Ce mercredi 4 avril, devant la cour d'appel de Paris, se joue le sort d'un film "maudit" : "L'homme qui tua Don Quichotte", le film que Terry Gilliam n'a pour l'instant pas encore réussi à mener jusqu'aux salles obscures.

Terry Gilliam en mai 2016 au festival de Cannes
Terry Gilliam en mai 2016 au festival de Cannes © Maxppp / Frédéric Dugit

Depuis 20 ans, Terry Gilliam, le réalisateur - entre autres -  de "Brazil" et des films des Monty Python, caresse le rêve d’adapter le "Don Quichotte" de Cervantès. Le rêve avait, une première fois, tourné au cauchemar. En 2000, le tournage du film avait été interrompu par une conjonction de facteurs : pluies diluviennes, hernie discale du comédien Jean Rochefort, bruit des avions militaires qui survolaient le lieu de tournage... Le fiasco a donné lieu à un documentaire, "Lost in la Mancha", sorti en 2002.

Mais Terry Gilliam n’est pas homme à renoncer. En février 2016, il ne lui manque que quelques millions d'euros, sur un budget de 16 millions, pour tourner "L'Homme qui tua Don Quichotte". Au fil des années, il a imaginé Robert Duvall, puis John Hurt dans le rôle du chevalier errant face aux moulins à vent, avant de confier le rôle à Michael Palin, son vieux complice des Monthy Python. Un réalisateur lui présente Paulo Branco : le producteur exubérant des films de Raoul Ruiz et Andrew Zulawski aime raconter qu'il a parfois financé des films en jouant au casino

"La personne qui prend tous les risques, c'est moi"

Branco est enthousiaste, promet de trouver l'argent avant le début du tournage prévu en septembre. Terry Gilliam écrit aux partenaires qui s'inquiètent de la réputation du producteur : "La seule façon de faire le film cette année est de se jeter dans la folie, avec Paulo". La prédiction va se révéler exacte : jamais les deux hommes ne vont réussir à travailler ensemble, malgré le contrat signé en avril 2016. Paulo Branco est très clair : il n'y aura qu'un capitaine dans ce bateau, et ce sera lui, "la personne qui prend tous les risques, c'est moi", écrit-il dans un mail que nous avons pu consulter. Il s’engage à respecter le budget de 16 millions d’euros et les choix artistiques du réalisateur, en échange de la cession de ses droits.

Mais Terry Gilliam, échaudé, refuse de faire confiance aveuglément à son producteur, demande des nouvelles du budget, du plan de financement. Au fil des mois, plusieurs coproducteurs sont remerciés, Amazon se retire du projet. Paulo Branco intime à Terry Gilliam de revoir son projet à la baisse, refuse d'engager son assistant réalisateur, ratiboise le budget maquillage, fait embaucher sa sœur comme chef costumière. Quand à nouveau, fin juillet 2016, Terry Gilliam demande des comptes, Paulo Branco s’agace : l’argent est plus difficile à trouver que prévu, il demande au réalisateur de cesser de lui demander le budget, menaçant de "renvoyer tout le monde à la maison"

La sortie du film bloquée

De fait, l'aventure s'arrête brutalement, le 6 août 2016 : dans un mail, Paulo Branco annonce qu’il suspend la pré-production, qui doit débuter deux jours plus tard, si Terry Gilliam ne lui donne pas les pleins pouvoirs sur le film. "Je ne veux pas être responsable d'un autre désastre industriel, c'est-à-dire un Lost in la Mancha 2" écrit-il au réalisateur, dont il critique le comportement et les demandes. Terry Gilliam refuse, la pré-production est annulée : pour le réalisateur, leur contrat est donc caduc. 

C'est ce que conteste aujourd’hui Paulo Branco, qui affirme toujours posséder les droits sur le film. Au printemps 2017, en effet, Terry Gilliam a enfin tourné "L’Homme qui tua Don Quichotte", avec un autre producteur. Au casting, un autre fidèle de Terry Gilliam, Jonathan Pryce, a remplacé Michael Palin. Mais Paulo Branco estime que leur contrat d’avril 2016 est toujours valable. Le conflit paralyse la sortie du film, initialement prévue en mai… ainsi que son éventuelle sélection au prochain festival de Cannes.

Audience à 9h30 le 4 avril devant la cour d'appel de Paris, le jugement sera mis en délibéré.

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