Le musée Eugène-Delacroix, à Paris, réorganise son accrochage des œuvres du peintre romantique et des artistes qui lui sont proches pour mettre en avant ses représentations de l'Orient.

La mort de Sardanapale - Eugène Delacroix
La mort de Sardanapale - Eugène Delacroix © Domaine Public

D’un voyage au Maroc en 1832, Delacroix a ramené des objets, des idées, des rêves, des visions. Plus tard à Paris, dans son atelier du 6e arrondissement, ses visions sont devenues des tableaux. Cet accrochage est dirigé par Françoise Vergès, politologue, Dominique de Font-Réaulx, directrice du musée Delacroix et  Lilian Thuram, président de la Fondation Lilian Thuram– Education contre le racisme.

Durant plusieurs semaines, l'ex-défenseur vedette de l'équipe de France de football, Lilian Thuram, va se transformer en guide touristique pour faire découvrir aux plus jeunes ces représentations de l’Orient dans l’imagination des artistes. 

La condescendance des Occidentaux

A travers les représentations de cet Orient rêvé et magnifié, parfois mimé ou totalement inventé, les artistes véhiculent les clichés de leur temps, les préjugés et les postures de leur milieu. 

"L'idée, c'est de pousser les enfants à se questionner sur notre conditionnement, les représentations que l'on a de l'autre, et apprendre à replacer un tableau dans son contexte historique", explique le champion du monde 98. 

Lilian Thuram mènera ainsi une série de visites, notamment avec des clubs de football et des groupes scolaires,  avec pour thème leur conception fantasmée de l'Orient au 19e siècle.  

La domination masculine 

"Lorsque vous regardez la première salle avec les tableaux sur les femmes d'Alger, l'idée c'est de comprendre pourquoi on sensualise les femmes à l'extrême, pourquoi on renvoie cette image d'érotisation extrême de la femme", se demande Lilian Thuram.

"C'est un choc pour les Occidentaux qui vont en Orient, parce qu'à l'époque, la femme n'est pas aussi libre vestimentairement en Occident. Il y a de la fascination et du fantasme. Delacroix en a fait de nombreuses oeuvres, alors qu'il n'a fait qu'un voyage là-bas (en 1832)", poursuit-il.

Le déguisement

Plusieurs tableaux dans l’accrochage proposé par le musée Delacroix, montre le goût pour le déguisement. Les modèles européens de Delacroix représentés dans le cadre de portraits ou de scènes orientales sont habillés avec les costumes rapportés du Maroc. 

« Je ne crois pas que les Orientaux se déguisaient en Occidentaux » note Lilian Thuram. "Il me semble que Le déguisement raconte souvent une histoire de domination". Il en a profité lors de l'inauguration pour revenir sur l'affaire Griezmann et le fait qu'il se soit grimé en Noir, estimant qu'il n'avait pas à faire cela. 

L'accrochage montre plusieurs costumes, d'hommes ou de femmes, et des objets, servant à des mises en scène pour des tableaux. Françoise Vergès a tenu particulièrement à montrer ces objets et à mettre en exergue les marques de la colonisation. 

"Imaginaires et représentations de l'Orient, questions de regard(s)", l'exposition se déroule du 11 janvier au 2 avril 

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