Pour célébrer le centenaire de sa disparition, le Grand Palais propose l'exposition "Rodin, le centenaire". L'occasion de (re)découvrir l'une de ses œuvres majeures : "Le Baiser".

Le Baiser d'Auguste Rodin, présenté au Grand Palais dans l'exposition : Rodin, le centenaire
Le Baiser d'Auguste Rodin, présenté au Grand Palais dans l'exposition : Rodin, le centenaire © Radio France / Anne Audigier

Comme Le Penseur ou La Femme accroupie, Le Baiser était une figure du tympan de La Porte de l'Enfer, un portail en bronze imaginé pour le Musée des Arts Décoratifs mais que Rodin n'a finalement jamais achevé.

Pour cette Porte de l'Enfer, Rodin représente des damnés qui expriment les grandes passions qui agitent l'humanité : l'amour, la douleur, la colère, l'angoisse. Mais très vite, il va retirer de ces personnages tout ce qui permet de les identifier et de les rattacher au texte de Dante.

L'exemple parfait, c'est Le Baiser.

Le Baiser de Paolo Malatesta et Francesca da Rimini

Le Baiser, à l'origine, c'est le groupe de Paolo Malatesta et Francesca da Rimini, personnages de l'Enfer dans La Divine Comédie de Dante, qui ont vraiment vécu au XIIe siècle. Ils sont surpris par le mari de Francesca alors qu'ils lisent un roman d'amour courtois, l'histoire de Lancelot et la reine Guenièvre et qu'ils échangent un baiser. Le mari, fort jaloux les envoie ad patres.

Dans le tableau qu'il consacre à ce même couple, Ingres les représente en costumes du Moyen-Âge dans un intérieur "troubadour".

Francesca Da Rimini et Paolo Malatesta - Bayonne, Musee Bonnat
Francesca Da Rimini et Paolo Malatesta - Bayonne, Musee Bonnat © AFP / Josse/Leemage

Rodin prend, lui, un parti totalement différent. Il écarte tout ce qui peut permettre de situer la scène dans le temps et représente les deux personnages nus, leur donnant ainsi une dimension universelle.

La seule chose qui permet de les rattacher à l'histoire c'est le livre que l'on devine dans la main de l'homme.

De Francesca da Rimini au Baiser

Avant de créer la version en marbre, Rodin a produit plusieurs sculptures plus petites en terre cuite, puis en plâtre et en bronze.

Quand un bon sculpteur modèle des corps humains, il ne représente pas seulement la musculature, mais aussi la vie qui les réchauffe.

Le groupe, dans sa taille initiale, soit environ 80 cms de haut, est présenté sous le nom de Francesca da Rimini dès 1887. Et puisque rien ne permet d'identifier les deux personnages, un critique d'art suggère à Rodin un titre moins spécifique : Le Baiser.
Le titre va rester.

Cette anecdote n'est pas anodine, comme l'explique Antoinette Le Normand-Romain, conservateur général honoraire du patrimoine.

Rodin ne sculptait pas le marbre

Pour faire ses sculptures de grande taille, Rodin faisait appel à des sculpteurs-praticiens. Ils sont trois à avoir travaillé sur Le Baiser : Jean Turcan, Rigaud, et Emmanuel Dolivet. Rodin, ne sachant pas tailler le marbre lui-même, accompagnait le travail de ses assistants et pouvait à l'occasion le corriger ou intégrer les trouvailles de ses sculpteurs.

La première version en marbre de grande taille du Baiser apparaît pour la première fois au Salon de Paris en 1898. L'accueil est tel, que le fondeur Ferdinand Barbedienne propose à Rodin un contrat pour en éditer des réductions en bronze que Rodin qualifie de "bibelots".

Au total, Rodin a supervisé trois sculptures de grandes tailles en marbre du Baiser :

  • La première, commandée par le gouvernement français se trouve aujourd'hui au Musée Rodin à Paris. Elle a été récupérée en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. Ce marbre a été sculpté par Jean Turcan.
  • La deuxième, commandée par Edward Perry Warren se trouve dans la collection de la Tate Gallery à Londres. Ce marbre a été sculpté par Rigaud.
  • Une troisième version a été mandatée par le collectionneur danois Carl Jacobsen, et se trouve dans la Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague. Ce marbre a été sculpté par Emmanuel Dolivet.
  • Une quatrième version en marbre existe à Philadelphie, elle a été réalisée après la mort de Rodin, sculptée par Henri-Léon Gréber, elle mesure 90 cm de hauteur.

De nombreuses versions plus petites existent, notamment au musée Rodin.

Aller plus loin

► ECOUTEZ : La marche de l'histoire : Marylise Desbiolles et Rodin (Vendredi 24 mars)
► VOIR : Rodin, le centenaire, jusqu'au 31 juillet au Grand Palais
► LIRE : Rodin, Le Baiser d'Hélène Pinet (Gallimard, 2000)

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