"Mytho" est une coproduction Arte/Netflix, en compétition officielle à Séries Mania… Le 25 mars dernier, les deux premiers épisodes étaient projetés à Lille pour une première mondiale. Le public semblait conquis. Alors, gagnera-t-elle le grand prix ? En attendant les résultats du jury, voici l'avis de nos critiques.

"Mytho", la nouvelle production d'arte, à découvrir bientôt
"Mytho", la nouvelle production d'arte, à découvrir bientôt © Unité de Production

À l'occasion du festival Séries Mania, France Inter a envoyé Benoît Lagane à Lille pour qu'il nous raconte le festival jour après jour, jusqu'au 30 mars, dans un podcast original (à suivre en podcast sur Itunes ici ou via RSS là). 

"Mytho" : la série

Synopsis : Elvira (Marina Hands ) habite avec son mari (Mathieu Demy) et ses trois enfants en banlieue pavillonnaire, avec un job plus alimentaire qu'autre chose. Elle a envie d'une vie parfaite, comme celle de la famille d'en face, qui a l'air d'aller tellement bien, d'être tellement heureuse. C'est une mère et épouse plus ou moins désespérée, qui se sent de plus en plus transparente aux yeux des siens. Au début de la série, elle est un peu à l'ouest, et puis… Elle invente un gros mensonge pour retrouver amour et attention. 

"Mytho" : rencontre avec le réalisateur

Derrière la caméra, on retrouve Fabrice Gobert (Les Revenants) que Benoît Lagane a rencontré ; il raconte : "J'avais très envie de travailler sur une série sur la famille. Les Revenants, c'était des familles (dont une, centrale) à qui il arrivait des choses extraordinairement dramatiques. Là, ce que je trouve intéressant, c'est qu'on ne sait pas dans quoi on s'embarque mais on comprend que, petit à petit, ils vont aller vers quelque chose de plus en plus dramatique. C'est presque l'inverse des Revenants".

Le réalisateur a été séduit par le côté singulier de la série, déjà présent dans le scénario d'Anne Berest : "il y avait cette idée d'étrangeté, ces domaines pavillonnaires, cette envie d'être avec des gens ordinaires mais mine de rien beaucoup plus singuliers qu'ils n'en ont l'air".

Côté références, le réalisateur s'est inspiré du photographe Jeff Wall : "il filme des choses qui semblent réalistes, on a l'impression qu'il était au bon endroit au bon moment, et en fait tout est mis en scène. C'est très particulier. Il se dégage de l'authenticité d'une grand stylisation. J'avais l'impression que c'était la direction vers laquelle il fallait aller". 

"Mytho" : l'avis des critiques

Pour parler de Mytho, Benoît Lagane s'est entouré de Pierre Langlais (de Télérama), Cédric Melon (Télé Cable Satellite Hebdo), Marjolaine Jarry (L'Obs) et Laurent Valière (franceinfo:).

Pierre Langlais :

Je suis rentré dans l'univers et j'ai vraiment bien rigolé. J'ai envie de voir la suite.

J'ai beaucoup aimé. Evidemment, plus on en a parlé, plus il y avait des choses sur lesquelles j'étais un peu plus modéré, mais globalement j'ai trouvé qu'il y avait un vrai univers, qui est celui de Gobert. C'est là que la chose est assez réussie : il a réussi à s'approprier une histoire qui n'est pas la sienne (ce qui était aussi le cas des Revenants), il a réussi à adapter son style : photo extrêmement léchée, des mouvements de caméra très lents, beaucoup de travellings… Ce n'est pas Jacques Tati non plus mais on peut penser à une forme de travail géométrique comme ça.

Et en même temps, ça ne gâche pas du tout la comédie, à la fois étrange, un peu absurde et tout à fait crédible - évidemment poussée un peu sinon ce ne serait pas aussi drôle. 

Marina Hands, qui est quand même plutôt abonnée aux rôles dramatiques même si je ne connais pas l'ensemble de sa filmographie, trouve un très juste équilibre. Au début, on se dit "Qu'est-ce qu'elle est cruche !". Je crois que le mot-clé qu'il faudra écrire quelque part, c'est la fameuse "charge mentale" dont on parle tout le temps, parce qu'elle en est un peu l'incarnation. 

La série commence comme toute bonne comédie qui prend ce risque, comme très stéréotypée : les hommes sont des balourds (pour parler poliment), et puis au fur et à mesure, on comprend que tout le monde est un petit peu mythomane, un peu dépassé par les évènements, un peu faux-cul. Tout ce petit monde est à la fois attachant et assez détestable. 

Marjolaine Jarry :

J'ai beaucoup aimé aussi. Il y a vraiment quelque chose de stimulant pour l'imaginaire

Ça fait du bien une proposition neuve, une nouvelle écriture (Anne Berest) et ça fait toujours du bien de retrouver Fabrice Gobert qui s'empare des codes de la série familiale. Il l'avait fait avec Les Revenants sur le fantastique, évidemment il a cette intelligence de jouer avec tout ces codes, de les décaler légèrement, de nous troubler, de les pousser au maximum. 

Marina Hands est vraiment un James Stewart au féminin : de la comédie américaine à l'ancienne, avec cette droiture, ce personnage qui est la bonté et qui va faire un truc horrible. Et ça, bien sûr, c'est une super ressort de comédie.

Laurent Valière :

Quand je regardais la série, je riais, et en même temps je me disais "c'est dingue de pouvoir rire avec ce truc-là" parce que j'étais vraiment gêné. C'est très subtil, vraiment.

Tout à l'heure vous disiez que le personnage joué par Marina Hands était cruche, moi je trouve qu'elle est gentille. Elle s'occupe de ses enfants, elle est peut-être dépassée par les événements mais… J'adore le début, je me croyais dans Edouard aux mains d'argent de Tim Burton : tous ces pavillons… J'adore quand elle regarde le pavillon d'en face où elle voit une gentille famille, où tout va bien, c'est l'heure du repas donc ils sont tous attablés, les deux enfants sont très sages, ils sont tous beaux. Et elle, elle retourne dans sa maison où c'est un peu le bordel…

Les archétypes sont super bien creusés : 

  • la fille rebelle qui va, une fois que tout le monde est couché, fumer des joints avec ses potes, 
  • le garçon qui aime le garçon et qui est trop content d'avoir le correspondant allemand dans sa chambre
  • la petite fille qui a plus d'angoisse par ce qu'elle est plus petite
  • … 

Je trouve que les portraits de personnages sont formidables. 

Quant à Marina Hands, c'est un très bon portrait de femme, très contemporain.

Cédric Melon :

C'est un peu une version élégante de Shameless US

Le gros mensonge, c'est qu'elle dit qu'elle a une tumeur alors qu'elle n'en a pas. A la seconde où elle le dit il y a une réplique formidable. Son mari est atterré, il la regarde et le premier truc qu'il lui demande, c'est : "Est-ce que tu vas faire une chimio ? Mais tu vas perdre tes cheveux". En gros, c'est le regard que lui va avoir sur elle. 

Ce que je trouve génial, et je rejoins Marjolaine sur les comédies américaines, James Stewart ou Cary Grant, c'est qu'il y a une élégance dans la mise en scène. Il y a une signature visuelle ? C'est cadré du feu de dieu. Son chef op est génial. Il y a une vraie direction d'acteurs (ils sont tous très bons ; je n'ai pas vu une seule fausse note). 

J'ai adoré. Vraiment, de A à Z. C'est maîtrisé, c'est très bien écrit. Après on peut chipoter… mais j'ai envie de voir la suite

Aller plus loin

Retrouvez l'intégralité des critiques sur cette série dans le podcast "Séries Mania sur écoute" (sur Itunes ici ou via RSS là)

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