H Cartier Bresson, Londres, 1937
H Cartier Bresson, Londres, 1937 © Radio France / Cartier-Bresson

« L’œil du siècle », c’est comme ça que son biographe Pierre Assouline appelait Cartier Bresson. C’est vrai qu’il est, au 20è siècle, le père de la photographie et même, la statue du commandeur. Clément Chéroux, commissaire de la rétrospective, propose un regard d’historien sur la carrière et le parcours de l’artiste. Parcours chronologique et thématique, classique, mais rigoureux. Les premières photos ont jauni, elles sont vintage, tirées à l’époque de la prise de vue. Sur les murs, l’attirance du photographe pour les autres et pour son temps surgissent avec un sens de la composition héritée de son éducation : un goût pour la peinture, le dessin et le surréalisme. Des années 30 aux années 70, époque où il se consacre davantage au dessin, le photographe est partout, là où l’Histoire se fait: en Inde à la mort de Ghandi, en Chine lors du triomphe de Mao, dans la Russie de Kroutchev, et toujours, dans l’urgence, Leïca en main, il pense et il pense juste. En 1937, envoyé à Londres, le photographe de l'agence Magnum a l'idée de photographier non pas le roi Georges VI, mais les Londoniens qui le regardent passer, le jour du couronnement. C'est un point de vue révolutionnaire et inédit, le fait de regarder le peuple et du côté du peuple.

Le Musée du Jeu de Paume expose un photographe passionnant et bien vivant, celui-là:Mathieu Pernot, quarante quatre ans, ne ressemble à personne. La preuve, il était judoka de haut niveau quand il a fait l’école de la photo d’Arles et il a dû convaincre ses professeurs de croire en lui.

Etudiant, en 1995, il choisit un projet atypique : s'immerger dans une famille de tziganes. Il parvient à se faire admettre dans une communauté alors fermée. Naissent au fil de la confiance qui s’instaure des images en noir et blanc et en couleur. La tribu, les enfants, les parents, une pauvreté évidente... mais ce qui surgit des images, c’est de la gaieté, de la vie. En grandissant dans le métier, Pernot travaille par séries. Il photographie l’urbanisme : sur un mur de l’exposition, plusieurs immeubles sont en train d’imploser. Ils vont s’effondrer, on est entre « l’avant » et « l’après », le travail porte sur la déformation et la disparition. Sur un autre, on voit des corps sur le trottoir, enfermés dans des sacs de couchage, c’est beau comme des gisants mais ce sont bien des humains, à l’intérieur, des afghans qui dorment dans la rue. Ailleurs, des cours de promenade, en prison, sont vides et la répétition de ces images en noir et blanc est oppressante. Au-delà de ses thèmes récurrents, l’urbanisme, les lieux d’enfermement, les roms, ce qui compte, c’est la vie de celles et ceux qui peuplent les villes et qui sont à la marge, l’intensité de leur vie. Regardez par exemple la série des « hurleurs » qui, aux pieds des prisons, appellent les amis ou les proches qui sont incarcérés, les mains en porte voix. Pernot d’ailleurs retrouve à la prison d’Avignon un adolescent rom qu’il a connu enfant, à Arles, comme si un fil discret mais ténu s’établissait dans ce travail présenté de façon chronologique et thématique.

Les hurleurs, Mathieu Pernot
Les hurleurs, Mathieu Pernot © Radio France / Mathieu Pernot

A la Maison Rouge, toujours à Paris, vers Bastille, Pernot expose aussi, cette fois en compagnie de l’historien Philippe Artières. Un établissement psychiatrique de la Manche qui déménageait leur a confié des images, des archives. Pernot et Artières les présentent de façon à montrer qu’un hôpital psychiatrique est aussi un lieu de vie, pas seulement un lieu d’enfermement. On y fait des fêtes, des pique niques, on rit, comme dans la vie. La photo, dans sa diversité, témoigne de cela.

Bref, Mathieu Pernot, avec son intelligence et son humanité, ouvrent les yeux de ceux qui regardent ses images.

Mathieu Pernot expose au Musée du Jeu de Paume, "la Traversée" à Paris, 1, place de la Concorde, métro Concorde, jusqu'au 18 mai (01 47 03 12 50) et à la Maison Rouge, boulevard de la Bastille.Vous trouverez facilement les catalogues de ces expositions.

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