On a donc vu. Ce que nous n'avions jamais vu. Une rétrospective de l'oeuvre de Richard Avedon, au Musée du Jeu de Paume à Paris (jusqu'au 8 septembre). Sans doute parce qu'il était à l'origine un photographe de mode de l'après-guerre, Avedon n'a pas été considéré comme un artiste majeur par les Français. Pourtant, quelques années après sa mort et ainsi exposé, il s'impose, magistral. On s'en voudrait de trop écrire, de trop décrire cette exposition si importante de l'Américain. Ce serait un risque, celui limiter le choc et la surprise du visiteur. Or il doit arriver vierge de toute idée, de toute attente. Que dire alors, sans déflorer ?Peut-être que Richard Avedon avait cette grâce de l'artiste (celle qui faisait dire à Christian Bourgois qu'"il faut aimer les artistes, ils ont finalement toujours raison".) Cette grâce, c'est sa vision de l'homme ou de la femme qu'il photographie. Son aptitude à comprendre son sujet puis dans son geste photographique, à traquer et trouver son âme, son esprit et sa profondeur. En le débarrassant de toute superficialité : usage de noirs et blancs, de fonds blancs (des cyclos qu'il déplaçait souvent hors du studio, notamment pour sa série sur l'Ouest américain - la plus belle?), de petits et de grands formats.Une vie entière (il meurt à 82 ans d'une hémorragie cérébrale en plein travail) consacrée à deviner ce qu'est l'autre, celui avec lequel il échange, lors de la séance photographique. Une vie obsédée par ce souci diabolique de la vérité qui l'amène à penser juste et clair. Notez seulement cette phrase d'Avedon, c'est presque une philosophie :"J'ai posé une série de non. Non aux jolies lumières, non aux compositions trop apparentes, non à la séduction des poses ou à la narration. Et tous ces non m'ont conduit à des oui. Un fond blanc, un sujet qui m'intéresse. Et le courant qui passe entre lui et moi." Richard Avedon, 1994. C'est beau, ça! Refuser d'abord. Et riche de ces non, emprunter le chemin du oui.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.