Que faire de ses congés ? Du ski en hiver, de la bouée en été ? Doit-on nécessairement "partir" pour être en vacances ? Qu'est-ce qui nous pousse à voyager ?

Pourquoi partons-nous lorsque nous sommes en vacances ?
Pourquoi partons-nous lorsque nous sommes en vacances ? © Getty / Branislav Novak / EyeEm

 On l'oublie souvent, mais le vacancier n'est pas forcément un voyageur. Le philosophe Frédéric Schiffter témoigne :

Pour moi le voyage c'est inconfortable et je suis douillet, je n'ai pas la curiosité des paysages, l'exotisme me lasse... Puisque c'est une source d'intranquillité, je préfère éviter.

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TEMOIGNAGE d'un auditeur qui n'aime pas voyager

De l'importance d'apprendre à être en vacances

"L'idée de voyager pour son plaisir est quelque chose qui s’apprend" souligne le sociologue Jean-Didier Urbain, qui s'est spécialisé dans le tourisme. Lorsque Léo Lagrange (sous-secrétaire d'État aux sports et à l'organisation des loisirs pendant le Front populaire) met en place les Auberges de Jeunesse (concept qu’il emprunte aux Allemands), il les surnomme les “écoles de tourisme”. Car on apprend à faire du tourisme, à voyager pour son plaisir.

En 1936, avec l'instauration des tout nouveaux congés payés, les ouvriers n’ont pas plus le réflexe de voyager pour leur plaisir que d’aller au musée ou au théâtre. Ils passent juste plus de temps aux loisirs qu'ils avaient déjà : s'ils allaient à la pêche, ils y restent un peu plus longtemps ; s'ils allaient jardiner, ils jardinaient un peu plus longtemps… "On n'a pas eu pour autant envie de voyager à ce moment-là ; ça s’est plutôt produit après la Seconde Guerre Mondiale" note le sociologue.

Qu'est-ce qui pousse les vacanciers au tourisme ?

Jean-Didier Urbain distingue quatre grandes motivations chez les touristes :

1/ L'appel du désert... que le sociologue surnomme le "syndrome d'Armstrong": le désir d'être comme le premier homme sur Terre (ou sur la Lune...), avant l'Homme. C'est l'attrait des espaces immenses et inhabités, l'attrait de l'ermite. 

2/ La tentation sociétale... soit l'opposé exact du précédent : les touristes attirés par un désir de grégarité. Ils retrouvent des gens attirés par les mêmes affinités et valeurs dans des festivals, on les trouve aussi dans le tourisme urbain, l'immersion dans la foule. Le sociologue perçoit cette forme de tourisme comme un antidote à la solitude : "La ville est génératrice de solitude, tout le problème est de rétablir des liens qu'on a perdu".  

3/ La rêverie cénobite... Cela relève de l'ermitage collectif. Ce sont ceux qui ont compris qu' "un homme seul est toujours en mauvaise compagnie" selon l'expression de Paul Valéry, et qui se retrouvent dans les clubs de vacances type club med.

4/ Le rêve altruiste et humaniste où l'autre est l'exotisme absolu, celui qui permet de sortir de son schéma d'interprétation. 

Ecoutez Nicolas Bouvier, le fameux auteur de L'Usage du monde, lors d'un entretien sur France Culture en 1990

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Nicolas Bouvier en 1990 sur France Culture

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