La salle Bazin du Palais des Festivals est pleine à craquer. Le public debout ovationne l'acteur qui salue visiblement ému. Pour finir l'édition 2019 en beauté, le Festival de Cannes s'est offert Sylvester Stallone. Une conversation menée par Didier Allouch.

Sylvester Stallone lors de sa masterclass
Sylvester Stallone lors de sa masterclass © AFP

Sylvester Stallone était à Cannes pour présenter les premières images du prochain Rambo. Il a accepté de se livrer à l'exercice de la Masterclass. Une conversation au cours de laquelle il a été question de résilience,  de voix trop grave, de rapport au corps, d'inspiration et même de tortues...

1h 17min

La masterclass de Sylvester Stallone

Par France Inter

Des débuts difficiles

"Je me suis vite rendu compte que j'avais des problèmes physiques. Ça a été difficile pour moi de parler parfois parce que j'ai eu un accident au moment de ma naissance. J'ai un problème à la bouche. Ça me fait parler avec une voix très très grave. Donc quand j'essayais de trouver du travail dans la publicité, les réalisateurs de ces publicités me disaient : "Mais qu'est-ce que vous dites ? Vous parlez quelle langue ? On ne comprend rien."

Arnold Schwartzennegger m'a dit un jour : "mais tu as un accent !"

"J'ai un accent moi ?!"

Le phénomène Rocky

"Rocky, c'est un phénomène des temps modernes. Sur le papier, c'était un échec garanti. Un acteur inconnu. Un sujet qui n'est pas très populaire au cinéma. Mais quelque chose s'est passé. Ce n'est pas un film grand public, juste pour gagner de l'argent. Ça aurait pu être un boulanger, cet homme-là, un réparateur de bicyclettes.

Le film a été fait en 25 jours. Il a coûté moins d'1 million de dollars.

A l'époque, en 1976, on fêtait le bicentenaire de l'indépendance des Etats-Unis. Les films étaient très politiques : Taxi Driver, Network, Les Hommes du président. Et moi j'étais très naïf. J'ai fait Rocky,  un film optimiste et les gens étaient prêts pour le changement. Donc, j'ai eu de la chance."

"Le tournage, c'était du bricolage. Je ne savais pas ce que je faisais. Je croyais le savoir. J'expérimentais. Comme pour la boxe. Je ne suis pas boxeur, il a fallu que j’apprenne. Tout le monde sur le film travaillait gratuitement. On avait un caméraman qui n'avait jamais travaillé sur un film. Il n'y avait même pas de pièce pour se changer. On se changeait à l'arrière d'une voiture. Le souvenir que j'en ai c'est que quelque chose d'extraordinaire a pu sortir de rien."

On a dû se battre pour que le film sorte. Les producteurs, voulaient tout juste le sortir dans les drive-in.

Ils ne voulaient pas que je sois dans ce film. Ils voulaient tout le monde, sauf moi. Ils voulaient Burt Reynolds, James Caan, Robert Redford... Ils auraient pris un kangourou plutôt que moi

Les Rocky Steps 

C'est devenu un lieu de pèlerinage pour les fans du film. 72 marches donnant sur la façade sud du Philadelphia Museum of Art de Philadelphie

"C'est très psychologique et je n'y suis pour rien, ce n'est pas grâce à moi. Beaucoup de gens pensent que, s'ils arrivent à grimper ces marches, ils auront réussi quelque chose. J'ai vu des femme enceintes. J'ai vu des gens qui étaient portés dans leurs chaises roulantes. C'est un symbole. Il faut arriver en haut, pour se dire "Je l'ai fait"

C'est tout le pouvoir du cinéma

La seule raison pour laquelle j'ai utilisé ces marches, c'est qu'on n'avait pas d'argent et je me suis dit : il faut que Rocky fasse quelque chose. Et j'ai vu ces marches et je me suis dit : "pourquoi Rocky ne monterait pas jusqu'en haut ?".

Un acteur "limité"

"J'ai tout de suite su que j'étais limité comme acteur pour des raisons physiques. Dans les écoles d'acteurs, on vous apprend à être versatile. Mais c'est de la théorie. En réalité, il y a des choses qu'on fait bien. Quelqu'un d'autre peut faire quelque chose d'autre, mais il ne fera pas ce que moi je peux faire, ce qui fait que c'est très intéressant. 

Si Dustin Hoffman jouait Rambo et moi Tootsie, je ne sais pas si ça marcherait

Donc je me suis dit que j’allais mettre l'accent sur quelque chose qui me plait. J'aime la mythologie, mais il y a d'autres gens qui font ça mieux que moi. A chaque fois que je me suis éloigné de mon style, ça n'a pas été terrible. Il vaut mieux revenir à ce que l'on sait faire."

Aller + loin

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