Génial créateur, dessinateur virtuose et révolutionnaire, il avait donné un sérieux coup de pied aux fesses de la BD franco-belge. Marcel Gotlib vient de mourir, à l'âge de 82 ans.

Marcel Gotlib a révolutionné la bande dessinée et laisse des lecteurs orphelins
Marcel Gotlib a révolutionné la bande dessinée et laisse des lecteurs orphelins © Maxppp / Pierre Augros

Ah ça, il nous en aura fait voir jusqu'au bout. Non content d'avoir bousculé l'univers de la bande dessinée, avec son regard mordant, son talent de caricaturiste et son irrespect le plus total pour les règles de ce noble art, voilà que Gotlib casse sa pipe un dimanche, sans prévenir, comme un ultime pied de nez à ceux qui aiment que les choses soient bien organisées.

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Rhââ Lovely, Gai-Luron, Pervers Pépère, Hamster Jovial, les Dingodossiers, Rubrique-à-Brac... Autant de titres que les jeunes des années 70 (mais aussi leurs parents un peu tordus, leurs enfants dépravés et leurs petits-enfants pervers) ont dévoré, parfois en cachette, parfois au vu et au su de tous. Il faut dire que Gotlib n'y allait pas avec le dos de la cuillère : on trouvait chez lui aussi bien le jeu de mot d'une exquise finesse, le rebondissement absurde à la limite du british que la réjouissante scatologie, le nichon libéré ou le gros mot bien placé. Gotlib était inclassable, unique, inimitable (et ce n'est pas faute d'en avoir vu essayer) : c'est la marque des génies.

"Le répétez pas, mais y'a rien qui me fasse plus marrer que la scatologie"

Juste histoire de le faire râler depuis là-haut, quelques éléments de biographie un peu plus sérieux : né Marcel Gottlieb en 1934, il entre au journal Pilote en 1965 avec la bénédiction du rédacteur en chef de l'époque, René Goscinny. Les deux hommes travaillent de concert sur "Les Dingodossiers", avant que Gotlib ne décide de voler de ses propres ailes en créant "Rubrique-à-brac", une petite révolution qui casse, encore un peu plus, les codes traditionnels.

En 1975, un 1er avril (évidemment), il fonde son propre journal, Fluide Glacial, "magazine d'Umour et Bandessinées", après avoir déjà participé en 1972 à la création de l'Écho des Savanes. Il se fâche un peu (beaucoup, passionnément même) avec son mentor Goscinny, au passage. La légende veut que ce dernier, à qui Gotlib avait envoyé le premier numéro de "L'Écho", lui aurait réservé un accueil glacial. Qu'importe, Gotlib persiste et signe. Il en profite pour aller chatouiller Orson Welles et le monde du cinéma avec le bouleversant "Les vécés étaient fermés de l'intérieur", de Patrice Leconte, dont il coécrit le scénario.

En 1986, il publie son dernier album, "La bataille navale ou Gai-Luron en slip". Tout un programme, là encore.

Depuis, on ne cessait de lui rendre hommage en se disant qu'avec un peu de chance, ça l'obligerait à rester encore un peu pour continuer à nous raconter ses histoires plus ou moins salaces, avec cette voix inimitable où l'on percevait toujours un rictus bienveillant. Un astéroïde porte son nom. Georges Perec lui avait consacré un texte. Il a eu une rétrospective à Saint-Malo en 2013, une exposition au musée d'art et d'histoire du judaïsme, aussi. À croire que ça ne suffisait pas. Sa sempiternelle coccinelle est orpheline, et quiconque a déjà fait une bêtise étant enfant aussi.

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