Dans son dernier livre, Philippe Labro, 84 ans, remonte le cours de sa vie qui prend sa source à Montauban, traverse l'Atlantique, remonte le temps… Les critiques littéraires de l'émission Le Masque et la plume sont tombés sous le charme de ce livre témoignage d'une vie d'écrivain, journaliste, scénariste, et parolier.

Philippe Labro en octobre 2020
Philippe Labro en octobre 2020 © AFP / Damien Grenon / Photo12

Le livre résumé par Jérôme Garcin

Jérôme Garcin : "On croise beaucoup de beau monde dans J’irais nager dans plus de rivières : Melville, Montand, Trintignant, Lazareff, le patron de France-Soir, Gainsbourg, qui a emmené Labro dans les nuits de Pigalle, Tom Wolfe, l'auteur du Bûcher des vanités, Fabrice Lucchini, alors garçon coiffeur que Labro fait débuter au cinéma dans Tout peut arriver. Et puis Johnny, bien sûr ! Pour qui Labro écrivit de nombreuses chansons, dont Jésus-Christ est un hippie et surtout Oh ma jolie Sarah

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L'écrivain-journaliste veut aussi laisser une trace de tout ce qu'il a aimé sur Terre et scande son récit de J'emporterai : de la musique, des livres, des paysages, des visages des médecins qui l'ont soigné à Cochin ou à Necker..."

Michel Crépu : "Un livre de citations"

"J'aime beaucoup les livres de citations. C'est un livre construit à partir de phrase d'autres personnes et j'aime infiniment ce procédé. Je crois que c'est Louis-René des Forêts avait écrit un roman entièrement composé de phrases d'autres. Ce n'est pas le cas ici. Mais j'ai pris beaucoup de plaisir à me promener dans ce livre. J'aime beaucoup la page qui concerne Ernest Hemingway."

Jean-Claude Raspiengeas : "Un témoignage exaltant d'un chemin de vie"

"C'est une vie magnifique. C'est une vie de journaliste, dont on aimerait en avoir vécu le dixième ! 

Journalistiquement, Philippe Labro est très souvent au bon endroit, au bon moment, y compris à Dallas après la mort de Kennedy. Il a touché à tout : presse écrite, radio, cinéma, parolier de Johnny Hallyday, écrivain… 

On lui doit aussi un récit tout à fait définitif sur l'enfer de la dépression. 

J'irais nager dans plus de rivières est touchant parce que Labro se défend aussi des apparences qu'il donne. Il essaie de faire profession d'humilité. On sait bien que ce n'est pas le cas. Il emploie le mot qu'emploie Sacha Guitry, qui est toujours marrant : "moitrinaire". Il y a chez l'écrivain-journaliste ce côté un moitrinaire qui fait semblant de le combattre. 

C'est un témoignage exaltant d'un chemin de vie.

Et surtout, il y a chez Labro les qualités et les dons de tout bon journaliste : la passion, la curiosité, le regard, la plume et le vif désir de témoigner. Il y a peut-être trop de citations dans son livre, mais il faut les voir non pas comme un catalogue, mais comme des lampes de poche, des choses qui l'ont éclairé au cours de sa vie. C'est une sorte de reconnaissance.

Dernière chose : il dit à la fin qu'il va probablement écrire d'autres livres. On le lui souhaite. Il n'empêche que j'ai lu ce livre un peu comme une forme de testament."

Olivia de Lamberterie : "C'est très beau"

Oui, J’irais nager dans plus de rivières est un peu testamentaire. 

Il est très beau : il oscille entre l'euphorie d'un enfant qui veut tout vivre, tout garder. Et puis, la mélancolie d'un homme qui regarde sa vie passée. 

C'est un livre qui m'a fait penser un peu au Sel de la vie de Françoise Héritier parce qu'il pourrait se contenter de raconter tout ce qu'il a vu et il a beaucoup vu. Il le fait un peu en vagabond, un peu en sautillant, ce que j'ai beaucoup aimé. 

Il y a des passages extraordinaires. Ceux avec Pierre Lazareff qui dit aux journalistes : "À défaut d'être intelligent, soyez intelligibles !". Moi, ça fait ma journée. 

Ou quand que Labro se fâche avec un de ses collaborateurs. Imbu de lui-même, il le dit, il dit à Lazareff : "Vous êtes entouré de cons" qui lui répond "Oui, mais j'aime aussi les cons". Et l'auteur de J’irais nager dans plus de rivières reconnait que c'était une sacrée leçon d'humanité qu'il lui donnait !

Il y a un très émouvant portrait de Trintignant à qui Melville avait dit : "Pour être un bon metteur en scène, il faut humilier les gens, et il faut être odieux." 

Ne pas oublier la scène de la fin, où il raconte Prévert et Picasso assis sur la plage. Et l'un demande à l'autre : "T'as compris quelque chose ?" L'autre répond : "Non, rien du tout". Et Labro dit : "Je n'ai rien compris non plus, mais j'ai aimé". Il y a quelque chose de très beau sur l'amour de sa femme"

Arnaud Viviant : "Respect !" 

"J'ai aimé la page où il se recueille sur la dépouille de Johnny. Elle est vraiment très belle. J'ai du respect pour quelqu'un qui arrive à publier sa playlist dans la NRF et chacun n'a pas encore réussi ! Il faut dire que Michel Crépu mettrait 50 morceaux des Rolling Stones, et ce serait peut-être un petit peu répétitif ! 

J'ai relevé deux erreurs, je crois. La première concerne Jean-Patrick Manchette, que Labro a bien connu, qu'il a fait travailler comme scénariste. Labro dit qu'il y a du Manchette chez Houellebecq. Je ne le pense pas du tout. Ça m'étonnerait que l'auteur des Particules élémentaires ait lu Manchette. Sa définition du style n'est pas du tout la même. 

Et l'autre erreur concerne Gainsbourg. J'en suis absolument certain. Philippe Labro dit que peut-être Je t'aime moi non plus viendrait d'un vers d'Edmond Rostand. Or Gainsbourg a toujours expliqué que la chanson venait de Salvador Dali, qui disait "Picasso est peintre, moi aussi. Picasso est espagnol, moi aussi. Picasso est communiste. Moi non plus"." 

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ECOUTER | Le Maque et la plume avec J’irais nager dans plus de rivières de Philippe Labro

J’irais nager dans plus de rivières de Philippe Labro est paru chez Gallimard