Revolution
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Feraient-ils la révolution, pourquoi, comment ? Sept écrivains répondent. La transformation sociale, les enjeux de société sont des thèmes récurrents depuis quelques temps dans la littérature. Qu'ils aient écrit ou non explicitement sur ces sujets, la question se posait de savoir si, elles, eux, feraient une révolution, ici et maintenant ?

Nous les avons soumis à un questionnaire commun :

QUESTIONS - Quelle révolution feriez-vous ?

  • En écrivant ou en marchant ?

  • Tout seul ou à plusieurs ?

  • Avec quelles armes ?

  • Dans votre monde idéal que se passe-t-il de différent par rapport à aujourd’hui ?

Jeanne Benameur (Otages Intimes ), Denis Lachaud (Ah ! ça ira… ), Laurent Carpentier (Les Bannis ), Tristan Garcia (7 ), Boualem Sansal (2084, la Fin du Monde ), Mathias Enard (Boussole ), Jean-Michel Delacomptée (Adieu Montaigne ) n'ont pas tous le même profil révolutionnaire. A chacun sa façon, en écrivant ou en marchant, seul ou à plusieurs, et avec des objecitfs différents. Pour une Europe plus démocratique, pour plus de bien-être individuel, pour le droit à l'oubli, autant de raisons de vouloir changer le monde.

En meute et pour le bien commun

C'est le plus révolutionnaire d'entre tous. Il publie en cette rentrée Ah ça ira ... chez Actes Sud. Denis Lachaud ouvre son roman par l'assassinat d'un président de la République dans le 16e arrondissement de Paris. L'auteur de cette conspiration sera vite mis au ban de la société comme un criminel dangereux. Sa révolution, avortée dans un premier temps, aura-t-ellle un avenir ? Nous sommes en 2037, une génération demande son dû à la société. Comment s'y prend-elle ? Lachaud le raconte comme un polar, et assouvit quelques-uns des fantasmes qui peuvent naître chez les lecteurs qui ressentent très fortement les injustices sociales.

Pour lui, une révolution se fait toujours à plusieurs , en écrivant et en marchant. Il faut la faire de manière pacifiste, avec les mots, comme Gandhi . Dans le monde idéal de l'auteur, l'homme a appris à se soucier du bien commun et pas seulement à garder le pouvoir.

Citation Denis Lachaud
Citation Denis Lachaud © Radio France

Les loups solitaires

Boualem Sansal, auteur de2084, la Fin du Mondechez Gallimard, prescrit de faire comme Diderot et Voltaire :

Nous portons tous le même rêve, nous voulons vivre tranquillement et en bonne santé, voyager librement, faire de la poésie et comprendre l’univers. Comme Voltaire et Diderot que chacun fasse sa révolution individuelle.

L'auteur algérien ferait la révolution autant en écrivant qu'en marchant et avec toutes les armes nécessaires.

Écrire c’est dangereux ; lire aussi. Il ne faut pas que l’écrit nous rende quitte de marcher.

Jeanne Benameurest plus pacifiste que Boualem Sansal mais, comme lui, il est d'abord question de faire le ménage à l'intérieur de soi. La révolution qu'elle ferait, ce serait comme celle de Denis Lachaud , d'en finir avec la professionnalisation de la vie politique. Un seul mandat, et après, retour à la vie civile. Dans son monde idéal, on tient compte de l’air qu’on respire mais aussi de l’air nécessaire pour vivre entre êtres humains, ça devrait être un air "habité par la parole".

Citation Benameur
Citation Benameur © Radio France

Les net.révolutionnaires

Mathias Enard, auteur de Boussole chez Actes Sud, ferait la révolution à plusieurs dans un grand mouvement d'ensemble, pour une Europe démocratique, sans arme à feu, car en général les luttes armées aboutissent à des régimes dictatoriaux. Dans son monde idéal, on aurait aboli la violence de la guerre, et on pourrait tous se consacrer à ce qui nous tient le plus à cœur, comme les études, l’art, les tours Eiffel en allumettes, et "tout le monde serait en amour ".

Citations Enard
Citations Enard © Radio France

Tristan Garcia, auteur de 7chez Gallimard, préfère la révolution d'une petite communauté, pour avoir le droit à l'oubli sur Internet.

Je ne suis pas un révolutionnaire en littérature, pour moi écrire est un acte automnal de mélancolie. la révolution se fait avec des slogans. Si je devais faire une révolution, ça se ferait comme dans mes livres, avec un petit groupe , une toute petite communauté. Je pense que la mémoire gigantesque d'Internet va peser sur nos épaules, peut-être se posera-t-on bientôtla question de la table rase et de l’oubli. Aujourd'hui, les jeunes groupes connaissent 10 000 fois plus de choses qu'avant sur l'histoire de la musique, donc la naïveté est devenu un combat. La bibliothèque universelle que le Web abrite est encombrante. Peut-être l’oubli deviendra une question politique. Dans 60 ans, que signifera de retrouver sa page d’ado sur les réseaux sociaux ? il y aura un désir de réaction violente contre cela.

Comme Montaigne, ils s'abstiennent et observent

Pour Jean-Michel Delacomptée, auteur de Adieu Montaignechez Fayard, Montaigne est un écrivain de la volupté plutôt que du bonheur. Il se fait fort de ne donner de leçon à personne, de savoir se distraire de sa propre douleur.

Dans son livre, Delacomptée égrène un certains nombre de thèmes, pour lesquels notre époque scrute la pensée de Montaigne en y cherchant des repères.

Delacomptée citation ok
Delacomptée citation ok © Radio France

Laurent Carpentier, auteur du romanLes Bannis chez Stock, se souvient que ses parents ont été victimes des grandes purges du Parti Communiste Français.

A six ans, j'étais viré du Parti. Les révolutions, il en est question dans mon livre, mais pour moi cela reste très compliqué. Je m'en méfie. Une révolution, c'est un bouleversement, ça ne veut pas dire que ça va aller mieux.Je n’ai pas peur de ce que le monde devient et je préfère l'analyser , le décrire et le comprendre.

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