Le numéro un mondial de la musique en streaming change les règles du jeu pour la mise en avant des artistes à son catalogue. La nouvelle charte de Spotify publiée jeudi étend désormais le champ d'action à la vie privée des artistes, au-delà de leur œuvre.

R.Kelly à Chicago en 2016
R.Kelly à Chicago en 2016 © AFP / Daniel Boczarski / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Spotify a annoncé jeudi retirer de ses playlists les chansons de l'artiste R. Kelly, après un appel du mouvement Time's Up à "couper les ponts" avec le chanteur accusé d'abus sexuels depuis plusieurs années. Une première dans le monde de la musique en ligne.  

Selon le New York Times, le groupe suédois aurait pris les mêmes mesures pour le rappeur américain XXXTentacion, déjà condamné pour agression, et en attente d'un procès notamment pour agression aggravée d'une femme enceinte.   

En août 2017, Spotify avait écarté de son service une vingtaine de groupes qualifiés de "haineux", liés aux mouvements suprémacistes blancs ou aux néonazis, tout comme l'avait fait la plateforme iTunes d'Apple en 2014.

Figurer en tête d'affiche

Spotify dispose d'un catalogue de quelques 30 millions de titres à faire écouter à ses utilisateurs. Mais pour être vraiment reconnu parmi les milliers d'artistes représentés, mieux vaut être déjà repéré par la plateforme suédoise et figurer dans les milliers de playlists thématiques, les compiles qu'elle propose au fil du temps.

La mise en avant, par playlist ou en page d'accueil, avec dissémination sur les réseaux sociaux, sont l'alpha et l'omega du succès sur Internet.

Or Spotify vient de publier une nouvelle charte dans laquelle il estime que la façon de travailler avec les artistes est aussi influencée par leur vie privée quand elle vient à poser de sérieuses questions.

"Lorsqu'un artiste ou un créateur fait quelque chose de particulièrement nocif ou haineux (par exemple, de la violence envers les enfants ou de la violence sexuelle), cela peut changer la façon dont nous travaillons avec lui ou dont nous le soutenons", explique la plateforme suédoise.  

Nous voulons que nos décisions éditoriales – ce que nous choisissons de programmer – reflètent nos valeurs.

Pour identifier le contenu haineux, Spotify annonce qu'il va s'appuyer sur des groupes  de défense des droits, notamment le Southern Poverty Law Center, The Anti-Defamation League, Color Of Change, Showing Up for Racial Justice (SURJ), GLAAD, Muslim Advocates, et le International Network Against Cyber Hate.

Par ailleurs, l'outil Spotify AudioWatch identifie le contenus signalé comme haineux sur les réseaux. Spotify demande aussi à ses clients de signaler les contenus choquants, et promet d'examiner chaque cas.

Donc dans le cas de R. Kelly, il sera sorti des playlists et des propositions faites aux internautes par algorithmes.

Comment les internautes répondront-ils à l'attitude de Spotify ?  Ils sont plus de 6 millions à suivre R. Kelly sur Facebook.

Compte tenu de l'influence des playlists de Spotify et de la visibilité de la plateforme (elle espère atteindre les 92 millions d'utilisateurs fin 2018), cela aura un fort impact sur les ventes de l'artiste.

L'influence de l'opinion 

Revient-il à des diffuseurs, programmateurs, responsables de cinéma, de cesser de diffuser, ou de sanctionner d'une manière ou d'une autre les artistes dénoncés publiquement par divers méfaits ? 

La question s'est récemment posée France sur les cas comme Roman Polanski et Bertrand Cantat par exemple. 

R. Kelly, auteur du succès I Believe I Can Fly, est accusé depuis plusieurs années d'abus sexuels, même s'il n'a jamais été condamné. Il a aussi été accusé d'avoir des quasi-esclaves sexuelles à ses domiciles de Chicago et Atlanta, même si les allégations, démenties par le chanteur, n'ont débouché sur aucune inculpation.

Fin avril, le mouvement Time's Up avait réclamé que des "enquêtes appropriées" soient menées sur toutes ces accusations. L'organisation née de l'affaire Weinstein a également appelé tous les grands acteurs de l'industrie musicale à rallier le mouvement #MuteRKelly ("Faites taire R. Kelly") sur les réseaux sociaux, pas uniquement Spotify.

L'entourage de R. Kelly a également rappelé que Spotify "faisait la promotion d'autres artistes" condamnés par la justice, arrêtés pour violence conjugale ou qui _"_chantent des textes violents et hostiles aux femmes par nature", ce qui n'est pas le cas du chanteur originaire de Chicago.   

Ses proches ont également accusé Spotify d'agir "sur la base d'allégations fausses et non établies", de "se plier aux caprices des réseaux sociaux" et de choisir son camp dans une affaire qui n'a rien à voir avec le commerce de la musique.  

Spotify est le numéro un mondial de la musique en streaming
Spotify est le numéro un mondial de la musique en streaming © AFP / Vincent LEFAI, Gal ROMA
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