Le ski a 4500 ans ! Il a été inventé par les Norvégiens pour des raisons très pratiques : avancer sur la neige plus vite que le gibier. La pratique est ensuite devenue un sport de nantis à Courchevel ou Megève…

Un skieur sur une surface glacée, en Norvège. Dessin de Gustave Doré, 1857
Un skieur sur une surface glacée, en Norvège. Dessin de Gustave Doré, 1857 © Getty / De Agostini / Biblioteca Ambrosiana

Au micro d'Ali Rebeihi, le sociologue Jean-Didier Urbain (spécialiste du tourisme) explique que "le tourisme ne cesse pas de transformer des objets utilitaires en objets de plaisir". Par exemple, le ski :

Le ski au départ est une commodité inventée par les Norvégiens pour se déplacer quand la neige est poudreuse.

La pratique est ancienne : en 1921, on a trouvé un ski de 110 centimètres de long et de dix centimètres de large : le ski de Hoting (visible au musée de Stockholm) qui est daté de 2500 avant notre ère. Il y a aussi ces gravures rupestres découvertes sur l’île de Rödöy, en Norvège, et datées de 2000 à 2500 avant J.-C. : elles représentent un homme qui se déplace avec deux grandes lattes aux pieds et qui paraît trouver l’équilibre avec un grand bâton.

Le ski est, depuis longtemps, un moyen de locomotion courant en hiver. Il permet d'augmenter la surface portante afin de glisser sur la neige sans s’enfoncer, et si possible, d'avancer plus vite que le gibier... Les skis étaient au début des instruments de première nécessité.

Une Poste dans les Pyrénées vers 1850
Une Poste dans les Pyrénées vers 1850 © Getty / DEA PICTURE LIBRARY

Il y avait deux écoles de pratiques du ski en Norvège : 

  • le virage Christiania. Les skis sont parallèles et le restent en tout occasion, y compris quand on tourne. Lors d'un virage, le skieur fait un léger saut qui place les skis perpendiculairement au chemin de descente. 
  • le virage Telemark. Presqu'un mouvement de danse. Les fixations permettent de lever le talon et de faire ce beau geste de virage

Les débuts des sports d'hiver

Au début, on parle de "sports d'hiver" au pluriel - le ski n'est qu'une activité parmi d'autres. Yves Ballu explique au micro de Jean Lebrun : "le ski n'était qu'une distraction qu'on offrait aux touristes". 

Il poursuit : "La montagne en été étaient connue depuis longtemps. Un jour, un hôtelier à St Moritz, Johannes Badrutt, a eu l'idée de dire à ses derniers clients de la saison, en septembre : « Si vous voulez, revenez cet hiver : il y aura du soleil et le whisky sera gratuit ». 

Et les touristes sont revenus ; il fallait bien les occuper avec tout ce qu'on pouvait faire : le toboggan, le curling, le hockey, la luge et le ski. Tout cela, c'était les sports d'hiver."

Pendant longtemps, les skieurs n'utilisaient qu'un seul bâton.
Pendant longtemps, les skieurs n'utilisaient qu'un seul bâton. © Getty / Science & Society Picture Library

Sauf que les pistes des Alpes sont trop pentues que celles des pays scandinaves... Pour les courageux qui montaient (il n'y avait pas de remontée mécanique à l'époque), de nouvelles techniques sont inventées - notamment "l'arrêt Briançon", qui consistait à s'approcher d'un arbre et à l'attraper pour s'arrêter avant d'aller trop vite (ou de tomber par terre). 

L'écrivain Henri Duhamel a découvert le ski à l’exposition universelle de Paris en 1878 : 

Je me trouvais aussi embarrassé d’en tirer convenablement profit qu’une carpe peut l’être d’une pomme. 

Un peu d'apprentissage s'impose. Pour apprendre la technique du ski aux touristes, les stations françaises font alors venir des moniteurs de Norvège et de Suède... et les touristes adhèrent !

Les skieurs d'aujourd'hui

Le ski est donc devenu un vecteur de tourisme... mais pas pour tous. "Les stations de haute altitude sont des forteresses" estime Jean-Didier Urbain. "Le mur est économique, il est invisible mais il est bien là, parce que ça coûte extrêmement cher."

Courchevel ou Megève, c’est le Deauville de la montagne !

Il y a le forfait de ski bien sûr, la location du matériel, les repas évidemment, mais aussi les équipements chauds... Les dépenses sont nombreuses ! Comptez en moyenne 900 euros par personne et par semaine pour une location d’une semaine au ski. C'est pourquoi, selon le sociologue, même dans les stations de moyenne altitude, les domaines skiables ne sont pas des destinations touristiques pour tous les portefeuilles... même s'il reconnaît qu'une certaine démocratisation des sports de glisse se fait dans les régions de basse altitude : le Jura, les Vosges (à noter que la Suisse, devant la diminution et le vieillissement des skieurs, tente cette année une offre de ski low-cost).

Les stations françaises de moins en moins prisées par les touristes français
Les stations françaises de moins en moins prisées par les touristes français © Getty / Chris Cross

Est-ce dû au coût des séjours ou à l'évolution de pratiques touristiques ? Les Français sont chaque année moins nombreux à partir au ski : "Ça se dégrade de façon continue depuis 2010, 5% de la clientèle ne revient pas" observe le sociologue.

Seuls 8% des Français partent au ski - et ils sont de plus en plus nombreux à n'y aller qu’un an sur deux.

Il faut dire aussi que les envies touristiques évoluent avec le temps. Par exemple, le goût du paysage n'est apparu qu'au XVIIe siècle. "Le pèlerin du Moyen-Âge ou de la Renaissance a horreur du paysage, il veut le traverser le plus vite possible pour arriver à la ville avant la nuit" souligne Jean-Didier Urbain. 

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