Avec la sortie de Captain Marvel au cinéma cette semaine, Marvel a choisi, plus que jamais, un scénario à dimension politique porté par une super héroïne bien décidée à renverser les codes machistes de la société occidentale.

Captain Marvel, interprétée par Brie Larson
Captain Marvel, interprétée par Brie Larson © Marvel

Captain Marvel vient au cinéma pour rivaliser avec Wonder Woman. La super Amazone au lasso est portée par DC Comics, la maison d'édition qui abrite aussi Superman et bien d'autres super-héros. Captain Marvel, elle, est beaucoup moins connue en France et si elle a été imaginée par Stan Lee dans les années 60, le public français la connait depuis peu pour sa participation à l'équipe des Avengers.

Le film Captain Marvel, dans lequel elle tient le rôle principal, est un puzzle de citations cinématographiques, de Top Gun à Il était une fois dans l'Ouest, en passant par l'Étoffe des héros, pour ne signaler que les clins d’œil les plus emblématiques. 

Mais c'est la blonde Brie Larson-Captain Marvel qu'il faut voir dans le cockpit de Tom Cruise, dans la combinaison de Sam Shepard, et dans le duel final du cow-boy Henry Fonda. C'est la revanche des femmes, sur Hollywood et sur tous les stéréotypes qui les ont cantonnées au monde des émotions et en dehors de la guerre, et les ont condamnées à être les faire-valoir, bonnes apprenties ou bonnes fées de ces messieurs les stratèges. Captain Marvel, les renvoie sans ménagement au rôle de messagers d'une ère nouvelle. Son message est  : les femmes n'ont plus rien à prouver, à qui que ce soit, et plus rien ne les retient désormais de prendre leur revanche. 

Ce message très à la mode sonne comme une réponse personnelle à des hommes comme Harvey Weinstein, et peut-être aussi à Donald Trump. Ces deux-là n'étaient pas dans l'actualité à la création de Captain Marvel dans les années 60 par Stan Lee mais en relisant les vieux comics on mesure les messages politiques que les super-héros ou héroïnes ont pu véhiculer. C'est ce qu'a fait William Blanc dans Super-héros, une histoire politique, qui paraît chez Libertalia. 

1941 : Wonder Woman inverse les rapports de soumission

À l'image de super-héros self-made-man apportant le "bien" au reste du monde, certains auteurs ont opposé des images féminines. Le créateur de Wonder Woman, William Moulton Marston, a, dès les années 40, introduit l'image d'une femme qui détient le pouvoir de soumission. "Il a eu une influence très importante, les épisodes de Wonder Woman, se vendaient à 1 million d'exemplaires chacun. Ce spécialiste de psychologie et inventeur du détecteur de mensonges, a fait d'elle la femme qui attache, ou qui libère, et renverse les rapports de soumission. Elle appartient à un peuple d'Amazones futuristes. Marston estime que les hommes sont du côté de la pulsion de mort et les femmes du côté de la pulsion de vie et de désir. Quand Wonder Woman attache les gens avec son lasso de vérité, c'est pour soumettre les gens aux forces de l'amour. Marston se moque d'autres super-héros, notamment de Superman. Il disait que les femmes prendraient le pouvoir au XXIe siècle. Il oppose clairement hommes et femmes et pensait vraiment que la société future sera plus démocratique quand les femmes seraient au pouvoir", rappelle William Blanc. 

1963 : "Iron Man cherche les moyens de désarmer les Vietcongs de manière pacifique"

Très clairement, Captain Marvel au cinéma sert un discours accusateur sur la politique migratoire des États-Unis et le reflux des immigrés. On y voit des familles avec leurs enfants éparpillées dans les galaxies en raison d'une politique agressive des plus puissants qui s'appuie sur le terrorisme pour se débarrasser de peuples "gênants". 

Ce n'est pas la première fois qu'un super-héros ou héroïne se retrouve au cœur de la politique des États-Unis.

Iron Man fait aussi partie des redresseurs de torts causés par l'Amérique. Tony Stark est un marchand d'armes et en 1963, il créé l'arme qui pourrait mettre fin à une guerre dans un pays d'Asie du sud-est. Le Vietnam n'est pas nommé mais c'est bien de cette guerre qu'il s'agit. "Tony Stark-Iron Man cherche donc les moyens de désarmer les Vietcongs de manière pacifique, même s'ils ne sont pas nommés comme tels" explique William Blanc. Il se fait capturer et se transforme en Iron Man pour se libérer. Arrivé au cinéma dans les années 2000, ce n'est plus le Vietnam, mais l'Afghanistan qui est au cœur de l'action. 

Ce profil du créateur génial, self made-man à la réussite arrogante mais voulant apporter au monde des solutions "miracle", est désormais utilisé par les grandes figures de la Silicon Valley comme Elon Musk. Cela leur sert de mythologie au service d'intérêts commerciaux. 

Mais les super-héros et héroïnes sont aussi régulièrement récupérés pour des causes politiques. Récemment, les anti-Trump aux États Unis se sont servis de Wonder Woman pour mettre un bon coup de poing dans la figure du président américain.

1966 : Black Panther le premier super-héro noir

Dans le premier épisode de Superman, en 1942, les Africains sont manipulés par des Nazis et sont perçus comme des êtres primitifs. "À cette époque, les auteurs de comics n'échappent pas au racisme ambiant et même quand il s'est agi de créer des personnages noirs, les auteurs étaient prisonniers de stéréotypes racistes", souligne William Blanc. Mais dans Judgement day, chez EC Comics, au contraire, les robots bleus oppressent les robots oranges. Un astronaute vient enquêter pour savoir s'ils peuvent intégrer la fédération des planètes ; ce capitaine de vaisseau est noir. "Cette fin, le moment où l'on découvre que le capitaine est noir, a été censurée car elle est sortie en plein maccarthysme, on est en 1953 et cela va coûter cher à l'éditeur. Ce discours on le retrouvera plus tard dans les histoires de super-héros. Mais pendant une dizaine d'années, les éditeurs vont mettre en sourdine ce discours anti-raciste". Le premier super-héros noir sera donc en 1966 avec Black Panther, trois ans après le discours de Martin Luther King.

Il vient prendre la revanche sur Tarzan, créé au début du XXe siècle, qui portait clairement un message vantant l'homme blanc supérieur qui se re-virilise au contact de la nature. Black Panther dès le premier épisode annonce un contre-point, car il est lui-même un scientifique, et porte une utopie futuriste. 

1980 : les X-Men soulignent le viol de Captain Marvel

Chris Claremont, dans une aventure des X-Men, a repris le personnage de Captain Marvel pour éclaircir l'histoire trouble de ce personnage. DC Comics avait imaginé son enlèvement et sa détention sur une planète inconnue. Elle aurait été séduite par un extra-terrestre. Les X-Men viennent préciser les choses, et souligner qu'un enlèvement qui se conclue par la naissance d'un enfant s'appelle un viol. C'est dans Uncanny X-Men en 1980, et c'est dans la ligne de ces personnages que les scénarios mettent en exergue les questions de différences et d'identité. 

Avec le fim Captain Marvel, l'éditeur de comics vient ponctuer, de manière forte et un peu caricaturale, le discours politique soutenu dans la foulée du mouvement #Metoo. Certains attendent maintenant une suite pour elle, mais aussi le retour en grâce d'autres super-héroïnes. Batwoman, par exemple, est très attendue dans une série télé, où elle est clairement affichée comme personnage gay, pour la saison 2019/2020.  

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