Vinod Rughoonundun, poète et nouvelliste mauricien parmi les plus puissants, vient de mettre fin à ses jours à Paris où il vivait depuis plus de vingt ans. Hommage de Brigitte Masson, sa première éditrice, et des auteures mauriciennes, Ananda Devi et Shenaz Patel.

L'écrivain Vinod Rughoonundun était né en 1955 à Ripailles, à l'île Maurice, dans un milieu modeste. Titulaire d’une maîtrise de lettres et d’un DEA en linguistique, il fut d’abord enseignant, puis journaliste, avant de dédier sa vie à sa passion de l'écriture qui l’habitait depuis l’enfance. Il avait été nommé Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en juillet 2007.

Vinod Rughoonundun :

Lorsque je raconte, que j'écris, mon imaginaire se situe à Maurice. Il y a un va et vient permanent entre Paris et Maurice. Je travaille beaucoup la nuit, et souvent la nuit, le bruit des voitures me fait penser à la rumeur de la mer.

Un poète très discret 

Brigitte Masson, éditrice de la Maison des Mécènes, tire Vinod de son anonymat en publiant ses premiers écrits.

Brigitte Masson :

Ce qui m'a touché c'est, d’abord et avant tout, sa timidité à me faire lire ses textes. Ce type d’attitude est souvent gage de qualité pour les auteurs qui n’osent pas encore s’avouer tels, ce qui était le cas de Vinod quand je l’ai rencontré. Ensuite bien sûr, la beauté de sa poésie, et la force qui se dégage de son travail sur les mots pour exprimer l’attachement fœtal à son île, l’enfermement de l’insularité, mais aussi son rapport poétique au cosmos et sa quête d’absolu. Le premier opus que j’ai publié en 1993, Mémoire d’Étoile de mer, suivi de La Saison des mots en 1997, ne laissent pas le lecteur indemne. Le poète nous emmène dans le ressac de son âme, entre beauté, solitude et déchirement.

Comme le dit si bien l'écrivain, ethnologue et traductrice, Ananda Devi dans une préface qu’elle a consacrée à Vinod :

Loin des bleus-mièvreries, il s’en va vers la source même, vers les instants de genèse où l’accouchement a eu lieu dans la déchirure d’une éruption volcanique, et où le sable était magma, où la sève était lave. 

L'écrivain Shenaz Patel,  auteur du livre Le Portrait Chamarel, qui remporte en 2002 le Prix Radio France du Livre de l'Océan Indien décerné par un jury de lecteurs présidé par J.-M.G. Le Clézio, salue la parution du livre de poésie, Mémoire d’Étoile de Mer de Vinod comme :

un texte porteur du plus beau souffle.

Le poète mauricien le plus puissant de sa génération

Deux autres textes poétiques, La Saison des Mots  et Chair de Toi, vont le consacrer comme le poète mauricien le plus puissant de sa génération. 

Le journal mauricien Week-End de février 2002 :

Le poète mauricien le plus puissant de sa génération. Poésie érotique et sensuelle, Chair de Toi part à la recherche des correspondances entre sens et mots, entre corps et verbe. Au gré d'un voyage mystique ponctué par le rythme de la jouissance, Leila et le poète, deux corps en fusion se tendent vers la quête impossible de la rencontre entre le dit et le non-dit .

Dans toute son œuvre, l'écrivain défend une liberté absolue, celle de vivre, de ressentir et d'aimer.

On cultive à Maurice une certaine bigoterie et une grande hypocrisie par rapport à l'érotisme, la sensualité et la sexualité. Je voulais rentrer un peu dans le lard par rapport à tout ça et dire qu'il n'y a rien de malsain.

Après la poésie, la prose 

Avec la publication du recueil de nouvelles, Daïnes et autres chroniques de la mort, le poète confirme en prose sa puissance évocatrice et son art du récit. Comme le titre le suggère, ces nouvelles parlent de la mort, comme phénomène social mais aussi surnaturel, avec pour cadre cette île Maurice, riche de mystères.

Tirthankar Chanda, sur le site de RFI  :

L’art de Vinod Rughoonundun est d’avoir su condenser en fables efficaces, à la manière d’un Edgar Allan Poe qui, lui aussi, était passé de la poésie aux nouvelles, ces dilemmes réels des sociétés (multiculturelles) en devenir.

Publications récentes et projets d'auteur

Toujours entre Paris, France et son île Maurice natale, l’écrivain puisait dans ce nomadisme les éléments d’une réflexion dont il avait fait part, au cours de cet été 2015, au journal Le Matinal. Cette lettre ouverte, d'une très grande franchise, et titrée Nous refusons de nous voir si ce n'est qu'à travers l'étranger, résonne aujourd’hui comme un dernier cri de vérité. 

Brigitte Masson, éditrice de La Maison des Mécènes à l'île Maurice, appréciait aussi en Vinod Rughoonundun, le conteur et le pédagogue :

En juillet dernier, il avait animé des ateliers d’écriture à Ouessant  et il en était très heureux. Il aimait particulièrement les rencontres avec les lecteurs car il était aussi un excellent diseur. Je me souviens d’une soirée littéraire au cours de laquelle il avait dit ses textes avec une telle flamme que toute la salle était restée suspendue à ses mots durant plus d’une heure sans broncher ! Nous avons perdu aujourd’hui un grand auteur, trop modeste, trop discret. Et au-delà du poète, je pleure aujourd’hui un ami très cher d’une grande intégrité… 

Vinod Rughoonundun était aussi très secret sur ses écrits. Il venait d’écrire deux textes pour publication à la fin de l’année 2015 à l'île Maurice, un poème dans la revue Point Barre et une nouvelle dans la Collection Maurice.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.