-York, et les relations entre artistes français et américains dans les années 60 et 70, s’est t-il calmé suite à la mort de Restany ou à cause d’autre chose ?** **B ertrand Lavier :** Je pense que nous n’avons pas été assez forts pour continuer à orchestrer cette histoire : on a cru encore qu’on était en 1920 et on n'a pas vu que tout a basculé en 1964. Un certain nombre de conservateurs de musée et de marchands sont très importants dans cette histoire, dont Léo Castelli. Les grands marchands français n’ont pas vu passer les trains ! **Vous avez de nombreux petits-enfants, des artistes qui se servent des objets en Europe ou aux Etats-Unis, On a l’impression que vous êtes dans un creux de tendance.** **Bertrand Lavier :** Je n’ai jamais essayé d’exploiter un filon avec mon succès pour les objets peints car j’aurais été remarquable et lisible plus facilement parce que l’insistance est plus facilement remarquable par rapport aux gens qui essayent de diversifier leur pratique. Je n’ai jamais voulu gérer un fond de commerce. **On peut aussi parler de César.** **Bertrand Lavier :** Je l’ai connu à la fin de sa vie. Je le croisais mais on ne se parlait pas vraiment et pourtant j’aimais beaucoup ses compressions. Pour moi c’est un monument de la sculpture du 20ème siècle. **Le geste de la compression est une chose assez fondamentale.** **Quand les choses sont fondamentales, elles passent très rapidement dans le domaine populaire.** Les choses très radicales sont prises en compte par le grand public pour être vulgarisées. Quand on voit une compression de César dans Astérix et Obélix, ça veut dire que ça a traversé les couches de conscience avec énormément de rapidité. On peut aussi citer les rayures de Buren, très radicales, elles sont rentrées dans le domaine public très rapidement.
Bertrand Lavier, Giuletta
Bertrand Lavier, Giuletta © Radio France / Christine Siméone
César je l’ai rencontré quand j’ai exposé la Giulietta et à l’époque Restany a conseillé à César d’aller voir ce que je faisais. Il a dit : _"ce que tu as fait, j’aurais pu le faire mais je ne pouvais pas le faire"._ C’était trop « ready made » pour que ça puisse entrer dans sa pratique. Giulietta de Lavier et White Orchid d'Arman sont comme deux petites soeurs. La différence entre les deux , c'est que la Giuletta est le fruit d'un accident, et sa forme finale, en tant que sculpture est le fruit du hasard, alors que White Orchid est le résultat obtenu sur une voiture en bon état par un artiste travaillant pour l'occasion à la dynamite. **Aujourd’hui, est-ce que le public reçoit la voiture accidentée de la même façon ? Quel est l'effet de Giulietta en 2012 ?** **Bertrand Lavier :** Je pense qu’elle a été beaucoup plus esthétisée que ce qu’elle n’a plus l’être quand je l’ai montrée il y a 20 ans. Il y a 20 ans c’était trash et aujourd’hui elle rentre dans la sculpture tragique. Quand j’ai acheté cette voiture à la casse, je savais ce que je voulais. Je ne voulais pas qu’il y ait eu de morts dans la voiture. Quand on a amené cette voiture à Paris, le conducteur du camion s’est arrêté pour prendre de l’essence et les gens qui l’ont vu on dit « ça, ça doit être une sculpture ». Du coup, ça m’a encouragé à la montrer ! **Est-ce que l’art de la récup ne vous fait pas un peu sourire. La pratique de la récup ne date-t-elle pas des 50 ans ?** **Bertrand Lavier :** Dans les gens qui labourent, il y en a toujours un qui a re-labouré de manière totalement inattendue. Pour l’instant on voit peu de choses exceptionnelles mais je suis persuadé qu’il ne faut pas décourager les re-laboureurs. De temps en temps il y en a un qui fait une œuvre qu’on avait pas du tout attendu sur un terrain archi-balisé. De même, moi, je laboure des terrains qui ont été archi-balisés. J’ai la prétention de dire « vous n’avez jamais vu un piano peint de telle manière, vous n’avez jamais vu tel objet sur un autre etc… ». **Pour l’instant est-ce que vous avez trouvé le re-laboureur génial ?** **Bertrand Lavier :** Pour l’instant dans les gens plus jeunes, je n’en ai pas vu mais je ne suis pas très attentif. Je ne suis pas un bon spectateur, je ne vais pas voir systématiquement toutes les expositions, je ne suis pas un bon élève. **_Post-Scriptum : 2012 sera l'année Lavier, c’est décidé. Car Bertrand Lavier sera exposé au Centre Pompidou cet automne, sous le titre, Lavier, depuis 1969. En attendant ce blog fera au fil des mois place à Bertrand Lavier._** [L'exposition Chamberlain au Guggenheim> ](http://www.guggenheim.org/new-york/exhibitions/upcoming/john-chamberlain-choices) [Le site de François Buffart propriétaire de la photo de White Orchid> ](http://www.vertetplume.com/blog/vive-la-revolution/) François Buffart nous conseille aussi d'[aller voir sur son site](http://www.vertetplume.com/blog/le-chat-botte/) une autre voiture, beaucoup plus rigolote que les accidentées de ce billet de blog; la voici
Théo Mercier, Loose Your Eyes, 2009
Théo Mercier, Loose Your Eyes, 2009 © Vert et Plume / christine siméone
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_Pour ce blog, Textes © Christine Siméone_ _Photos © Christine Siméone sauf indication_ **Ce blog se nourrit sur la toile** Pour les [collections d’art présentes en France ](http://www.photo.rmn.fr/) Pour les [collections](http://www.moma.org/explore/) aux Etats-Unis Au sujet d’Arman, le [site historique](http://www.arman-studio.com/) [](http://h1-3.com/arman/web2/) _**Remerciements à**_ _**Gilles Marsault et Valeria Emanuele** , au web de France Inter (Valéria: twitter.com/valeriae[)](http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:r6wqLSUN44QJ:twitter.com/valeriae+valeria+emanuele&cd=2&hl=fr&ct=clnk&gl=fr)_ _[Annelise Signoret](http://www.linkedin.com/pub/annelise-signoret/18/424/8a2)_ _, du service documentation de Radio France_ __ _Sophie Raimbault, assistance du service Culture de la rédaction de France Inter_ _Ghislaine Delubac et son équipe de l'[agence Apocope](http://www.agenceapocope.com/html/apocopeteam.htm)_ _[Guillaume Ducongé ](http://www.audiovisit.com/accueil.php)_
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