Vincent Josse a consacré un Grand Atelier au cinéma de Claude Sautet. L'occasion également d'évoquer son actrice fétiche : Romy Schneider.

Romy Schneider et Claude Sautet sur le tournage des choses de la vie
Romy Schneider et Claude Sautet sur le tournage des choses de la vie © AFP

Cinq films ensemble

Même si le duo "acteur/metteur en scène qui avancent ensemble" existe, il n'est pas si fréquent dans le cinéma français. Surtout un couple de cette nature là. C'est à dire un couple qui n'est pas un couple. Sautet parlait de leur rencontre comme d'un coup de foudre créatif :

Cette rencontre nous a illuminés tous les deux

Lorsqu'il évoquait Romy Schneider, raconte Jean-Pierre Lavoignat qui a consacré un livre et une exposition à l'actrice, Claude Sautet parlait de sa luminosité mais aussi de son goût pour l'ombre. Il disait que c'était son côté romantique allemand. Lui a préféré le côté lumineux.

Dans ses films, Romy Schneider est solaire et c'est ce qu'il aime et c'est ce qui fait aussi que leur rencontre est miraculeuse. 

Quand ils se rencontrent pour Les Choses de la vie, ils ne savent pas que chacun vient de trouver son alter ego. Ils sont à peu près au même stade de leur carrière. Pour chacun, c'est un nouveau commencement, une nouvelle étape. Sautet n'a pas tourné depuis quatre ou cinq ans. Romy est restée elle aussi plusieurs années sans tourner. Elle vient juste de faire La Piscine de Jacques Deray avec Alain Delon, mais le film n'est pas encore sorti. 

Alors qu'il cherche la seconde actrice, celle qui jouera le rôle de la maîtresse de Michel Piccoli dans Les Choses de la vie, le réalisateur se rend, à l'invitation de Jacques Deray, au studio de Boulogne.

Tout d'un coup, ils sont indispensables l'un à l'autre, poursuit Jean-Pierre Lavoignat :

Sans lui, la carrière de Romy Schneider n'aurait pas été la même du tout

Et sans elle, son oeuvre à lui n'aurait pas été aussi chaleureuse, aussi incarnée, aussi sensuelle, aussi lumineuse.

Pour préparer l'exposition qu'il lui consacrait, Jean-Pierre Lavoignat a rencontré le fils de Claude Sautet, Yves, qui lui a ouvert les archives et les souvenirs de son père. Il y a trouvé des lettres et des télégrammes de Romy. Et voilà ce qu'elle écrivait après avoir lu le scénario des Choses de la vie.

"Claude c'est formidable. J'ai tout lu et travaillé beaucoup, beaucoup. A bientôt. Appelez-moi un jour. Vous embrasse. Romy - Hélène"

Hélène étant le nom du personnage des Choses de la vie

Pas si fétiche que cela

Des cinq films qu'ils ont fait ensemble, aucun, à l'exception d'Une histoire simple n'a été écrit pour elle. A chaque fois, il a pensé à d'autres actrices auxquelles il a proposé les rôles mais qui ont soit refusé, soit hésité.  Ainsi pour César et Rosalie, il avait pensé à Catherine Deneuve, Marlène Jobert, Annie Girardot.

Ce qui retient le réalisateur c'est qu'il vient de tourner deux films avec Romy, Les Choses de la vie et Max et les ferrailleurs. Il lui fait tout de même lire le scénario et reçoit ce télégramme :

"Mon Clo. Scénario arrivé dernière minute. Déjà lu deux fois. Quelle belle, merveilleuse, touchante, belle, belle, belle histoire. Je ris, je pleure. Je l'ai envie. Ne peux attendre d'être Rosalie. Demain soir à Orly ? Elle arrive ton Rosalie, et personne d'autre. Espère te voir. T'embrasse fort"

(Romy ne maîtrisait pas totalement le français à l'écrit, d'où les fautes dans ce texte)

Mado

Dans le moins connu des films qu'ils tourneront ensemble, Romy Schneider n'a qu'un petit rôle. Celui de l'ex-compagne de Michel Piccoli. Un personnage au bout du rouleau, alcoolique... Romy accepte dès que Sautet lui faire lire le scénario parce qu'elle ne veut pas manquer une occasion de tourner avec le réalisateur et avec son partenaire de Choses de la vie et de Max et les ferrailleurs. 

Michel Piccoli, Romy Schneider et Claude Sautet sur le tournage de Mado
Michel Piccoli, Romy Schneider et Claude Sautet sur le tournage de Mado © Getty

Ce personnage est à des années lumières de ceux que Romy Schneider incarne habituellement dans les films de Sautet. Il reconnait, avec le recul, que ce personnage lui avait fait peur, comme s'il avait pressenti tous les drames qu'elle allait affronter ensuite.

En mars 1978, juste avant d'entamer le tournage d'Une histoire simple, Romy Schneider, alors en thalasso à Quiberon, écrit à nouveau à Claude Sautet sa joie de tourner avec lui, une lettre qui se termine par ce post-scriptum :

"Parfois ici j'aime bien regarder les vieilles personnes seules, ou des vieux couples, à la fin de leur vie, avec ce calme qui n'est pas un vide. Pas toujours. Un calme que je n'atteindrais jamais peut-être, parce que je ne serai jamais vraiment vieille. Ta Ro."

Grace à Sautet, Romy Schneider est devenue l'incarnation de la femme française. À la fois celle qui trouble les hommes et celle en qui les femmes, soit se reconnaissent, soit aimeraient se reconnaître, notamment sur la volonté d'accomplir son propre destin.

Aller + loin

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