Dans "Les machines fantômes", l'auteur de science-fiction Olivier Paquet, imagine que les intelligences artificielles se mettent à dialoguer entre elles. Le livre a paru aux éditions Atalante. C'est un thriller passionnant, qui nous plonge dans un futur très proche.

Olivier Paquet publie "Les machines fantômes" aux éditions Atalante
Olivier Paquet publie "Les machines fantômes" aux éditions Atalante © Atalante/ CC

Écoutez la Vie connectée du 7 septembre 2019 

3 min

Les machines fantômes d'Olivier Paquet (Atalante)

Par Christine Siméone

Ils sont quatre protagonistes à Paris en 2037 et vivent des situations très humaines, comme prendre soin d’un grand-père impotent et qui demande une présence quotidienne. Être une star de la pop sur le déclin et devoir gérer la concurrence d’autres stars. Être trader de génie et se faire virer, tel un Kerviel tombé des cimes de la Défense, pour devenir SDF, ou encore s’inventer une identité quand on joue en ligne, pour garder une part secrète de soi. Avoir un mort de trop sur la conscience quand on est tireur d'élite. Tout cela sent la fibre humaine par nature, les bonnes vieilles névroses de l’humanité organisée en société. Les IAs vont venir bousculer ce petit monde, car quelqu’un va leur permettre de tirer les ficelles de ce petit théâtre à l’ancienne. On pourrait dire aussi que c’est un roman de post-espionnage, car ici l’espion est confronté à un nouveau monde humain-machines, où les règles ne l'information et de l'influence ont changé.

Avec ce roman, Olivier Paquet prend son temps pour nous faire entrer dans le monde de ces personnages, et parallèlement, les intelligences artificielles sont les lectrices des vies humaines, leurs interprètes. Qui inventera la suite de l’histoire ? À voir. Serons-nous  un jour, ou déjà, des boules de billard sur un tapis, soumises au prochain impact, qui ne viendra pas du hasard ? C'est la question que pose Oliver Paquet pose.

Dans Les machines fantômes, le trader Adrien, découvre que les IAs peuvent agir, à son bénéfice, en dehors de leur domaine d’origine ; il s’en sert pour gagner sur les marchés financiers, en revanche, il sait qu’il ne maîtrise pas cette communication. Et un jour, quelqu’un arrivera le faire.

Que peuvent les machines livrées à elles-mêmes ?

Les machines fantômes sont tantôt convoquées par les personnages pour provoquer un retard de métro opportun, la réaction de fans dans un concert, empêcher un tir d'une arme connectée. Ses héros s’interrogent à longueur de temps sur les intentions réelles des IA, leurs sont-elles bénéfiques ou sont-elles malveillantes, de qui font-elles le jeu ? Olivier Paquet fait des IA des machines à fiction, des autrices de fiction. 

"J'essaie de sortir de la réflexion binaire sur les machines, 'est-ce bien ou est-ce mal ?'. L'homme peut-être bien plus maléfique qu'une machine. Ce sont des humains qui programment les machines. Les biais que l'on dénonce dans les algorithmes sont initiés par la vision des humains", explique Olivier Paquet.

C'est en enlevant le plus d'humain dans les machines, qu'on verra apparaître des solutions inédites

"Ce qui m'intéresse dans les machines, ce n'est pas qu'elles reproduisent des choses humaines ni qu'elles puissent battre un champion d'échecs ou de go, car ce n'est que de la copie d'humain, mais voir ce qu'elles sont capables de produire en dehors de ce pour quoi l'humain les a programmées", explique Olivier Paquet. 

Olivier Paquet s'est intéressé aux expériences faites avec les robots chargés de nettoyer les coraux de leurs parasites par des chercheurs australiens. "Je pense aux expériences en cours qui consistent à utiliser des mini-robots, et les laisser livrés à eux-mêmes, et de se dire ils vont trouver une solution à laquelle on n'a jamais pensée. C'est en enlevant le plus d'humain dans les machines, qu'on verra apparaître des solutions inédites. Nous les humains, ne sommes-nous pas trop enfermés dans notre mémoire, et les pas qui nous ont précédés."

"Confier nos mémoires aux machines ne résout pas la question du sens de nos existences"

Olivier Paquet, comme le philosophe Bernard Stiegler, est très attentif sur les conséquences du développement technologique dans les vies humaines, sur cette forme de grand remplacement du savoir par l'information brute, que produit actuellement l'amoncellement du "big data". 

Au sujet du travail de Bernard Stiegler, Olivier Paquet est que "sa réflexion est très forte et pertinente. La question de confier notre mémoire à des choses extérieures c'est une vieille histoire. Dès l'origine de l'écriture, au temps de Socrate et Platon, il y avait l'inquiétude de confier les savoirs à du texte. La question que pointe Stiegler, c'est que fait-on de ce déport de notre mémoire dans des machines et des réseaux. Est-ce juste pour en faire de l'émotion, de la passion et non de la raison. Confier nos savoirs aux machines ne résout pas la question du sens de nos existences, et des relations que l'on a les uns avec les autres. Je pense qu'en fait cela nous rend encore plus vides, car on ne le remplace pas par quelque chose. C'est ce qui m'inquiète le plus". 

"On a besoin des gens qui peuvent construire un récit sur le futur"

Alors que le ministère des Armées a annoncé la création d'un groupe de travail, la "Red Team", composée d’auteurs de science-fiction, pour faciliter l'innovation, Olivier Paquet, auteurs d'une vingtaine de romans et nouvelles, se dit favorable à ce genre d'expériences, et considère que c'est significatif de notre époque en quête de sens. Il veut bien en être. Il a déjà participé à ce genre de travaux pour l'industrie du luxe notamment, alors, pourquoi pas avec l'armée française ?

"C'est intéressant qu'une institution se dise que des auteurs ont quelque chose d'intéressant à apporter, et pas seulement de la futurologie. On a besoin des gens qui peuvent construire un récit sur le futur. C'est indispensable et pas seulement pour l'armée. Nous avons besoin d'un récit avec des être humains, avec de la chair du cœur du corps, au-delà des données manipulées par des experts"

Ne serait-il pas là en train de décrire un discours politique ambitieux au service de la société, vers un avenir meilleur ?

"Oui, c'est un projet politique au sens poétique" répond-il , "On a besoin de sens, de créateurs de sens, c'est ça l'apport des artistes. Cet appel de l'armée montre cela aussi, et aujourd'hui les politiques n'ont plus assez de recul pour trouver du sens".

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