Le jury du Livre Inter s'est réuni hier autour de son président Philippe Lançon. C'est avec fougue et enthousiasme, et après trois tours de scrutin, qu'il a désigné la lauréate de cette 46e édition : Anne Pauly pour son roman "Avant que j'oublie" (éditions Verdier)

Anne Pauly (capture d'écran lors de son entretien à 8h20 le 8 juin 2020)
Anne Pauly (capture d'écran lors de son entretien à 8h20 le 8 juin 2020) © Radio France

Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître

Avant que j'oublie est le premier roman d'Anne Pauly. Elle y raconte son deuil à la mort de son père. Elle décrit la violence conjugale, l'alcoolisme et les sentiments partagés qu'elle éprouve à l'égard de cette figure paternelle. 

Ce désir d'écrire, Anne Pauly l'a depuis l'enfance. Il y a quelques années, alors qu'elle travaille comme secrétaire de rédaction dans un magazine, elle décide de s'inscrire au master de création littéraire de l'université Paris 8. Anne Pauly écrivait déjà mais ne s'était jamais lancée dans un projet au long cours 

Pour intégrer ce master, on lui demande un projet. Elle s'installe à sa table de travail et laisser aller sa plume. Ce seront les premières pages de Avant que j'oublie. Il lui faudra quatre ans pour finir cette histoire de deuil parce qu'il fallait, dit-elle, "tourner la page au sens propre".

Je voulais parler du côté cocasse de la mort, parce que la vie continue alors que dans votre cœur quelqu'un vient de disparaître et que c'est une déflagration

Avant que j'oublie est aussi un roman sur la famille. Le personnage du père a plusieurs facettes, il est tout en contrastes. L'auteur a voulu restituer toutes ces facettes et a donc enquêté sur cet homme qu'était son père.  

Après plusieurs heures de débats, Avant que j'oublie a été désigné "Prix du Livre Inter 2020" au 3e tour de scrutin par 17 voix.

Paroles de jurés

MCe 46e Prix du Livre Inter restera une édition très particulière. En raison de la crise sanitaire, le jury n'a pas pu se réunir à Paris dans les locaux de la aison de la Radio comme c'est l'usage. C'est donc par visioconférence que les 24 jurés et leur président, Philippe Lançon, ont débattu. 

Des débats, qui pour le coup, ont duré beaucoup plus longtemps puisqu'étalés sur deux journées. Et si tous font part d'une certaine frustration, le plaisir de l'échange était là.

Emmanuelle Hascoett : "Un peu frustrant et difficile de débattre en ligne, je trouve, mais tout le monde est attentif et à l’écoute.  C’est chouette. C’est riche et instructif d’entendre tous ces points de vues concentrés."  

Christophe Capelier : "Quelle frustration de ne pas pouvoir être tous ensemble. J’ai adoré les débats, ce pluralisme, et tous ces ressentis différents ! C’est très excitant et ce sera de toutes façons une édition absolument unique."  

Cette année, les débats ont eu lieu en visio conférence
Cette année, les débats ont eu lieu en visio conférence © Radio France / Anne Audigier

Frédéric Bargeon : "J'aime ces multiples divergences, ces regards si croisés sur dix livres. C'est génial de ressentir que chacun avec sa sensibilité, son approche, décortique et digère un livre.... Ça m'a permis d'appréhender certains des romans en course vraiment différemment. Je ne suis même plus certain de mes choix premiers. Et ça c'est bon !"  

Aymeric Beaumont : "Quelle aventure ! Je suis vanné et heureux… je plane à 10 000 m. Vous m’avez toutes et tous beaucoup impressionné par vos analyses et l’éclectisme de vos goûts. Par votre humanisme."  

Virginie Bobin-Boury : "J’ai trouvé formidable qu’absolument chaque ouvrage de la sélection soit aimé et défendu avec tant de cœur. Vous m’avez ouvert les yeux sur plein de choses que je n’avais pas vues dans ces livres, et vous m’avez vraiment tous beaucoup touchée."

François Arleo : "Je suis délicieusement sonné. Par tant d’émotions, d’arguments, de contre-arguments, d'insoutenable suspense (les trois tours !), de bienveillance et de drôlerie, et surtout de camaraderie littéraire. Vive la littérature et vive le Livre Inter !"

Philippe Lançon, président du jury

Journaliste et critique littéraire à Libération, chroniqueur à Charlie Hebdo, Philippe Lançon prend aussi la plume régulièrement.

Son dernier ouvrage, Le lambeau (Gallimard, 2018) a obtenu le prix Fémina et un prix Renaudot "Spécial". Il y raconte l'attentat contre Charlie Hebdo et sa longue reconstruction.

C'est toujours un moment précieux quand, sur un livre, se fixent des expériences communes, et d'autres,  très différentes, voire opposées. On se demande : qu'est-ce-qui m'attire dans un livre ? Qu'est-ce qui me repousse ?  Et on s'aperçoit que finalement, une fois épuisés les arguments logiques, et même sensibles, ça reste un grand mystère.  Nous sommes là, entre autres, pour y voir un peu plus clair, entre nous et chacun en soi.

Philippe Lançon, président du jury du 46è prix du Livre Inter
Philippe Lançon, président du jury du 46è prix du Livre Inter © Radio France / Anne Audigier

Le Prix du Livre Inter est devenu au fil des années un prix littéraire influent et respecté. Cela tient à sa spécificité : un jury populaire (composé de 24 auditeurs-lecteurs, 12 femmes-12 hommes) qui délibère sous la présidence d'un écrivain.

Un jury qui change chaque année - garantie d'indépendance – avec, comme seul critère, l'amour de la lecture.

4 min

Eva Bettan à propos du Prix du Livre Inter

Par France Inter

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