Catherine Bertrand publie aux éditions de la Martinière ses "Chroniques d'une survivante". Dessinatrice autodidacte elle livre toutes ses angoisses en traits noirs épais pour mettre à distance ce qu'elle appelle "le boulet".

Extrait de Chronique d'une survivante, de Catherine Bertrand. Elle est l'une des rescapées de l'attentat du Bataclan le 13 novembre 2015
Extrait de Chronique d'une survivante, de Catherine Bertrand. Elle est l'une des rescapées de l'attentat du Bataclan le 13 novembre 2015 © Catherine Bertrand - La Martinière

Le boulet, comme Catherine Bertrand le nomme dans son livre, c'est ce sentiment de culpabilité ressenti après  l'attentat du Bataclan. Elle y était, en toute insouciance, et elle en est ressortie vivante. C'est son drame à elle : revenir d'entre les morts.  Vivre alors que 130 personnes ont été tuées, à bout portant pour certaines, dans l'attaque terroriste du 13 novembre 2015. 

Depuis toute petite elle dessine, les crayons, feutres et pinceaux sont ses plus sûrs compagnons. C'est à eux qu'elle va s'accrocher comme on se raccrocherait aux branches pour éviter une chute libre. 

Ce boulet, de pages en pages, s'allège, rapetisse, mais il est toujours là. De jour comme de nuit, semant la pagaille dans ses émotions, grondant au cœur des cauchemars. 

Ce boulet m’a beaucoup agressé parce que je ne l’acceptais pas. Je ne comprenais pas sa présence. Je ne me sentais pas légitime pour me sentir mal. Je n'acceptais pas le statut de victime.

Catherine doit vivre avec désormais. Elle veut ses pages pour tous, pour quiconque aura subi un traumatisme, et à suivre son boulet au fil de temps, on comprend que résilience n'est pas effacement. 

Catherine Bertrand :  "Je n'ai pas eu le choix, j’ai commencé à l’accepter, je suis sortie de ma phase de déni. Je ressens beaucoup de pression, sociale, familiale pour que tout aille mieux.  Comme la blessure est invisible c’est difficile, il faut se justifier en permanence". 

Sur les pages blanches Catherine Bertrand a retrouvé sa liberté, et retracé les mois douloureux qui ont suivi la terrible bonne nouvelle de sa bonne santé.  Textes et dessins s'entremêlent sans souci des codes de la bande dessinée ou du roman graphique. 

Catherine Bertrand : "Il y a des pages complètement noircies de dessins, ou de textes, parfois la page est blanche pour marquer des ruptures.  Ça me tient à cœur. J’estime faire quelque chose qui me ressemble ; mon livre est libre. Je le considère comme un ovni littéraire, ça part dans tous les  sens."

Catherine Bertrand essaie désormais de retrouver un autre fil d'Ariane pour reconstruire sa vie. Avant elle travaillait dans une agence photo, désormais, le dessin guidera sa vie, tel est son souhait. 

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