Parmi les sept merveilles du monde antique, elle est la seule encore debout. La Pyramide de Khéops attire les regards et attise les curiosités depuis 45 siècles. Il y a quelques mois, la mission Scanpyramids annonçait une importante découverte au sein de la pyramide égyptienne. Retour sur une jolie épopée scientifique.

La pyramide de Khéops
La pyramide de Khéops © Getty / DEA / A. DAGLI ORTI /

Des générations d’archéologues et d’égyptologues ont tenté d’en percer les secrets. Il y a quelques mois, une équipe a annoncé dans la prestigieuse revue Nature avoir fait une découverte majeure : une immense cavité de la taille d’un avion de ligne de 200 places, située juste au-dessus de La Grande Galerie. 

De quoi réveiller tous les fantasmes autour de l’édifice royal dans lequel aucune momie, ni aucun tombeau funéraire n’a jamais été retrouvé. Baptisée Scanpyramids, la mission qui a réalisé cette découverte a fait appel à une technique nouvelle utilisant… des rayons cosmiques ! 

Comment s’est déroulée cette expédition dont les résultats ont dépassé les espérances ? Avec Mehdi Tayoubi et Sébastien Procureur, à l'origine du projet ScanPyramids invités de Daniel Fievet dans Le Temps d’un bivouac.

18 ans de recherches à Khéops

Jusqu'en 2017, il y a eu des recherches, mais pas de découvertes majeures. En 2000, parce que le Dr Zahi Hawass, secrétaire général en charge des antiquités égyptiennes est persuadé qu’au bout du conduit dit « de ventilation de la chambre de la reine » se trouve une chambre secrète, on a envoyé un robot avec une caméra, qui retransmettait en direct à la télévision égyptienne. Pour rien ! 

En 2010, une nouvelle expédition fait passer un second robot par le trou fait par le premier robot. Il trouve des inscriptions de maçons de l’époque. Puis la mission est arrêtée par la révolution égyptienne.

En 2016, quand ils se lancent dans la dernière mission, l’équipe de Scanpyramids ne cherche pas forcément une nouvelle pièce. Mais elle se dit plutôt que 30 ans après la mission financée par la fondation EDF de 1986 de micro gravimétrie (une des techniques non invasives qui consiste à mesurer des écarts de gravité pour détecter la présence de vide), les techniques avaient beaucoup évolué. 

Sébastien Procureur est physicien dans les hautes énergies. Il a d’ailleurs construit un télescope à muons en 2015. Et a très vite compris qu’ils pourraient avoir un intérêt au-delà de la physique des particules. 

Comment s’est passée la découverte du grand vide ? 

Comment les scientifiques ont-ils scanné la pyramide de Khéops ?
Comment les scientifiques ont-ils scanné la pyramide de Khéops ? © Visactu / Scan pyramids

Il a d’abord fallu convaincre, le Dr Zahi Hawass n’y croit pas. Puis, la première étape, c’est l'usage technique de la thermographie : l’infrarouge pour déceler des écarts de températures qui pourraient être étranges. On s’interroge : à quoi peut-être dû cet écart ? Est-ce que ça vaut la peine pour savoir ou bien placer les détecteurs ? Avant l’entrée en scène d’un détecteur à muons.

Qu’est-ce qu’un détecteur à muons ?

Un muon : c’est une particule élémentaire. En terme plus familier : un électron lourd. Il a la même propriété qu’un électron, mais plus lourd, plus massif, il pèse à peu près 200 fois la masse de l’électron. Cette particule est produite dans la haute atmosphère par le rayonnement cosmique. D’autres particules arrivent d’un peu partout dans l’univers. 

En arrivant dans l’atmosphère, elles vont créer des cascades de réactions et produire ces fameux muons. Les muons ont des propriétés très intéressantes : ils sont à très hautes énergies, et sont capables de pénétrer des quantités de matière assez grandes. On peut donc les utiliser pour sonder la matière en profondeur.  

Et quand va rencontrer une matière, il va interagir parce que c’est une particule chargée. C’est une interaction électro magnétique. Comme un coureur qui s’essouffle au fur et à mesure qu’il va perdre de l’énergie jusqu’à s’arrêter et être absorbé par la matière. Le taux d’absorption des muons dépend de la quantité de matière en question. En mesurant le flux de muons, on a une idée de la quantité de matière traversée. 

Petit détail : cette mesure ne peut se faire que lorsqu’on est en dessous d’une cavité. On ne peut pas voir ce qu’il y a en dessous.

Comment a-t-on découvert ce grand vide ? 

Au départ, les deux équipes de l’Université de Nagoya sont à l’intérieur. Les François du CEA ont cherché comment faire des recherches complémentaires et se sont mis sur l’extérieur de la pyramide. Ils ont sondé les arrêtes en l'escaladant. 

En octobre 2016 : grâce au télescope Scanpyramids annonce avoir trouvé une petite cavité, une sorte de grotte. Il en existait déjà une à 83 m de hauteur. Il en ont trouvé une autre à 110 m

Deuxième découverte : l’équipe de l’université de Nagoya placée dans le couloir descendant découvre une anomalie thermique au niveau des chevrons. Les cherchent poussent l’analyse derrière les chevrons et découvrent un corridor dont ils déterminent la position. 

Troisième découverte : le grand vide. 

Quelques mois plus tard le téléscope à muons montre un grand vide à l’aplomb de la grande galerie. On sait qu’il mesure 30 m de long et à caractéristiques similaires à la grande galerie, environ la taille d’un A320. 

Qu'est-ce qu’on ne sait pas ?

Si le vide est incliné ou horizontal, s’il est d’un seul morceau ou pas : c’est peut-être une succession de chambres ou pas. Le grand public rêve d’une cavité secrète. On ne peut pas dire ce qu’il y avait dedans. On peut imaginer tout imaginer : la dépouille de Khéops, une salle au trésor ? Bientôt les équipes de chercheurs vont pousser les mesures pour en savoir plus, faire une reconstitution 3D et vont imaginer comment entrer avec un robot moyennement invasif et non destructif. 

A suivre, donc...

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