D'Ovide à Proust, de Rabelais à Houellebecq de nombreux écrivains se sont résolus à choquer ceux pour qui la littérature doit se consacrer au beau et au bien. Antoine de Baecque publie un livre qui permet de recenser tout ce que vous vouliez savoir sur le pet sans jamais oser le demander.

Le club des péteurs
Le club des péteurs © Getty

Avez-vous remarquez que l'on s'intéresse de plus en plus à notre tuyauterie ? Il ne se passe pas une semaine sans qu'un ouvrage ne paraisse, consacré à notre intestins, quitte à le qualifier de "deuxième cerveau". A France Inter, nous ne sommes pas en reste puisque, pas plus tard qu'il y a quelques jours, Ali Rebeihi consacrait Grand bien vous fasse aux maladies inflammatoires de l'intestin.

Antoine de Baecque fait, lui, un pas de côté en nous offrant un livre sur le vent... baptisé Le Club des péteurs, une anthologie malicieuse.

Antoine de Baecque est un récidiviste. Il y a quelques années, alors qu'il fait des recherches à la Bibliothèque Nationale pour un ouvrage sur le rire au XVIIIè siècle, il découvre une littérature riche et prolixe sur le pet et notamment L’Art de péter, de Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut paru en 1751.

Antoine de Baecque a beau avoir une jolie carte de visite (historien de la littérature, critique de cinéma et de théâtre, prof à Normale Sup), lorsqu'il débarque chez un éditeur avec l'idée un peu dingue de ré-éditer le livre de Hurtaut, il se fait gentiment éconduire. 

A force de persévérance, il finit par convaincre un éditeur et le fait qu'il s'agisse de son plus vieil ami y est sans doute pour beaucoup. 

La maison d'édition (Payot en l’occurrence) ne le regrettera pas puisque l'ouvrage se vend à 100 000 exemplaires.

Cinq ans plus tard, Antoine de Baecque revient avec ce Club des péteurs qui, d'Émile Zola (et son Jésus-Christ pétomane) à Jérôme Pétion (fameux maire de Paris), en passant par Rabelais ou Aristophane… ou la recette du pet sans odeur, compile une foule d'anecdotes, propos littéraires, faits divers et petites études qui se répondent au gré des vents...

D'Ovide à Houellebecq

"Le pet a passionné les salons du XVIIIe siècle" explique de Baecque. "C'est un jeu mondain. On écrit sur le pet en parodiant les genres à la mode que sont le traité scientifique ou la tragédie. Les textes que l'on retrouve aujourd'hui allient une écriture très virtuose", poursuit-il, "et en même temps c'était des déchaînements de rire, y compris à la table de Voltaire et Rousseau". 

Si donc un Pet est si fort / Qu’il sauve ou donne la mort, d’un Pet la force est égale / A la puissance royale (Ronsard)

La Bibliothèque Nationale regorge d'ouvrages consacrés au pets.

Pendant longtemps le pet a été un art mondain. Tout change à la fin du XIXe siècle, écrit Antoine de Baecque, quand un certain nombre d'écrivains, tels Zola ou Flaubert, décident d'introduire le peuple dans la littérature. Il y a dans La Terre de Zola, un personnage qui s'appelle Jésus-Christ et qui est un pétomane fou. C'est un paysan qui ne s'exprime qu'en pétant. A partir de là, le pet va avoir une fonction un peu plus subversive.

"Autour de 1900", raconte encore l'écrivain, "il y a un moment de folie du pet. Le plus célèbre exemple c'est Pujol (Joseph Pujol, le pétomane du Moulin Rouge) : il connait un succès phénoménal. C'est l'une des stars du café concert et du music-hall les mieux payées à l'époque. Des milliers de personnes se précipitent pour l'entendre péter la Marseillaise.

Pisser sans péter c'est comme aller à Dieppe sans voir la mer.

En bonne place également dans ce Club des péteurs d'Antoine de Baecque, le cinéma avec de nombreuses anecdotes et notamment l'une concernant Claude Chabrol.

"Au festival de cinéma d'Annecy, au début des années 1970, Claude Chabrol est victime d'un malaise vagal et s'évanouit à la fin d'une séance de projection. Panique dans l'assistance, le cinéaste, inconscient, est allongé sur la scène.  On se presse autour de lui. Les pompiers arrivent, il est placé sur une civière. Tout d'un coup, retentit un pet sonore et nauséabond  ; l'oeil de Chabrol s'ouvre, à nouveau pétillant de malice. Il se lève de son brancard, tout est fini. Et il reprend la projection de la fin du film, là ou il l'avait laissée."

(Ré)écouter l'intégralité de l'interview d'Antoine de Baecque dans Popopop avec Antoine de Caunes

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