L'auteur de "L'Arabe du futur" ou encore des "Cahiers d'Esther", collectionne les mots nouveaux des jeunes comme d’autres les papillons, et a croqué le linguiste pour la couverture de la nouvelle édition du dictionnaire Le Petit Robert.

Détail de la couverture du Petit Robert 2020 par Riad Sattouf
Détail de la couverture du Petit Robert 2020 par Riad Sattouf © Le Robert

Chaque année au mois de mai, à l'occasion de sa nouvelle édition, le Petit Robert dévoile ses mots nouveaux. 109 qui vont passer du langage courant au dictionnaire comme "boboïser", "lanceur de balle de défense", "cyberharcèlement" "millenial" (personne devenue adulte aux environs de l'an 2000) ou "infox". 

Pour "Beignerie" (le lieu où l’on vend des beignets), l’un des mots nouveaux d’origine canadienne à entrer dans la sélection cette année, Riad Sattouf aurait plutôt imaginé un lieu où on se colle des beignes (autrement dit, des coups)… 

Une sensibilité particulière au langage des jeunes

Après avoir présidé la semaine de la francophonie, le dessinateur - et président, en juin, du jury du Prix du Livre Inter - poursuit sa relation privilégiée avec la langue française en imprimant de sa marque le dictionnaire. Comme il l’a raconté dans L’Arabe du futur, l’auteur de BD a d’abord eu comme langue l’arabe. Et le français est arrivé via sa mère, et par les livres envoyés par sa grand-mère bretonne.

Il en garde une fascination qui lui fait glaner les mots nouveaux des jeunes avec gourmandise, comme dans La vie secrète des jeunes (à partir de 2002 dans Charlie Hebdo) et, aujourd’hui, dans Les Cahiers d’Esther (l’adolescente dont les aventures sont publiées dans L’Obs chaque semaine, le quatrième tome, Histoires de mes 13 ans parait cette semaine chez Allary). 

Récemment, il a noté l’expression : « elle s’est refaite » pour exprimer l’idée de faire semblant dans le but de plaire à quelqu’un. Exemple : Esther a une amie qui s’est « refaite féministe » alors qu'elle reste une midinette. 

Alain Rey, trésor national vivant

A l’étranger, on interroge souvent Riad Sattouf sur la langue française. Il est souvent perçu comme l’un de ses ambassadeurs. C’est pourquoi il a dit oui tout de suite à la demande des Editions du Robert de dessiner Alain Rey (qui dirige l'édition du dictionnaire) :

C’est un trésor national vivant, et plus jeune, je me réveillais avec sa chronique à la radio. 

De cette période, le dessinateur, qui a fait son entrée en 2019 dans le dictionnaire, conserve une attention quasi-maniaque à l’orthographe, il s’est même adjoint une correctrice. 

Alain Rey : 

La langue française est notre bien commun, notre maison.

De son côté, Alain Rey est fasciné par la richesse de la BD dont l’origine est plus ancienne qu’on ne le croit - le lexicographe cite le Suisse Töpffer qui au XIXe siècle l'aurait inventée. 

Il admire ce mariage du dessin et du langage en particulier dans les cases de l’Arabe du futur. Entre la voix du narrateur, celle des bulles, des petits commentaires et des onomatopées, cette BD comprend pas moins de quatre niveaux de narration. 

Alain Rey est particulièrement sensible au 9e art : il trouve même une similitude entre la rédaction d’un dictionnaire et la conception d’une bande dessinée dans l’attention que l’on doit prêter à l’oral et à l’audition du lecteur…

Les mots nouveaux du Petit Robert 2020

A noter, l'arrivée de "coworking" (fait pour des professionnels indépendants de partager le même espace de travail), "démocrature" (régime politique mêlant des apparences démocratiques et un exercice autoritaire du pouvoir), "krav maga" (méthode d’autodéfense ciblant les points sensibles du corps et mêlant des techniques de combat issues de différents arts martiaux), "malaisant" (qui crée un malaise), "Prosecco" (vin blanc effervescent italien)…

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