1965 : Gérard Oury a réuni Bourvil, énorme vedette, et Louis de Funès qui vient de connaître un premier grand succès avec "Le Gendarme de St Tropez". Un incident en début de tournage a bien failli compromettre la bonne entente qui régnait sur le plateau.

Bourvil et Louis de Funès, dans l'émission "Grand écran", pendant le tournage du film
Bourvil et Louis de Funès, dans l'émission "Grand écran", pendant le tournage du film © AFP

Cela fait 35 ans cette année que Louis de Funès a disparu, l'occasion pour Vincent Josse de lui consacrer un "Grand Atelier fantôme" et de réunir quelques experts et néanmoins fans.

On entend sa voix et on lui fait confiance d'avance. C'est ce qu'il se passe dans ses films. Il apparaît et les gens rient déjà.

Scénariste et réalisatrice, Danièle Thompson  a eu la chance de travailler avec son père, Gérard Oury, sur les scénarii de plusieurs films avec Louis de Funès. "Ecrire un scénario pour Louis de Funès", raconte-t-elle, "c'est passer des mois à l'imaginer. À imaginer ce qu'il va apporter à  des scènes qu'on est en train d'écrire et ce qui va faire que grâce à ce fameux miracle que l'on appelle « l'interprétation », cela va être bien  meilleur que ce que l'on avait imaginé."

Il y a cependant deux scènes dans Le Corniaud pour lesquelles Danièle Thompson n'a rien pu imaginer à l'avance puisqu'elles n'étaient pas dans le scénario original. Gérard Oury a décidé de les ajouter pendant le tournage et voici pourquoi.

Dans le film, André Maréchal, le personnage interprété par Bourvil doit convoyer une magnifique Cadillac blanche dans laquelle est caché, entre autres, le Youkounkoun ("le plus gros diamant du monde"). Léopold Sarroyan alias Louis de Funès, le suit à distance au volant d'une non moins somptueuse Jaguar MK2... verte !  

Or dans les premiers jours du tournage, en Italie, le fils de l'un des techniciens emprunte la Jaguar pour aller se balader nuitamment dans les rues de Rome et tutoie d'un peu trop près un arbre

Gérard Oury, explique Daniel Thompson, avait une véritable obsession pour cette couleur verte bien précise. C'est la même que l'on retrouve chez Saluste dans La Folie des grandeurs. Voilà donc la voiture immobilisée pour une quinzaine de jour et le plan de travail bouleversé. 

Pendant que le réalisateur met en boîte des scènes sans lui, Louis de Funès fait du tourisme avec sa femme, Jeanne. Un jour, il décide de venir voir les rushes. Et il assiste à cinq heures de projection où il n'y a que Bourvil. De Funès sort de la salle aussi vert que la Jaguar.

Le lendemain, poursuit Danièle Thompson, le comédien arrive avec un scénario dans lequel il a coché toutes les scènes avec Bourvil et  toutes celles avec lui. Il fait une véritable crise de jalousie à Gérard Oury et décide de faire une "grève du masque". Autrement dit, pendant 24 heures, il ne joue plus que ce qui était écrit. Et rien de plus. 

Derrière la colère, le réalisateur perçoit tout de suite l'angoisse et le désespoir de l'acteur.

Louis de Funès et Gérard Oury
Louis de Funès et Gérard Oury © Getty

Un ami de presque 20 ans

A l'époque du tournage Gérard Oury et Louis de Funès se connaissent depuis près de 20 ans. Et si Bourvil est une immense vedette, lorsque Oury propose le rôle à de Funès il n'est "encore" qu'un second rôle, reconnu, certes, mais un second rôle. Il vient de tourner un petit film dont personne ne se doute du succès qu'il va connaitre : Le Gendarme de St Tropez.
 

Les deux hommes sont amis et se sont rencontrés sur les planches, à l'époque où Gérard Oury se destinait au métier d'acteur. Dans ses mémoires ce dernier raconte comment il a reçu une vraie leçon de comédie alors qu'ils jouaient Thermidor de Claude Vermorel au théâtre Pigalle en 1948. De Funès lui a dit :  "si tu veux du visuel, il faut que dans ta tête, tu te mettes en position de donner du visuel". Gérard Oury s'est tu et a mimé une scène qui deviendra célèbre puisque c'est celle du nez dans Oscar.  

Oury comprend dès ce moment là tout le génie de de Funès et tout le potentiel comique de cet acteur.   

Louis de Funès, c'est du jazz. C'est une vraie boîte à rythme

Pour désamorcer la crise sur le plateau du Corniaud, le réalisateur décide donc d'écrire deux nouvelles scènes purement de Funèsienne : celle du culturiste sous la douche...

… et celle de la réparation de la voiture dans le garage avec la musique de Rossini.  

Pour l'anecdote

Bourvil demandera que le nom de Louis de Funès apparaisse en haut de l'affiche, à ses côtés. Dix ans plus tard, en 1976, Louis de Funès, se souvenant de ce geste de Bourvil, fait de même à l'égard de Coluche pour L'Aile ou la Cuisse

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