L'écrivaine Anne Luthaud raconte dans "Calypso" le réel d'un internaute qui ne voit le monde que par les images qui se déversent sur ses écrans.

Anne Luthaud : "Chacun avance d’une histoire à l’autre, d'une image à l’autre,  c’est le parallèle à l’Odyssée que l’on peut faire"
Anne Luthaud : "Chacun avance d’une histoire à l’autre, d'une image à l’autre, c’est le parallèle à l’Odyssée que l’on peut faire" © Radio France / .

Il faut d'abord savoir qu'Anne Luthaud a participé à la création de la Fémis, (école de cinéma),  et dirige  le Groupe de Recherche et d’Essais cinématographiques (GREC). Cette écrivaine est aussi une femme d'images.

Calypso est une histoire contemporaine d'errance et de liberté. Anne Luthaud suit pas à pas,  ou de fenêtre en fenêtre, les tribulations de Calypso, une jeune femme qui décide de vivre sans toit précis. Sans domicile fixe, par choix, disponible pour l'instant tel qu'il se présente. 

Calypso, dans l'Odyssée d'Homère, est la nymphe qui retient Ulysse dans sa grotte pendant sept ans. Dans ce roman, alors qu'Ulysse reprend sa route, la Calypso d'Anne Luthaud sort de sa grotte pour se jeter dans le grand bain de la ville. 

Simon est son alter ego. Mais lui n'erre dans les rues d'aucune ville, il navigue d'écran en écran, et observe l'extérieur. Il ressent le monde par les images que les navigateurs du XXIe siècle mettent à sa disposition. 

Heureux qui comme Ulysse ...

Pourquoi rapprocher le monde de l'internet au récit et aux personnages de l'Odysée ? 

Anne Luthaud : Avec internet, il y a cette idée de rencontre inopinée ; ce qu’on trouve n’est jamais prévu. Ça empêche ou ça provoque des choses, et au final ça perturbe la vie. Ce qui m'a intéresser c'est que, que ce soit dans la ville, ou derrière les écrans, Calypso et Simon, avancent d'une histoire à l'autre avec un effet marabout- bout-de-ficelle.  Il va d’une image à l’autre, une image appelant la prochaine, c’est le parallèle à l’Odyssée d'Homère que l’on peut faire.

Ulysse va d'une épreuve à l'autre ou d'un plaisir à l'autre.  Comme lui, Simon croise des images violentes, de guerre, du monde tels qu’il est aujourd’hui avec l’équivalent des monstres ou des cyclopes de l’Odyssée, et il y a aussi des plaisirs comme quand Ulysse s'attarde auprès de Nausicaa  ou Calypso.

Je voulais la même force de réel entre ce que vit Simon devant ses écrans ou Calypso dans la ville. Le réel croisé à travers les images peut-être aussi fort ou aussi doux que dans la vie.

Sommes-nous captifs des images ? 

Ann Lee est la troisième protagoniste de cette histoire, c'est en fait un personnage manga acheté par deux artistes Pierre Huyghes et Philippe Parreno (dans notre réalité).  Ils l'ont acheté  à la société qui l'a créée, et la prête à des artistes ou écrivains comme Anne Luthaud. 

Anne Luthaud : Je l’ai donc offerte à Calypso et Simon, c'est le seul personnage qu'ils ont en commun dans leurs parcours si différents, l'une dans la rue, l'autre derrière ses écrans. Justement Ann Lee appartient au monde des images et de la fiction.  Ann Lee demande à Simon de la faire sortir des écrans, ce qu’il refusera finalement, alors que Calypso, éprise de liberté, va essayer de l'aider à sortir des images. 

En suivant la Calypso d'Anne Luthaud, le lecteur est comme l'internaute, partageant beaucoup d’images sans savoir avec qui. Faire circuler les images sur les réseaux sociaux n'est qu'une forme de partage, mais ça va au-delà, des tas de personnes regardent les mêmes images sur des supports très différents, et construisent ainsi un imaginaire collectif. 

Anne Luthaud :Je ne pense pas l’image de manière machiavélique. Bien sûr il y a de plus en plus de caméras de surveillance partout, bien sûr nous sommes photographiés dans diverses occasions. Ce qui m'intéresse c'est la façon dont on vit avec les images. Les images sont des sources d’information, voir de danger, mais aussi d’histoires et d’invention ; ça dépend du regard qu’on pose sur elles. Avec elles, on peut inventer tout le temps.  C’est un cliché que de parler de l’invasion des images, des jeux vidéos qui empêchent de vivre. Je crois  qu'elles sont une aide à vivre, ou en tout cas une continuité de ce qu' on vit dans le réel.  On voit bien qu'avec la réalité virtuelle, on ne sait plus très bien à quel endroit du réel on se trouve. On peut se déplacer de l’image au réel sans préjudice. 

Calypso, Anne Luthaud, Buchet Chastel. 

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