Sylvain Tesson propose sur France Inter pendant tout l'été de s'intéresser à l'oeuvre d'Homère, le poète derrière "L'Iliade" et "L'Odyssée"... Mais que sait-on vraiment d'Homère ?

Homère, le père de l'Iliade et l'Odyssée
Homère, le père de l'Iliade et l'Odyssée © Getty / UniversalImagesGroup

On sait qu'Homère a vécu au VIIIe siècle avant JC : "400 ans avant moi" dit Hérodote.

Donc Homère n'est pas un reporter de guerre puisque la guerre de Troie qui constitue le sujet de l’Illiade a eu lieu en 1200 avant JC, selon les découvertes archéologiques initiées par Heinrich Schliemann dans les steppes de l'Asie mineure.

Le civilisation mycénienne a rayonné de 1400 à 900 avant JC - puis elle a disparu. Il y a eu donc eu 400 ans de transmissions orales, de souvenirs, de légendes, d’épopées, avant qu'un être affublé du nom d'Homère ne rassemble tous ces matériaux pour constituer son poème.

Mais attention, Homère, qu'il soit un artiste symboliste ou un documentaliste, est d'abord un poète. Il veut clamer son chant sur la beauté de la vie et la tragédie du monde.

  • Soit il y eu un génie pur. Un piète aveugle qui aurait tout inventé. Un démiurge doublé d'un monstre qui aurait inventé la littérature comme on découvre le feu

  • soit Homère est le nom qui se dégage d'une lignée de rhapsodes, c'est-à-dire de poètes tels qu'ils coururent jusqu'à une date récente sur les rivages de la mer Égée, capables de réciter de longs poèmes de mémoire (des milliers de vers !). Ils auraient au fil des siècles rassemblé des traditions ; ils auraient rapiécés un texte comme on répare un manteau d'Arlequin. Ils y auraient ajouté une pièce par-ci, un morceau de bravoure par là. Bref l'Iliade et l'Odyssée seraient cette mise en ordre de traditions orales. Cela permet d'expliquer les passages disparates bizarrement polyphoniques.

  • ou alors, c'est la troisième possibilité et c'est la thèse de Jacqueline de Romilly, la vérité est à mi-chemin et Homère aurait lui même assemblé des récits de la tradition orale en les collectant, en leur donnant une forme, un style, sa manière artistique à lui, sa tournure. Il aurait été l'alchimiste, mélangeant des hauts faits et des épisodes, pas forcément contemporains les uns des autres.

Alors, si on y réfléchit bien, est-ce que cette méthode de cuisine artistique n'est pas ce qu'on pourrait appeler l'inspiration ?

Mais après tout puisqu'Homère convoque Mnémosyne, la muse de la mémoire, pour nous raconter ses histoires, finalement peu importe de savoir qui en est le scribe. Quelque fut la source, multiple ou unique, Homère fut contemporain de l'époque ou les Grecs s'inspirèrent de l'alphabet phénicien et retrouvèrent un usage de l'écriture qui avait disparu pendant les âges sombres qui suivirent l’effondrement de Mycène.

Les savants se demandent toujours si l'Iliade et l'Odyssée décrivent les société de Mycène ou celles des âges obscures qui lui succédèrent et pendant lesquelles les migrations indo-européennes amenèrent des guerriers aux longs cheveux blonds dans les archipels de la mer Egée.

Homère est avant tout le nom d'un miracle : ce moment où l'humanité fixa dans sa mémoire une réflexion sur sa propre condition.

Et puis, fi de ces enquêtes byzantines : après tout, est-ce qu'on a besoin de savoir que Balzac buvait du café pour apprécier la Comédie Humaine ?

► ECOUTEZ |Cet été, Sylvain Tesson vous propose une série sur Homère, à écouter ici

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