Ecoutez les sons de la Nature qu'étudient les scientifiques du Muséum d'histoire naturelle et voyagez avec les oreilles dans les forêts de la Petchora où il n'y a pas l'once d'une pollution sonore humaine... et dans celle, bien différente du Haut-Jura.

Tendez l'oreille et écoutez la nature…
Tendez l'oreille et écoutez la nature… © Getty / Bellurget Jean Louis

Petite promenade en forêt froide et tempérée, en Russie

Nous aurions pu faire une séance de méditation tant la musique de cette forêt de conifères nous apaise. Nous voici au confins de la Russie, à l'ouest de l'Oural, dans la réserve naturelle de la Petchora et de l'Ilytch.

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Enregistrement de la forêt dans la Réserve naturelle de la Petchora et de l'Ilytch en Russie

Vous entendez l'écho, le silence... Une véritable cathédrale à ciel ouvert. Il est 2 heures du matin et nous assistons pourtant à un chœur d'oiseaux diurnes - tout simplement parce que près du cercle polaire au mois de juin, les nuits sont quasi inexistantes et seul un long crépuscule de 22 heure à 2 heure séparent les journées. Quatre heures de chants d'oiseaux en continu, on aimerait y être…

Les courtes "rafales de balles" que vous entendez ne sont pas des règlements de comptes mais un oiseau : un pic qui percute un arbre. Ce bel écho signifie que les sons se propagent bien, qu'il n'y a pas l'once d'une pollution sonore.

C'est Simon Targola, étudiant passionné par les sons de la nature, qui vient de rapporter cet enregistrement au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. Ce qui l'a marqué, c'est ce silence de la forêt - comprenez l'absence de bruit d’origine humaine… 

Une forêt sous une autoroute aérienne, en France

Ce n'est pas le cas partout : dans une forêt française du Haut-Jura près de la frontière suisse, nous sommes sous une autoroute aérienne. Tous les jours, des dizaines d'avions partent de Genève, direction les pays méditerranéens, et survolent cette forêt qu'on pensait jusque là relativement épargnée par les activités humaines.

L'enregistrement cette fois est signé Jérôme Sueur, écho-acousticien au Muséum :

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Enregistrement sonore de la forêt du Haut Jura en France, sous les avions en provenance de Genève…

On connaît les effets du bruit urbain sur les animaux. On sait que cela provoque du stress et des fuites. Certaines espèces s'adaptent, comme la mésange charbonnière qui chante plus aiguë en ville mais sur le bruit des avions en vol, qui plus est dans des zones reculées, le doute plane toujours.

Les espèces à l'image des pigeons et des corbeaux qui émettent des ondes basses fréquences comme les moteurs d'avion seront surveillées de prés : elles pourraient être gênés dans leur communication. Cette forêt n'est pas une exception, malheureusement. D'après le chercheur, il est très rare aujourd'hui de ne pas entendre le ronronnement du ciel où que l'on se trouve.

La pollution sonore : quelles conséquences pour les oiseaux ?

Les scientifiques ont fixé sur les troncs d’épicéa quatre capteurs de sons pour enregistrer en continu les sons de la forêt et cela pendant 15 ans. C'est la première fois que l'on mène une étude acoustique sur un temps aussi long. Les analyses vont permettre d'étudier la biodiversité et surtout son évolution dans le temps.

Le changement climatique intéresse tout particulièrement Jérôme Sueur. On sait qu'entre les années 1960 et 2014 les températures moyennes ont grimpé de 3°C dans cette forêt. Quel impact sur la faune? Difficile de le dire... On sait simplement que les oiseaux spécialistes des montagnes disparaissent au profit des oiseaux des vallées

Cette forêt est très peuplée : 45 espèces d'oiseaux dont le grand tétras, le pic tridactyle, le milan royal, mais aussi des mammifères comme le magnifique lynx, malheureusement le félin n'a pas encore été enregistré, mais en cherchant un peu dans la sonothèque du Muséum :

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Le temps d un bivouac - Enregistrement sonore d'un lynx

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