Voici 15 romans où les personnages principaux sont des femmes, héroïnes d’aujourd’hui ou du passé, dans le désert ou dans le métro parisien. Dans cette rentrée littéraire, les femmes sont partout.

 336 romans français sont publiés pour la rentrée littéraire 2019
336 romans français sont publiés pour la rentrée littéraire 2019 © Getty / RUNSTUDIO

Amour, sexualité, et accomplissement de soi

Elle fera sensation, Emma Becker, en cette rentrée avec La Maison (Flammarion). D’un regard direct et sans fard, l’autrice lance son audace à la figure du lecteur : avoir vécu deux ans dans un bordel berlinois, et encore, s’il n’avait pas dû fermer, elle y serait encore. Toutes les femmes qu’elle y a croisées, elle les a aimées, dit-elle, même au summum de l’agacement. Elle y est allée pour rencontrer les putes, les héroïnes de son imaginaire érotique. Elle raconte le quotidien des femmes, mais elle interroge aussi ses propres motivations : pourquoi est–elle là ? Pourquoi écrit–elle ? Elle écrit "je", et parle du narcissisme boursouflé de tout écrivain. Sa narratrice s’appelle Justine. Doit-on penser aux infortunes de la vertu décrites par le marquis de Sade ? Dans son précédent roman, elle était Alice, pour vivre un passage et l’entrée à l’âge adulte. Sa prochaine expérience sera-t-elle celle d’une Emma littéraire ?  > Lire un extrait

[coup de coeur] Violaine Huisman, dans Rose Désert (Gallimard) s’interroge sur le sens de sa vie. Femme occidentale en "vacances" dans le désert, en Mauritanie ou au Sénégal, elle aussi a de l’arrogance. Mais elle a surtout la sagesse de se rappeler que, Occidentale et touriste, elle n’a rien à faire là où elle se trouve, aucune autre justification que le néant dans lequel la laisse une rupture amoureuse. Dans la chaleur africaine, elle n’essaie pas de faire joli, elle écrit vrai sur les interrogations d’une jeune femme sur l’amour et la sexualité. Au fil des pages, dans un langage tantôt cru, tantôt d'une élégance folle, elle nous emmène dans les méandres de son histoire familiale. Violaine Huisman avait déjà consacré un livre à sa mère, maniaco-dépressive. Cette fois, elle essaie, entre New York et Dakar, d'éclaircir les mystères qui ont fait la femme qu'elle est.  > Lire un extrait

Quand vivre à notre époque revient à survivre en milieu hostile 

Le rendez-vous avec la maladie fait partie des expériences extrêmes. C'est ce moment de danger vital que Sorj Chalandon interroge avec Une joie féroce (Grasset). 

"Suis-je en train de vivre le début de ma mort" se demande Jeanne, la libraire. Une personne aimée de tous, qui vit une vie paisible. Quand le cancer l’attrape, tout va changer, et tout sera permis. Les coups de griffes plutôt que les gants de velours, les interdits plutôt que le respect des règles et des conventions. Une part prise pour soi dans l’océan des autres, par instinct de survie, la férocité plutôt que l’agonie. > Lire un extrait

Vincent Message, lui, fait subir à Cora dans la spirale (Seuil), le rouleau compresseur d’un quotidien efficace, dans un monde capitaliste qui atteint ses objectifs de vente et de rentabilité. Cora, experte en marketing, rêvait d’être photographe. Mais elle est un tout petit bout d’humanité dans l’histoire de l’Europe des 50 dernières années, dans l’histoire d’une entreprise, et dans celle d’un quartier ouvrier à Montreuil. Cora est dans une spirale implacable. Vincent Message peint la fresque d'une époque qui broie les individus et leurs rêves. > Lire un extrait

Avec Marie Darrieussecq, c'est la crise des migrants qui est au cœur de la littérature. Dans La Mer à l’envers (P.O.L) l'autrice observe cette crise vue du côté de Rose, femme et mère de deux enfants, installée dans une vie à l'occidentale classique occupée par un boulot et une famille, avec son lot de problèmes ou de loisirs. Quelle place y-a-t-il pour la surprise de l'autre dans ces vies-là ? > Lire un extrait

Au cœur de l'actualité également, Stéphanie Kalfon (Attendre un fantôme - Joelle Losfeld) nous place auprès de la compagne d'un homme victime d'attentat, et Myriam Leroy (Les Yeux rouges -Seuil), nous emporte dans la tourmente dans laquelle les cibles de cyber-harcèlement peuvent se trouver. > Lire un extrait de Attendre un fantôme

Seule dans l'immensité glacée

[coup de coeur] Bérengère Cournut livre un roman puissant et poétique avec De pierre et d’os (Le Tripode). La banquise se fissure, la jeune Uqsuralik se retrouve séparée de sa famille, et doit survivre seule avec ses chiens. Dans l’immensité froide et blanche, après une longue errance, elle tombe sur un groupe d’Inuits. Elle est sauvée, mais les hommes du campement lui mènent la vie dure, le plus vieux la viole, et elle finit par faire couple avec l’un de ses fils. Sa quête solitaire n'est pas terminée. La voilà de nouveau, seule face à la férocité des lieux, des animaux prédateurs et du climat, avançant toujours parce qu’elle est faite comme ça, dans cette communion avec les éléments. Une communication avec "le géant", esprit, ou voix intérieure, guide ses pas. Et Bérengère Cournut, emmène ses lecteurs dans un autre monde, où les chants, les voix d'ailleurs, les tressaillements de la nature, façonnent l'humanité. 

En communication avec l'au-delà

[coup de coeur] La télégraphiste de Chopin (Seuil), elle aussi est en communication avec un esprit qui guide ses doigts sur les touches du piano. Eric Faye raconte l’histoire de cette femme qui, à Prague, dit recevoir la visite de Chopin, et se faire dicter par lui des partitions inédites, cent cinquante ans après sa mort. 

Avec une naïveté déconcertante, cette employée de cantine scolaire, assure, au journaliste qui l'interroge, qu’il est possible d’avoir de tels dons. Le reporter veut démontrer qu'il s'agit d'une supercherie, et le lecteur cherche avec lui à débusquer l’arnaque. Cette femme défie tous les pièges qui lui sont tendus, elle porte un message, bien plus important que les mazurkas inconnues de Chopin. Il n’est pas certain que l’intervention d’un ex-espion aide à la résolution de ce mystère. > Lire un extrait

Secrets de famille et blessures enfouies

[coup de coeur] Laure Limongi chez Grasset, écrit son premier roman corse. Jusqu'à présent, elle s'est fait remarquer avec un livre sur Elvis Presley, où son évocation érudite des migraines violentes qui l'empêchent de vivre dans Anomalie des zones profondes du cerveau. En cette rentrée, elle prend son histoire familiale à bras-le-corps, et interroge les silences qui ont enveloppé son enfance. Elle se glisse donc dans la peau de Huma, dans On ne peut pas tenir la mer entre ses mains. Huma est une fillette élevée par une grand-mère intransigeante et par des parents énigmatiques. Devenue adulte, alors qu'elle a passé plusieurs années hors de Corse, elle revient dans la maison familiale. Peu à peu, le secret se révèle. 

Je n'arrête pas de chercher à raconter cette histoire, sans trouver un angle adéquat. 

"Mille petits sauts variés dans la piscine d'enfance. Et je continue à boire la tasse. Ça brûle toujours, jusqu'au tréfonds. Je me demande ce qui m'effraie à ce point, pourquoi le chemin est si tortueux. Comme si raconter allait guérir quelque chose que je ne voulais pas guérir" raconte Huma, qui est bien décidée à comprendre ce qui s’est joué entre sa mère, son père et sa grand-mère, lors des années qui ont ensanglanté la Corse. > Lire un extrait

[coup de coeur] Dans Une histoire de France, Joffrine Donadieu (Gallimard) choisit, pour un premier roman, d'évoquer la pédophilie au féminin. A Toul, dans une zone pavillonnaire, une enfant est confiée à sa voisine, France. Comment France a violé Romy, voilà ce que raconte cette histoire. Simplement. C'est l'un des livres les plus glaçants de cette rentrée. > Lire un extrait

Dans Le ciel par-dessus le toit, Natacha Appanah, nous fait entrer avec délicatesse dans l'univers de Phénix, sacrifiée au désir des adultes par ses parents. Aujourd'hui, face à son fils et sa fille, elle a tant à dire. Chez Albin Michel, Victoria Mas s’intéresse aux patientes de Charcot à Paris fin XIXe siècle, dans Le bal des folles. Déguisées, parmi des invités "normaux", seront-elles considérées comme des "folles" ? C’est un premier roman remarqué, qui redonnent vie à ces femmes enfermées à la Pitié Salpêtrière, considérées comme hystériques, ou parce qu’elles se prostituaient ou avaient été violées, ou encore parce qu’elles communiquaient avec l’au-delà.

Femmes historiques

Claire Berest continue d’explorer la vie des femmes-artistes. Après celle de Gabrielle Buffet, compagne de Francis Picabia, elle s’attache à celle de Frida Khalo et de son amour pour Diego Rivera, avec Rien n'est noir. Emmanuelle Favier se consacre à Virginia Wolf, dans Virginia (Albin Michel), Isabelle Duquesnoy à la veuve de Mozart, dans La redoutable veuve Mozart. Celle-ci a survécu au compositeur durant des décennies, temps qu’elle employa à assurer la reconnaissance de son œuvre. 

Michel Peyramaure nous amène, dans La non-pareille (Calman Lévy), à mieux connaître Christine de Pisan, figure du Moyen-Age, première femme de lettres ayant vécu de sa plume. Mariée à un savant, elle est très vite veuve, avec trois enfants. Elle commence par témoigner de ses difficultés en écrivant La Mutation de fortune. Son œuvre majeure reste La cité des dames, récit allégorique évoquant la construction d’une cité dans laquelle les femmes sont reconnues pour leur noblesse d’esprit et leur capacité à gouverner.

(La cité des dames, à lire sur Gallica)

La cité des dames, de Christine de Pisan
La cité des dames, de Christine de Pisan / Gallica
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