La journée mondiale du livre et du droit d'auteur est célébrée chaque année le 23 avril. A l'origine, les femmes ont joué un rôle essentiel dans son histoire, en tant que commanditaires. Voici trois d'entre elles parmi les plus importantes : Louise de Savoie, Blanche de Castille et la comtesse d'Eu et de Guînes.

Le "psautier de Saint Louis et Blanche de Castille"
Le "psautier de Saint Louis et Blanche de Castille" © BnF/ Gallica

L'économie du livre, la circulation des ouvrages, leur conception, leurs illustrations, ont bénéficié d'un rôle important des femmes depuis le départ. Dès le Moyen âge, avoir des livres n'était pas rare pour les femmes nobles, et pour les notables. Nous parlons d'une époque où les livres sont encore des manuscrits, œuvres de copistes et d'enlumineurs. L'imprimerie ne sera au point qu'en 1450.  C'est donc au département des manuscrits de la BnF (Bibliothèque Nationale de France), et non des livres rares, que l'on trouve ces ouvrages. Dans un contexte où les livres étaient des objets chers, artisanaux, ils ont véhiculé dans un premier temps les préceptes religieux, puis très vite, les savoirs. Voici quelques femmes importantes dans l'histoire des livres. Avant d'être autrices, elles ont été commanditaires, et éditrices, dirait-on aujourd'hui. 

Blanche de Castille, hommage à un astronome pour un livre de prières

Le psautier de Blanche de Castille, est un livre de prières écrit pour la mère du roi Saint Louis, en 1230, au féminin. Il appartient désormais aux reliques de Saint Louis, car il lui a été transmis par sa mère. Dans un premier temps d'ailleurs ce livre était conservé sous le nom de "psautier de Saint Louis", et ce n'est que plus récemment qu'on l'appelle "psautier de Saint Louis et Blanche de Castille". Car c'est bien elle qui l'a fait réaliser.  Ce livre a la particularité de présenter une première image, dès les premières pages, représentant un astronome faisant noter ses observations à deux savants. Ils écrivent en hébreu. Est-ce un hommage aux mathématiques et aux sciences, ou bien un hommage à une transmission entre Juifs et Chrétiens ? "Cette image en tout cas est tout à fait surprenante dans un livre comme celui-là, religieux" précise Louisa Torres, conservatrice à la BnF. 

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Jeanne, comtesse d'Eu et de Guînes, se met en scène dans une image pieuse

Deux détails du livre "La somme le roi" commandé par la comtesse Jeanne d'Eu et de Guines
Deux détails du livre "La somme le roi" commandé par la comtesse Jeanne d'Eu et de Guines / Gallica/BnF

Jeanne,  comtesse d’Eu et de Guînes, est une femme de petite noblesse, jeune veuve en 1302, qui ne s'est pas remariée et a profité de sa fortune personnelle pour commander des livres. Commander ne voulait pas dire à l'époque la même chose qu'aujourd'hui. Il s'agissait de les faire écrire par des copistes, enluminer selon des choix particuliers. 

Jeanne a notamment fait écrire à son usage, et à son image, un traité de vices et des vertus, composé par le Frère Laurent, dominicain, confesseur de Philippe le Hardi. Il date de 1279 et a été copié plusieurs centaines de fois, ce qui témoigne de son succès à l'époque auprès des lettrés du XVIIIe siècle. Jeanne s'y fait représenter en habit modeste, notamment sur une image où une Vierge à l'enfant lui tend la main. "Cette façon de se mettre en scène dans une image pieuse est tout à fait inhabituelle", explique la conservatrice Louisa Torres, qui précise par ailleurs que "si la comtesse possédait ce livre, elle devait aussi en avoir d'autres, Bible ou livre de prières". 

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Louise de Savoie enrichit une bibliothèque prestigieuse

Traité des vertus cardinales commandé par Louise de Savoie
Traité des vertus cardinales commandé par Louise de Savoie / Gallica/BnF

Louise de Savoie, mère de François Ier, a hérité de la bibliothèque de la famille d'Angoulême. De nombreuses princesses et reines de France ont hérité ou constitué de somptueuses bibliothèques. En tant que régente, en 1515 et en 1525, Louise de Savoie a eu besoin dans sa vie de se tenir informée dans bien des domaines. Elle y a aussi fait ajouter des ouvrages qu'elle a fait faire, ou des traductions de livres savants. Elle a par exemple enrichi sa bibliothèque d'un Traité sur les vertus cardinales, orné et relié par le plus grand enlumineur de son temps : Robinet Testard. Ce traité est désormais conservé à la BnF, au département des manuscrits. Précisons qu'à cette époque, l'imprimerie était bel et bien présente, mais il était encore prestigieux d'offrir ou de posséder un manuscrit. Louise de Savoie a également reçu parfois des livres manuscrits en cadeau. De nombreuses princesses et reines de France ont ainsi constitué de somptueuses bibliothèques. 

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