Dépéchez-vous : les expos en cours à la Maison européenne de la photo à Paris se terminent le 6 janvier. Allez voir les images américaines de deux artistes, Martine Barrat et Larry Clark.Barrat est française. Elle vit à Harlem depuis les années 60. Un seul sujet, un seul thème depuis 40 ans : la reporter semble obsédée par le ghetto et sa communauté noire. Prises de vue hyper classiques, on ne s'extasie pas devant l'oeil du photographe dont les cadres rappellent ceux d'une Helen Levitt, vue récemment à la fondation Cartier Bresson, une spécialiste américaine de la photo de rue, à New York, depuis une soixante d'années. Ce qui fascine en revanche, c'est la capacité de la photographe française à s'inviter partout : parmi les jeux des enfants, dans les vestiaires des salles de boxes, les clubs de jazz ou les cuisines des vieilles dames. Reportage intime et nostalgique : une mamie noire lit une partition, elle chante encore. Le hors champ révèle peut-être un passé de grande artiste. Martine Barrat a obtenu un grand succès, paraît-il, avec ses photos de boxeur et on le comprend. Grand moment d'émotion que cette image de frères jumeaux, les frères Twist. Ils sont très près l'un de l'autre, comme des amants, les yeux fermés. La légende révèle que l'un des deux a perdu un oeil lors d'un match et qu'il ne peut plus combattre. Son frère, précise Martine Barrat, lui écrit depuis des poèmes pour le consoler. On pourrait pleurer devant cette photographie humaniste que l'on jugeait pourtant juste avant, dans les autres salles, bien traditionnelle. Larry Clark, dans la salle supérieure, est lui une star du cinéma, avec ses films sur l'adolescence et la souffrance des ados américains, comme "Ken Park". Clark est d'abord photographe. Drogué dès l'adolescence, fils d'un père qui ne lui parle plus depuis qu'il a douze ans, il a photographié sa génération puis la jeune génération, son obsession à lui. Avant Nan Goldin, Larry Clark a rendu compte de l'intime d'une communauté qui pour se sortir de l'ennui et de la morosité s'est droguée. Photos trash et dérangeantes prises dans sa ville natale, Tulsa, de 63 à 71. Des jeunes femmes et des jeunes hommes souvent beaux, avec dans la main ou dans le bras une seringue, et sur leur visage, les traits du plaisir ou de la douleur. Clark montre tout, le trip, le mauvais trip, et même une femme enceinte, nue, qui se shoote, image quasi insoutenable par son contraste : la vie qui s'annonce et la mort qu'on s'injecte. Un travail fou et authentique, un documentaire qui dérange, eros et tanathos en noir et blanc.Larry clark et Martine Barrat, jusqu'au 6 janvier. De 3 à 6 euros - Du mercredi au dimanche de 11h à 19h45 - Maison européenne de la photographie, 5-7 rue de Fourcy, 75004 Paris - Renseignements : 01.44.78.75.00

Larry Clark
Larry Clark © Radio France
Larry Clark
Larry Clark © Radio France
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