Trois lauréats en chimie, deux en physique, un pour la littérature en 2019, les prix Nobel respectent la tradition. Ce sont les hommes qui sont le plus souvent récompensés. Une exception notable cette année, la Française Esther Duflo récompensée pour son travail sur la pauvreté aux cotés de deux autres économistes.

L'hôtel de ville de Stockholm vu depuis une baie du lac Mälaren - C'est là qu'a lieux le banquet annuel du prix Nobel
L'hôtel de ville de Stockholm vu depuis une baie du lac Mälaren - C'est là qu'a lieux le banquet annuel du prix Nobel © Getty / .

Les Nobel viennent donc de distinguer, pour la littérature, Olga Tokarczuk pour 2018 et l'Autrichien Peter Handke pour 2019. Jusqu'ici seulement 14 autres femmes avaient été récompensées depuis 1901 par le plus prestigieux des prix littéraires. La Biéolorusse Svetlana Alexievitch en 2015, après Alice Munro, Herta Müller, Doris Lessing, Elfried Jelinek, pour les années 2000. Mais entre 1901 et 2004, les femmes n'ont eu ce prix que 9 fois. Aucune distinction par exemple n'a été décernée entre le prix de la Suédoise Nelly Sachs en 1966, et celui de la Sud-Africaine Nadine Gordimer en 1991. 

De façon générale, les femmes sont si peu représentées au sein des lauréats des prix Nobel, toutes catégories confondues. C'est une vieille histoire. Si la paix et la littérature comptent le plus de lauréates, l'économie est le parent pauvre de la parité. 

En économie, deux femmes distinguées, en 2009 et cette année

Là où l'absence de lauréates est la plus criante, c'est en économie. Dans ce domaine, la première récompense a été donnée en 1969.

Ce lundi 14 octobre 2019, la Française Esther Duflo a tout de même été récompensée aux cotés de l'Indien Abhijit Banerjee et de l'Américain Michael Kremer pour leur approche expérimentale de la lutte contre la pauvreté.  

Les recherches menées par les lauréats de cette année ont considérablement amélioré notre capacité à lutter contre la pauvreté dans le monde écrit le comité dans un communiqué. 

Esther Duflo et Abhijit Banerjee enseignent au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et Michael Kremer est professeur à Harvard.

Auparavant, une seule femme s'était vue mise en lumière avec le Nobel d'économie. Il s'agit de l'Américaine Elinor Ostrom en 2009. Les Nobel l'ont récompensée "pour son analyse de la gouvernance économique, et en particulier, des biens communs". C'est une distinction qu'elle partage avec avec Oliver Williamson. Elinor Ostrom a surtout étudié la notion de dilemme social. Selon ce paradigme, rechercher l'intérêt personnel conduit à un résultat plus mauvais pour tout le monde que celui résultant d'un autre type de comportement. Elle a donné l'argent gagné grâce à son Nobel (l'équivalent d'1,4 million de dollars), à son laboratoire de recherche. 

En chimie, seulement cinq femmes en plus d'un siècle

Le prix Nobel de chimie a mis à l'honneur cette année un Américain, un Britannique et un Japonais, inventeurs de la batterie au lithium-ion qui équipe smartphones et voitures électriques et dont la demande explose face à l'urgence climatique. 

L'Américain John Goodenough devient, à 97 ans, le plus vieux lauréat de l'histoire, le Britannique Stanley Whittingham, est né en 1941, donc il a 78 ans, et le Japonais Akira Yoshino a 71 ans. Jusqu'à présent le plus vieux lauréat était  l'Américain Leonid Hurwicz, prix Nobel de l'économie en 2007, à l'âge de 91 ans. Il est mort l'année suivante.    

Cinq femmes seulement ont été mises en lumière dans le domaine de la chimie.  Irène Joliot-Curie en 1935, après Marie Curie, la Britannique Dorothy Crowfoot Hodgkin en 1964,  puis l’Israélienne Ada Yonathen 2009, et l'Américaine Frances Arnold en 2018.

En physique, trois lauréates seulement

La découverte de la première exoplanète en 1995 a valu mardi le Nobel de physique à deux chercheurs suisses. Michel Mayor et  à Didier Queloz, reconnus pour avoir décloisonné le système solaire et ouvert la quête de la vie dans l'Univers. 

Voilà donc deux messieurs dont les travaux sont célébrés, alors que les Nobel n’ont distingué des physiciennes que 3 fois depuis 1901. 

Marie Curie en 1903 et 1911 (prix Nobel de chimie), puis en 1963 l’Américaine Maria Goeppert-Mayer (à propos de la structure en couches du noyau atomique), et en 2018, la Canadienne Donna Strickland, pour une méthode de génération d'impulsions optiques ultra-courtes à haute intensité. 

En médecine, rien avant 1947 pour les femmes

En 2019, c'est  William Kaelin (Etats-Unis), Gregg Semenza (Etats-Unis) et Peter Ratcliffe (Grande-Bretagne) pour leurs travaux sur l'adaptation des cellules aux niveaux variables d'oxygène dans le corps ouvrant des perspectives dans le traitement du cancer et de l'anémie, qui sont récompensés en médecine. 

Dans ce domaine, 9 femmes ont obtenu le Nobel, et il a fallu attendre 1947. La première fut l'Américaine Gerty Theresa Cori pour des recherches sur le glycogène.

La dernière fois qu'une femme a été distinguée dans ce domaine, c'était en 2015. La chinoise Tu Youyou et ses recherches sur le paludisme avait recueillie les honneurs des Nobel. 

À noter qu'en 1958, le comité a carrément soufflé sa récompense à Esther Lederberg, pour la donner à son mari, Joshua Lederberg,  pour leurs découvertes communes sur la reproduction des bactéries Escherichia coli

Les scientifiques ont reconnu beaucoup plus tard que les apports d'Esther à la science auraient mérité la récompense autant que son époux. 

On retiendra aussi que, dans ce domaine, une Française s'est distinguée : Françoise Barré-Sinoussi, conjointement avec Luc Montagnier, pour leur découverte du virus de l'immunodéficience humaine.

17 lauréates pour la paix

Pour le prix Nobel de la paix, les femmes sont plus nombreuses que dans toutes les autres disciplines. À ce jour, on compte 17 lauréates.

Pourtant l'histoire était bien mal partie.  Le roi de Suède, après avoir pris connaissance des intentions d'Alfred Nobel de mettre en avant ceux qui œuvrent pour la paix, aurait demandé la suppression de cette catégorie, estimant qu'il  était "tombé sous l'influence de visionnaires et tout particulièrement de femmes".  L'époque n'était pas particulièrement favorables aux femmes. Féministes et femmes pacifistes ont été nombreuses au début du siècle, mais elles n'ont pas eu de postes politiques éminents au sein de l'ONU par exemple, ce qui explique qu'elles n'ont pas été distinguées. Bertha Von Stutter a été la première en 1905 à avoir le prix, pour son action au sein du Bureau international de la paix, puis il a fallu attendre, 1931 et 1946. Ensuite il faudra patienter 30 ans, pour voir l'Irlandaise Betty Williams récompensée en 1976. 

C'est dans ces prix pour la paix, qu'on trouve aussi la plus jeune lauréate,  la Pakistanaise Malala Yousafzai. Elle avait 17 ans en 2014. 

Cette année, on parlait de Greta Thunberg comme favorite. C'est finalement le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, artisan d'une réconciliation spectaculaire avec l'ex-frère ennemi érythréen et père de réformes susceptibles de transformer en profondeur un pays longtemps livré à l'autoritarisme qui a été récompensé.

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